Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Apprendre comme un humain augmenté

Créé le lundi 28 août 2017  |  Mise à jour le mercredi 6 décembre 2017

Apprendre comme un humain augmenté

Humain augmenté pour apprentissage démultiplié ?

Le besoin de savoir

Au moment où ces lignes sont rédigées, 500 humains à peine ont fait un voyage dans l’espace. Près de 450 kilomètres de vide les séparaient de la terre. Ces spationautes ont dû, entre autres choses, apprendre à :

  • piloter un vaisseau et naviguer,
  • manipuler des programmes informatiques,
  • maîtriser des protocoles complexes,  
  • réaliser une variété d’expériences scientifiques, 
  • apprendre des gestes de premier secours,
  • se préparer à des situations qui nécessitent des années de pratique et des milliers d’heures d’apprentissage (ex médecine d’urgence etc.).

 
Il ne suffit pas de disposer de données dans un terminal, voire mieux, de la puissance de calcul d’une ou plusieurs intelligences artificielles, faut-il encore pouvoir bénéficier des singulières capacités de l’homme pour apprendre. Il est en particulier possible de relever :

  • L’intuition qui est plus qu’un calcul de probabilité, et qui intègre des processus parallèles, des reconnaissances de formes, des croisements avec des bases de données inconscientes, des liaisons faibles,
  • Le jugement esthétique, éthique ou moral,
  • La contextualisation des données et leurs hiérarchisations dans des échelles de valeurs,
  • La dimension émotionnelle, personnelle, historique et familiale,
  • La quasi-instantanéité de la pensée (nous penserions à une vitesse de 200 mots par minute),
  • L’accès quasi instantané et multicanal à des données réparties dans l’ensemble de notre corps.
     

La conquête de l’espace que des politiques ou des visionnaires, ou des milliardaires envisagent pour les années à venir nécessitera des connaissances technologiques pour se déplacer, pour récupérer physiquement de longs voyages, pour coloniser des territoires nouveaux, avoir de l’eau, se nourrir, disposer d’énergie. Elle nécessitera d’apprendre plus vite dans des temps accélérés, jusqu’alors inconnus, simplement pour survivre et s’adapter.

En route pour devenir des cyborgs

La question n’est plus de savoir si nous allons accepter de devenir des cyborgs, les pacemakers, complètent déjà 1 millions d’entre nous sur terre chaque année depuis 2009.

Nous avons pris l’habitude de modifier l’apparence de nos corps (botox, chirurgie esthétique), ou bien d’y greffer des prothèses médicales. Nous sommes aussi déjà liés aux automates, par le moyen de nos téléphones portables. « Machinalement », nous les consultons plus de 221 fois par jour pour accéder à de nouvelles informations.

Pour l’instant, peu d’entre nous ont délibérément fait le choix d’accepter des greffes définitives d’additifs électroniques (puces RFID, mémoire externe), mais pour combien de temps ? Quand le combiné téléphonique que nous posons sur notre oreille le sera-t-il de façon définitive ? Le mariage de la biotique et des nanotechnologies nous conduisent imperceptiblement vers une forme de transhumanisme, dont la vision est de repousser les limites possibles chez l’homme et de transcender sa nature par une ""amélioration continue". Peut-être jusqu’à l’immortalité. C’est le rêve de certains multimilliardaires de la Sillicon Valley.

Le cerveau connecté : projet Neuralink

Si nous sommes capables d’améliorer nombre des parties de nos corps, pourquoi ne pas faire progresser nos capacités cognitives ? Les intelligences artificielles ont une telle puissance de calcul, qu’on n’ose à peine imaginer ce que pourrait donner la combinaison du fonctionnement actuel de nos cerveaux et de ces monstres gavés de données.

Déjà des interfaces hommes-machines aident à pallier des handicaps de communication, par exemple, en couplant battement d’une paupière et reconnaissance d’une lettre. Des dispositifs de lecture d’ondes cérébrales permettent d’atteindre la vitesse de 6 à 8 mots par minute. Mais le projet Neuralink de cerveau connecté d'Elon Musk le fondateur de Tesla et de SpaceX va plus loin qu’une prothèse contrôlée par la pensée. Il s’intéresse justement à repousser les limites cérébrales en connectant le cerveau à la puissance de la machine sans que nous prêtions attention ou n’ayons d’efforts à fournir.

Le projet de connecter le cerveau à des machines est ancien, et le nombre de programmes relevés semble aussi connaître un boom

  • Le laboratoire de recherche du ministère américain de la défense, Darpa a récemment investi 60 millions de dollars sur 4 ans pour développer une interface qui pourrait être implantée dans le cerveau.
  • Building 8 est le laboratoire de recherche de Facebook et vise à « dicter par la pensée »
  • Kernel société visant la création d’un « implant cérébral pour tous » afin notamment de traiter les troubles de la mémoire.
     

Ces projets abordent le plus souvent le cerveau sous l’angle biomécanique des neurones, sans vraiment aborder la psyché humaine. Olivier Ezratty identifie des start-ups et surtout des grands programmes internationaux de recherche fondamentale qui se sont donnés des objectifs pour traiter l’hyperactivité des enfants, scanner des cerveaux morts et les télécharger dans des ordinateurs, créer des casques fonctionnant sur la base des encéphalogrammes, interpréter les ondes cérébrales, simuler le fonctionnement du cerveau, créer des plateformes neuromorphiques et neurorobotiques imitant le fonctionnement du cerveau, lutter contre les maladies neuro-dégénératives, comprendre comment se développe le cerveau, créer des processeurs neuromorphiques (imitation du cerveau d’une souris), réaliser des cartographie anatomique et fonctionnelle du cerveau, réparer le cerveau avec des scalpels non invasifs.

Et le collectif augmenté c’est pour quand ?

Cette augmentation de nos facultés cognitives ne fait que commencer, car de nouvelles capacités sont encore identifiables quand le collectif se mêle à l’intelligence. A titre d’exemple, il faut citer :

  • Mémoire transactive,
  • Communication infra-verbale,
  • Coordination mutuelle spontanée,
  • Intelligence systémique, holistique.
     

Si l’attention actuelle est portée à l’augmentation des capacités cognitives individuelles, il ne fait absolument aucun doute que les capacités cognitives collectives de l’homme vont aussi  progresser dans des programmes de recherche.

Sources :

Le cerveau fou de cerveau connecté d’Elon Musk - Guillaume Serries - ZDNET
http://www.zdnet.fr/actualites/neuralink-le-projet-fou-de-cerveau-connecte-d-elon-musk-39850454.htm

Neuralink https://www.neuralink.com/

GNT Neuralink et interface cerveau-machine
https://www.generation-nt.com/neuralink-interface-cerveau-machine-investissement-actualite-1945430.html

Implant Cérébral Kernel – Vivatech
http://www.france24.com/fr/20170621-bryan-johnson-implant-cerebral-therapie-technologie-millionnaire-vivatech

Building 8, la division secrète sur laquelle Facebook mise gros - Europe 1
http://www.europe1.fr/technologies/building-8-la-division-secrete-sur-laquelle-facebook-mise-gros-3007760

Cet implant permet d’écrire un texte par la pensée à une vitesse incroyable - Gregory Rozieres - Huffingtonpost.
http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/22/cet-implant-permet-decrire-un-texte-par-la-pensee-a-une-vitesse_a_21719161/

Wikipédia - Elon Musk  https://fr.wikipedia.org/wiki/Elon_Musk

Wikipédia - DARPA https://fr.wikipedia.org/wiki/Defense_Advanced_Research_Projects_Agency

Les start-ups qui bidouillent le cerveau - Olivier Ezratty
 http://www.oezratty.net/wordpress/2017/startups-bidouille-cerveau-autres/

IBM reconstitue un cerveau « numérique » de rongeur avec 48 puces neuromorphiques - Juliette Raynal - Industrie et technologie
https://www.industrie-techno.com/ibm-reconstitue-un-cerveau-numerique-de-rongeur-avec-48-puces-neuromorphiques.39312

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