Par Julie Trevily  | j.trevily@cursus.edu

Enseigner les maths en milieu médicalisé

Créé le lundi 3 avril 2017  |  Mise à jour le mercredi 3 mai 2017

Enseigner les maths en milieu médicalisé

Si les mathématiques sont souvent considérés comme une matière difficile dans le milieu éducatif, il m'a paru intéressant d'interroger une collègue du Centre Médical et Pédagogique de Beaulieu sur sa pratique. La question que je lui ai posée est la suivante :

«Compte-tenu du profil de nos jeunes, fragilisés par des pathologies plus ou moins lourdes, psychiques ou physiques, qui  les ont parfois longuement déscolarisés, ou demandent des traitements médicamenteux handicapants, comment peut-on les raccrocher en terminale S en mathématiques?»

Pour répondre, Sophie a émis quelques principes clefs qui lui permettent de mener la grande majorité de ses élèves au bac avec un excellent taux de réussite.

Pas d'implicites

D'abord, il n'y a jamais d'implicite, même en terminale : s'il le faut, on explique comment addictionner deux fractions. Les rappels de cours sont inscrits en rouge dans un cadre en coin de tableau. Il n'y a pas de culpabilisation des élèves : que ce ne soit pas vu, pas compris ou oublié, peu importe, tout est revu tout le temps.

Ensuite, Sophie utilise beaucoup la métacognition : c'est à dire annoncer oralement toutes les étapes du raisonnement, notamment pour éviter les surdoués qui donnent le résultat exact, quasi automatique pour certains, sans pouvoir expliquer leur démarche; sinon ils n'auront pas tous les points. C'est d'autant plus important pour des cérébro-lésés qui ont du mal à le faire seul dans un premier temps. Comme les cours ne comportent qu'une dizaine d'élèves maximum, ensuite c'est de l'adaptation : certains vont rapidement intérioriser le discours et d'autres le feront à haute voix jusqu'à la veille de l'examen.

Errances mais pas erreurs

Sophie part d'exercices pragmatiques du livre pour élargir à d'autres questions et tout revoir en même temps. Elle ne dit jamais qu'une réponse est fausse : de toutes façons, on emprunte plutôt le raisonnement pour identifier l'erreur et la rectifier. C'est davantage un travail de recherche et d'estime de soi. Avec cette méthode, aucun des jeunes ne peut rester passif, il faut participer. Avec le jeu des entrées/sorties au CMP, les plus anciens montrent aux nouveaux que l'erreur n'est pas une faute. 

Actualisation

Pour être vraiment sûr que les savoirs soient acquis, tous les modes de représentation sont utilisés : visuel, auditif, kinesthésique... Cela implique de voir comment chacun apprend, afin de réaliser les bonnes combinaisons. Au début, les mathématques ne sont pas à apprendre par coeur, il faut comprendre. Ensuite seulement, il faut connaître les formules.  C'est plus facile à retenir pour nos élèves de passer par la mémoire épisodique. Par exemple, on crée un événement qui sera associé à une idée (exemple : dans le prochain contrôle il y aura une question sur telle formule pour 4 points).

Pour mieux exercer, Sophie a réussi un DU (diplôme universitaire) sur les traumas crâniens pour mieux comprendre comment le cerveau fonctionne. Cela permet d'établir une stratégie d'oralisation, qui active la boucle phonétique pour mieux retenir. Comme rien n'est considéré comme acquis et est revu en permanence, les choses se fixent. Pour ceux qui ont besoin, il est possible de prendre du temps hors cours pour faire sauter des blocages qui datent parfois du collège.

Évaluation

L'évaluation est aussi un point clef : la notation d'un élève ne débute qu'à partir du moment où ils ont le niveau basique, à savoir 8/20. L'appréciation de la copies est quant à elle très détaillée et le temps n'a pas d'importance pendant une grande partie de l'année. A l'approche du bac, Sophie recadre en donnant des repères et en faisant un test du temps nécessaires.

Astuces particulières

Parmi les autres astuces pour le bac, le fait d'expliquer les figures géométriques aux gauchers afin de remettre la figure dans leur axe pour que l'explication ait du sens.

On trouve aussi le décryptage des questions attendues. Le fait de comprendre qu'une question regroupe un ensemble de sous questions qui ont un lien permet de mieux gérer les examens. Sophie leur conseille aussi de noter les réponses en face des questions sur le sujet. Quand la fatigue cognitive est rapide et trop grande, il faut encadrer les résultats pour moins se fatiguer. Les AVS (auxiliaire de vie scolaire) sont là pour veiller à ce qu'ils écrivent, relisent et encadrent pour mettre en lumière la réponse, mais leur permettent aussi de rester concentrés quand ils sont sous traitement.

En classe, le mantra est "tout va toujours bien", même si parfois on pense être un peu court en temps, comme tout est toujours démontré, finalement on fait des révisions en permanence, ce qui fait gagner du temps à la fin. Une élève a eu 20/20 l'an passé, dans les mêmes conditions qu'un élève du milieu ordinaire.

Le plus important, c'est créer du lien, aussi bien entre chapitres qu'avec l'enseignant. Une fois passés par la classe projet, cycle en petit groupe pour plusieurs semaines, les apprenants sont prêts à faire confiance et à se lancer, d'autant qu'ils sont pour la plupart très motivés. Alors, le risque d'abandon et d'absentéisme diminue fortement. La confiance et l'estime de soi dont des valeurs importantes et il est faux de dire que si on a été nul en maths avant c'est fichu. Souvent une technique de calcul défaillante est à ls source du problème. Pour reprendre goût aux maths, il faut construire ensemble, plus tard, chacun peut y arriver seul, à son rythme. 

Photo credit: Pixabay Public domain

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire