Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Commotion cérébrale : obstacle majeur de l'athlète en apprentissage

Créé le dimanche 17 septembre 2017  |  Mise à jour le lundi 25 septembre 2017

Commotion cérébrale : obstacle majeur de l'athlète en apprentissage

Si l’école est majoritairement associée à la sédentaire salle de classe, heureusement les jeunes ont une cour, un gymnase et des terrains de sport afin de bouger. Certains écoles se targuent même de la qualité de leurs programmes de sport-études. Or, ces établissements songent-ils à tous les effets de l'activité sportive, bons ou mauvais?

Parce qu’il suffit de suivre le sport professionnel pour savoir que la pratique sportive vient généralement avec des blessures. Même les plus grands vont passer une partie, même petite, de leur carrière à devoir se soigner. Et si la majorité des plaies n’ont que peu d’impact sur l’apprentissage, cela diffère quand ça touche directement le cerveau.

Commotion, perturbation

Les commotions cérébrales font de plus en plus parler d’elles dans l’actualité. Particulièrement en Amérique du Nord, où les ligues professionnelles font des profits astronomiques, la question des commotions cérébrales est venue jeter une ombre au tableau. Des drames de sportifs souffrant de maladies dégénératives très tôt après la fin de leur carrière ou de suicides ont mis la lumière sur ce mal.

En effet, la commotion cérébrale peut avoir de graves répercussions surtout si l’individu ne prend pas le temps de se remettre sur pied et continue son activité. D’autant plus que la plupart des gens ont une vision erronée où ils ont l’impression que seuls ceux tombant sans connaissance ou ayant une légère amnésie après un choc sont atteints de commotion. Il s’agit, au contraire, de symptômes rares. Bien souvent, les vrais signes de commotion sont le mal de tête suivi d’étourdissements, de problèmes de concentration, de confusion, d’intolérance à des stimuli sonores ou visuels qui sont de véritables et fréquents effets d’une commotion.

L’accumulation de commotions cérébrales peut même être fatale. Y compris chez les jeunes. En Ontario, en 2013, Rowan Stringer qui jouait pour l’équipe de rugby de son école est morte d’un coup à la tête en plein match. Elle avait subi plusieurs commotions cérébrales dans les semaines précédentes. 3 ans plus tard, le gouvernement ontarien adoptait une loi afin de protéger les jeunes athlètes.

La difficile question du retour en classe

Les établissements scolaires de tous les niveaux se trouvent donc à devoir s’intéresser de près à ce problème de santé. La commotion touchant pratiquement tous les sports, dont plusieurs sports d'équipe populaires et très présents dans les écoles secondaires ou universitaires comme le hockey, le football, le football américain, le rugby, etc. Conséquemment, les écoles doivent penser à des protocoles afin de préparer non seulement le retour sportif, mais plus important celui à l’apprentissage des jeunes. Parce que les différents effets d’une commotion nuisent au travail scolaire et un effort mental soutenu peut même retarder la guérison et aggraver les symptômes.

RTL

Aux États-Unis, en 2009, les 50 États ont établi des lois de retour au jeu pour encadrer les jeunes athlètes et mettre la responsabilité sur les établissements afin qu’ils s’assurent de la sécurité des enfants. Or, seulement huit ont mis en place des règlements RTL (Return to learn) afin de bien suivre et garantir que les élèves soient en mesure de reprendre leur éducation après une commotion. Or, ces lois ne sont même pas vraiment appliquées et une étude de Pediatrics a montré leur inefficacité actuelle. Déjà, seulement quatre états ont une loi RTL couvrant aussi les commotions qui ont eu lieu dans un contexte non sportif. Et pratiquement aucune de ces législations ne donne un protocole précis à suivre pour s’assurer de l’état de l’élève. Heureusement, certains établissements comme l’université Vanderbilt dans le Tennessee ont décidé, à défaut d'avoir un plan national, de concevoir un protocole de retour aux études.

Une politique de retour à l'école

Au Canada, où le drame de Rowan Stringera a choqué beaucoup de gens, le sujet est aussi pris au sérieux. Beaucoup d’organismes abordent la question et proposent des guides sur le retour à l'école. Sur le site de l’Institut des commotions cérébrales, on résume les étapes.

Tout d’abord, il y a la période de reprise graduelle d’activité intellectuelle à domicile lorsque l’élève ne ressent plus de symptômes au repos. De petites plages horaires de 15 à 20 minutes de lecture ou d’écoute d’audiovisuel suivie de pauses conséquentes peuvent être mises en place. Ensuite, il y a le retour progressif à l’école où les ajustements d’horaire doivent être effectués pour aider l’apprenant à ne pas menacer sa récupération.

Les administrations d’établissements scolaires peuvent avoir accès à un guide PDF écrit par le docteur en neuropsychologie, professeur de l’Université de Montréal et sommité sur la question des commotions Dave Ellemberg. Le regroupement de la Collaboration canadienne sur les commotions cérébrales a, quant à lui, déposé en ligne une feuille de route des politiques à mettre en place lors de la rentrée en septembre 2016.

Volonté nécessaire

La question reste désormais de l’applicabilité de ces protocoles. Il faut une volonté des établissements d’accepter de prendre le temps de réintégrer un apprenant qui a eu une commotion. Car si, généralement, une commotion bien guérie se règle dans les 7 à 10 jours suivant l’incident, cela peut aussi prendre quelques semaines. Il est donc nécessaire d’avoir une (ou des) personne pivot qui pourra gérer les cas et la réintégration à l’école.

Et puis, il y a la notion de mensonge : certains athlètes vont mentir sur leur état pour éviter d’être diagnostiqués avec une commotion. Il faut que les médecins soient prudents et effectuent plus de tests pour s’assurer qu’il y a, ou non, commotion et, ce, sans céder aux pressions externes (apprenant, parent, entraîneur, direction, etc.). Une responsabilité immense pour les écoles puisqu'une commotion mal guérie peut avoir des impacts sur les résultats scolaires, mais aussi la santé actuelle et future des athlètes.

Illustration : Radar286
North Sydney Bears vs Newtown Jets 20.08.16
via photopin

Références :

"Commotions Cérébrales : L’Ontario, Première province à adopter une loi." Radio-Canada.ca. Dernière mise à jour : 7 juin 2016. http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/785971/adoption-loi-prevention-commotion-jeune-athlete-ontario-rowan-stringer.

Fischer, Kristen. "When should a student return to class after a concussion?" Healthline. Dernière mise à jour : 7 novembre 2016. http://www.healthline.com/health-news/when-to-return-to-class-after-concussion#1.

Fleury, Élisabeth. "Guide pour mieux prévenir et prendre en charge les commotions cérébrales." La Presse. Dernière mise à jour : 7 septembre 2016. http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/sante/201609/07/01-5018102-guide-pour-mieux-prevenir-et-prendre-en-charge-les-commotions-cerebrales.php.

"Retour à l'école après une commotion." Institut des commotions cérébrales. Dernière mise à jour : 26 mars 2016. http://institutcommotions.com/retourner-a-lecole-apres-commotion-cerebrale/.

Reuters. "'Return-to-Learn' Laws may not help students after concussions." Fox News. Dernière mise à jour : 7 novembre 2016. http://www.foxnews.com/health/2016/11/07/return-to-learn-laws-may-not-help-students-after-concussions.html.

Straus, Lindsey. "Few states regulate return to learn after concussion, study finds." Concussion Reporting: Time for a new game plan?. Dernière mise à jour : 7 novembre 2016. http://concussions.smart-teams.org/few-states-regulate-return-to-learn-after-concussion-study-finds/.

Wilemon, Tom. "Guidelines to help concussed students return to school." Vanderbilt University. Dernière mise à jour : 13 octobre 2016. https://news.vanderbilt.edu/2016/10/13/guidelines-to-help-concussed-students-return-to-school/.

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