Par Sandrine Benard  | phenix974@me.com

Unis dans la diversité linguistique : le modèle Suisse

Créé le samedi 22 avril 2017  |  Mise à jour le lundi 15 mai 2017

Unis dans la diversité linguistique : le modèle Suisse

Quand on pense à des pays où plusieurs langues se côtoient, on pense au Canada, où le français et l’anglais sont officiellement les deux langues du pays. On pense aussi à la Belgique, où le français et le flamand se partagent la scène linguistique nationale.

On peut aussi penser à l’Afrique du Sud, avec son héritage hollandais, où coexistent encore aujourd’hui le néerlandais, l’anglais et le swahili, la langue autochtone. Quoi d’autre ? Si on entre dans le domaine colonial et le passé linguistique, les données sont multiples : l’île Maurice (anglais, français, créole), le Vietnam et ses reliquats de français et de l'anglais au milieu de langue vietnamienne, tout comme Macao et ses vestiges de langue portugaise en contexte chinois, sans oublier l’Inde et la persévérance de la langue anglaise face à l’hindi et au tamoul en présence.

Mais il y a un autre pays auquel on ne pense pas forcément, et pour cause, petit, discret mais diablement riche. Sa position stratégique en plein de cœur de l’Europe et sa neutralité font pourtant de lui le pays avec le plus grand indice de bonheur en 2017. C’est également un pays où les contrastes linguistiques sont aussi forts que les différentes identités culturelles qui s’y côtoient : la Suisse.

Portrait linguistique de la Suisse

Ce petit pays européen (8 millions d’habitants pour 41.000 km2) se démarque largement de ses voisins par plusieurs points, à commencer par sa neutralité et le fait qu’il soit un paradis fiscal (qui n’a jamais rêvé de posséder un compte en Suisse ?!). C’est aussi un pays riche de ses traditions et cultures, qui sont méticuleusement organisées en quatre parties linguistiques, selon les différents cantons : Allemande (63,7%), Française (20,4%), Italienne (6,5%) et Romanche (0,5%).

Même si chacun se réclame d’être Suisse, chacun n’en oublie pas la langue limitrophe et l’assimile complètement, de même que la culture du pays en question. En effet, promenez-vous à Lausanne (à l’ouest, près de la frontière française) et vous parlerez français en dégustant un croissant en terrasse ! Continuez la visite à Zurich, à l’est, et vous voilà divisant en allemand devant une grande chope de bière à la bavaroise. Poursuivez un peu plus loin encore, vers le sud cette fois, et vous voilà devant une pizza et des spaghettis ! Et pourtant, tout ce petit monde est bien Suisse, réuni sous le drapeau carré (le seul au monde avec le Népal à ne pas avoir de forme rectangulaire) rouge à la croix blanche ! Différents, mais égaux.

Une richesse linguistique qui s’entretient

Pourquoi parler spécifiquement de la Suisse alors que tant d’autres pays mériteraient le détour ? Simplement pour des raisons personnelles. En effet, j’ai eu l’opportunité de travailler avec une école de langues en ligne allemande et bon nombre de mes étudiants étaient justement relocalisés en Suisse par leur entreprise, une multinationale bien connue du monde du tabac.

Ces nouveaux venus, mutés temporairement (pour une période de 6 mois à un an) du côté helvétique francophone (Lausanne, Neuchâtel…) devaient suivre des classes de langue française afin de leur permettre de mieux s’adapter à leur nouvel environnement et surtout à travailler dans des conditions optimales, car, ne l’oublions pas, la Suisse est avant tout un pays pro-duc-tif ! Ici, on ne rigole pas, on est là pour marcher droit. Pas de perte de temps, on est là pour travailler. La procrastination est reine ! Alors comment faire ? Étudier la langue en présence : le français.

Exemples concrets

Ces étudiants-nouveaux arrivants venaient de tous les horizons. J’ai ainsi eu le plaisir d’enseigner le français à des Russes, des Slovènes, des Slovaques, des Roumains, des Italiens, des Espagnols, des Brésiliens, des Portugais, des Ukrainiens, des Moldaves, des Grecs, des Argentins, des Américains, des Turcs, des Anglais, des Allemands et j’en oublie sûrement ! Ah si, j’ai même eu un monsieur Suisse, mais germanophone, relocalisé dans la partie francophone.

Leurs niveaux ? Aussi bien grands débutants que quasiment bilingues, en passant par les intermédiaires et avancés. Bref, tous les niveaux. À noter que pour la plupart d’entre eux, à 65% je dirais, ce cours était davantage une contrainte qu’un plaisir.

En effet, pas facile après une journée de travail de devoir encore se connecter et de suivre une classe d’une heure dans une autre langue que la sienne. Ceci dit, les 30% restant démontraient un réel désir d’apprendre et de progresser en français, sachant pertinemment que ce n’était pas une « punition », mais bien une opportunité qui leur était offerte et qui leur ouvrirait d’autres portes par la suite, ne serait-ce que par l’ajout d’une compétence linguistique sur leurs CV…

Finalement

En conclusion, je peux confirmer que la Suisse est un vrai pays polyglotte et que son ouverture linguistique ne fait que croître avec le temps. Particulièrement ouverte aux travailleurs d’élite étrangers, elle n’a pas peur de former ses nouveaux arrivants à la langue et à la culture en contexte, afin de les fondre dans le moule suisse et continuer à garantir l’authenticité et l’efficacité helvète si renommée.

Ici, on peut réellement parler de diversité linguistique et de pays studieux. Comme le disaient les trois mousquetaires : un pour tous et tous pour un !

Illustrations : Paysage suisse typique
Carte de la Suisse linguistique,
La couverture du passeport suisse

Sources

Confédération Suisse, http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/suisse-1Intro.htm

Un petit jeu sur les accents suisses, http://www.tdg.ch/suisse/suisse-romande/Traquez-les-accents-Pour-aider-la-science/story/19459160

La Suisse, un pays avec toujours plus de langues, http://www.swissinfo.ch/fre/multiculturalité_la-suisse--un-pays-avec-toujours-plus-de-langues/43087612


 

 

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