Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Savoir-stock et savoir-flux

Créé le jeudi 6 avril 2017  |  Mise à jour le mercredi 31 mai 2017

Savoir-stock et savoir-flux

Internet, comme la télé de jadis, ouvre au monde. Mais il permet bien plus que ça, car l’interactivité, les connexions et l’autonomisation des internautes ont des effets transformatifs incroyables. Inépuisable réservoir d’inspiration pédagogique, il est possible d'y distinguer différents savoirs qui obéissent à des logiques distinctes.

D’une part les logiques de « savoir-stock » fonctionnent par capitalisation continue d’information et création d’arborescences. Le monde s’ordonne progressivement selon des regroupements et une trace qui consolide un sens originel. Un ordre semble s’organiser que des acteurs essayent de réguler, voire de contrôler. Ces savoirs permettent de comprendre le monde. Cette vision du savoir est celle de l’organisation disciplinaire des universitaires qui se sédimentent lentement selon un axe passé-futur.

D’autre part on peut distinguer des logiques de « savoir-flux » qui fonctionnent  par explorations, échanges, partages, tests.  Ces savoirs sont effervescents, situés singulièrement, en constant renouvellement. Ils permettent d’habiter le monde et d’en repousser les limites. Ils sont à la base d’un état labile de la connaissance. Ils sont contextualisés, multidisciplinaires, émergents singuliers. Ils sont moins faits de preuves définitives que d’ajustements continus.

Nous avons tenté de les distinguer dans les deux parties ci-après pour en présenter la nature. Nous avons appliqué notre distinction savoir-stock et savoir flux aux connaissance relatives à la formation des adultes pour éprouver la distinction.

Les logiques de savoir-stock

Les bases d’images sont des stocks qui parlent à l’imaginaire et donnent un accès immédiat à une richesse de sens. Bien organisées elles offrent une multitude de détails.

Les portails d’information essayent de collecter et de valoriser ce qui se fait de mieux ou à la point . En voici trois exemples qui sont des sites de références

Les sites de prestataires ceux-ci sont orientés vente de solution et s’efforce de montrer leur savoir-faire,  il n’y a plus de prestataire qui se passent de site, qui devient une vitrine et un magasin en ligne. En voici trois :

Les sites officiels sont riches de données officielles et de positions gouvernementales. Les services publics visant l’intérêt général sont généreux en ressources de toutes natures,

Les bases de données sont observables dans tous les secteurs. Ici un exemple relatif à la cartographie, dont la puissance est de mettre en relation des perspectives de situation et des informations

Les agences européennes ou internationales stimulent les réflexions par un travail continu de repérage de travaux et de rapport et par le suivi de situation et d’expérience pédagogique

Les sites de recherche et les revues illustrent le savoir-stock par excellence. Un processus méticuleux de tri distingue les connaissances à stocker selon des standards de présentation

Les annuaires de MOOC référencent les cours qui permettent d’accéder à des stocks de connaissances organisés sous la forme de vidéo

Les logiques de savoir-flux

Les boîtes à outils du web se situent dans les logiques de savoir flux, car elles permettent de développer par soi-même

Les journaux en ligne participent d’une logique de savoir-flux car ils renouvellent en permanence leur offre éditoriale, les deux exemples à suivre montrent la matière vivante

Les encyclopédies en ligne collaboratives engagent des échanges et des négociations permanentes

Les chaînes vidéo sont des médias souples rapidement  mis à jour, facile d’accès qui fluidifient les savoirs

Les blogs sont particuliéèement vivants, singuliers

Les forums, réseaux  et association professionnelles sont des espaces libérés de constructions à chaud des savoirs

Les sites de veille sont proches des médias audio-visuel car ils amplifient leurs impacts

Si l’inspiration pédagogique vient d’autres professionnels, elle peut aussi venir d’autres approches scientifiques, sociales, sportives ou culturelles, elle se produit à l’occasion de voyage, d’immersion dans d’autres réalités que la sienne, de l’observation de la nature, d’échanges avec des personnes âgées ou des tous jeunes, de pratiques méditatives ou corporelles, de fêtes, de réflexions personnelles ou de dialogues en groupe. Toutes les activités humaines sont apprenantes, car apprendre c’est vivre.  Et là-encore internet nous offre la possibilité d’apprentissages nouveaux  …

Il n’y a dans la liste présentée ici que quelques éléments d’inspiration, car chacun construit ses propres pôles d’inspirations entre stocks de savoir et flux de savoirs. Savoir stock et savoir flux sont en constante et perpétuelle transformation.  

A l’ère d’internet ils se proposent comme une nouvelle catégorie à côté de la distinction savoir théorique et savoir pratique. Leur exploration et leur théorisation permettra de percevoir de nouveaux états de la connaissance qui s’inter-fécondent plutôt qu’ils ne s’opposent.

 

En savoir plus sur la distinction entre savoir stock et savoir flux dans 

Cristol, D. (2014), Former se former et apprendre à l'ère du numérique. Paris : ESF

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