Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Comment le monde de la formation se numérise

Créé le samedi 20 mai 2017  |  Mise à jour le mercredi 28 juin 2017

Comment le monde de la formation se numérise

Le rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales en France) montre la mue de la formation professionnelle au regard de la transition numérique. Cette activité y est décrite comme doublement touchée, pour elle-même et ses propres pratiques, mais aussi pour les autres métiers qu’elle est censée accompagner.

Le nom de cette mue est « digitalisation ». Cette digitalisation est présentée comme porteuse de renouvellement des pratiques pédagogiques. Dans le rapport ce sont les outils et techniques qui sont d’abord perçues : MOOC, formation multimodales, test en ligne, jeux sérieux, alternance de temps en présentiel et à distance.

Acessibilité accrue

Le vocabulaire du rapport suggère une influence des pratiques du monde anglo-saxon, tellement les termes de serious-games, social-learning, big-data, learning analytics, adaptative learning sont utilisés pour décrire une démultiplication des interactions et des volumes de données mobilisés. Si les rapporteurs mettent d’abord en avant les outils, ils rappellent l’importance à accorder à une ingénierie pédagogique, une attention soutenue à apporter à l’accompagnement humain qu’il soit individuel ou collectif et enfin la réalisation d’évaluations sur le réel apport des dispositifs en ligne proposés.

Le rapport souligne les gains à attendre de la digitalisation de la formation en termes de fluidité des parcours, de réduction des contraintes géographiques ou de temps, voire d’une baisse progressive des prix liée à l’arrivée de nouveaux entrants réputés disruptifs, en capacité de favoriser l’apparition d’entreprises apprenantes.  Bien sûr des mises en garde sont faites sur les inégalités possibles entre apprenants par l’accès aux technologies soit pour des questions d’usage, soit pour des questions de disposition d’accès à du matériel et à du très haut débit.

Les porosités entre temps de travail et temps personnel sont soulignées de même que la nécessité d’un encadrement légal (droit à la déconnexion). Selon le rapport la situation française est celle où 50% des organismes n’utilisent pas le digital en formation et 4% d’entre elles en tirent plus de 50% de leur chiffre d’affaire.

La lourdeur des traditions vs la vitesse des transformations

La raison de cette faible appétence semble résider dans l’attachement fort au présentiel et à la nécessité de réaliser des coupures avec le travail. De même la difficulté en matière d’adaptation des compétences et d’investissement financier est élevée. Quant à la situation française les règles de droits restent basées sur la tarification horaire et les adaptations demandées pour faire muer les référentiels de certification pour tendre vers des parcours personnalisés constituent aussi des obstacles.

En fait la digitalisation passera par une véritable métamorphose des métiers, non seulement pédagogique avec de nouvelles façons de concevoir des scénarios pédagogiques, d’animer à distance ou d’exercer les activités de community manager, formateur multimédia ou tuteur en ligne, mais aussi de toutes les fonctions supports telles que le marketing ou l’administration. 

Les tâches de conception vont employer plus de monde, alors que celle d’animation en face à face pourraient s’amenuiser. La mobilisation de nombreux spécialistes pour des tâches techniques ponctuelles peut créer des poches de sous-traitance plus importantes, une forme d’ubérisation ?

Pour les organismes de formation, la digitalisation nécessite de réussir dans le même temps à maintenir les activités d’animation traditionnelle et l’apprentissage de nouvelles pratiques, d’édition, informatiques, d’édition. D’acquérir ou gérer une plateforme pour diffuser des contenus de formation, de construire des modèles d’affaires efficients au regard des investissements à consentir.

Modification des règles du jeu

Le défi est assez important pour que l’état s’intéresse à la construction d’un cadre législatif adapté et clair, à la mise en place d’accompagnements, à des investissements pédagogiques forts, à la mise en place d’une dynamique de recherche et de développement, à l’impulsion de politique de branche (soutien pour le développement des compétences, politiques d’achat incitative), ouverture du marché et accès accru aux formations digitales certifiantes.

Il s’agit aussi d’un replacement des apprenants au centre des systèmes d’information et d’orientation : la création d’une logique centrée sur les utilisateurs. En effet souvent les systèmes sont créés pour les opérateurs, leur contrôle, leur financement et peu pour les usagers.

Selon ce rapport, un système centré sur l’utilisateur, avec une disruption par de nouveaux acteurs comprenant notamment un renouvellement pédagogique, doit permettre une élévation des compétences de la population active et permettre un enrichissement global.

 Illstration : DasWortgewand - Pixabay

Source :

La transformation digitale de la formation professionnelle continue.  Rapport de l’IGAS. N°2016-55R  Mars 2017. http://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/2016-055R.pdf

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