Par Daniel Therrien  | dante325@gmail.com

Différenciation et culture: intégration scolaire des nouveaux arrivants

Créé le mercredi 20 septembre 2017  |  Mise à jour le mercredi 1 novembre 2017

Différenciation et culture: intégration scolaire des nouveaux arrivants

L’arrivée massive d’immigrants au Québec et ailleurs pose la question de la scolarisation des nouveaux arrivants. À ce titre, le gouvernement canadien mettra à disposition en 2017-2018 une somme à priori de 45 millions de dollars pour le soutien à l’intégration des élèves immigrants et le soutien à l’éducation interculturelle dans les commissions scolaires[1].

Malgré un soutien financier et plusieurs initiatives d’intégration dans les écoles, la réussite scolaire des nouveaux arrivants n’est pas acquise d’emblée. Pour cette raison, une pédagogie inclusive doit se développer afin que chacun des élèves puisse bénéficier d'un cadre de travail favorisant sa réussite. 

Un défi majeur

Les élèves immigrants réussissent moins bien au Québec, selon les données de statistiques Canada de 2015. La scolarisation d’élèves appartenant à une autre culture, souvent parlant une autre langue que le français à leur arrivée, représente un défi majeur en raison de leur grande vulnérabilité.

Plusieurs facteurs contribuent à rendre la situation de l’intégration difficile pour eux.  Le retard scolaire accumulé en raison d’expériences migratoires difficiles et (ou) en raison de situation familiale conflictuelle vient augmenter la difficulté d’intégrer adéquatement le milieu scolaire.  Car en plus de tenter de s’adapter au milieu culturel québécois ils doivent passer par le processus obligatoire de francisation.

La collaboration entre la communauté et l’école, collaboration essentielle aux fins de l’intégration, ne semble pas s’être développée selon les volontés du ministère québécois de l’Éducation[2]. Cependant, de nombreuses écoles ont multiplié les efforts pour accueillir et intégrer les nouveaux arrivants, utilisant les fonds gouvernementaux pour bâtir des projets en ce sens. Malgré un discours officiel prônant la différenciation pédagogique comme principe fondamental d’inclusion, et malgré une littérature abondante à ce sujet, les enseignants sont continuellement confrontés aux difficultés d’accompagnement des jeunes élèves immigrants.

Différenciation pédagogique

La connaissance de l’élève, de son milieu familial et la collaboration des parents seraient des facteurs importants pour la réussite scolaire. Ce serait particulièrement vrai pour les jeunes élèves immigrants. En l’absence de l’apport parental, l’enseignant devra développer en classe une approche de la différenciation aussi large que les conditions de sa tâche professionnelle le permettront.  Pour ce faire, il doit tenir compte « des préalables et caractéristiques »[3] de ses élèves lors de ses planifications et des transpositions didactiques d’objets d’apprentissage. Or ce travail de planification s’allie difficilement à une conception uniforme d’apprentissage. L’enseignant doit intégrer une préoccupation pour les caractéristiques propres de ses élèves, en privilégiant des façons multiples d’aborder l’objet du savoir à enseigner.

Stratégies pédagogiques

La différenciation vise à combler un écart entre les difficultés de certains élèves et l’objectif de réussite de tous les élèves de la classe.  Dans sa planification, l’enseignant tient compte des intérêts des élèves, de leur façon d’apprendre et de leurs habiletés. Aussi, il insère dans son dispositif d’apprentissage des mesures d’appui pour les élèves en difficultés; il individualise pour ainsi dire l’apprentissage en proposant des stratégies qui rejoignent les élèves en déficit.

Ces stratégies sont également enseignées et appliquées par tous, le rôle des pairs-aidants devenant de ce fait important pour des élèves allophones, par exemple, dans le décodage de la langue. Les enseignants fonctionneraient comme si les difficultés des élèves culturellement différents présentaient la même problématique que l’ensemble des élèves; à cette fin, la régulation des activités d’apprentissage sera faite en fonction des problèmes rencontrés.

Des activités formatives d’évaluation, un soutien individuel, la récupération en dehors des heures de cours, accompagneront un souci de rendre la matière enseignée moins difficile pour eux. Le recours aux ressources numériques (liens au bas de cet article) fait partie de cet ensemble de moyens de soutien à l’apprentissage. Le projet ABRACADABRA, par exemple, apporte l’aide nécessaire aux jeunes apprenants dans leurs premiers apprentissages du français.   

Le soutien familial

Envisager les activités de différenciation pédagogique comme une forme d’ouverture à la diversité culturelle ne semble pas réaliste. Selon l’observation qu’on peut en faire dans les écoles primaires, auprès des premiers apprenants, les enseignants agissent en fonction des difficultés rencontrées et des problématiques scolaires, ne considérant pas spécifiquement la dimension culturelle  comme un facteur de déficit.

C’est pourquoi ils chercheront les moyens de combler l’écart d’apprentissage en mettant en œuvre des mesures d’appui pour tous leurs élèves. Avec le soutien des parents et de l’aide aux devoirs, la chance que les jeunes immigrants apprennent davantage et réussissent les évaluations sommatives augmente de façon significative.  

Les ressources numériques suivantes font état de la recherche en matière de soutien à l’intégration des nouveaux arrivants, de même qu’elles constituent une instrumentation adéquate pour l’apprentissage.

Ressources numériques

RIRE - Pour une intégration réussie des élèves issus de l’immigration.

Dans le site ÉCOLE PLURIELLE le Ministère québécois de l’Éducation met à la disposition des écoles et des commissions scolaires des ressources favorisant l’accueil et l’intégration des immigrants, ainsi que leur apprentissage du français.

Abracadabra (CTREQ) – Premiers apprentissages de la lecture et de l’écriture en français et en anglais, langue première et langue seconde.

À consulter

FECRE
http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/dpse/educ_adulte_action_comm/Doc_Eval_Implantation.pdf

Portrait statistique des élèves issus de l’immigration 2011-2012. Gouvernement canadien.
http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/PSG/statistiques_info_decisionnelle/14-00280_portrait_stat_eleve_issu_immigration_2011_2012.pdf

Pour une intégration réussie des élèves issus de l’immigration
http://rire.ctreq.qc.ca/2016/01/immigration-dt/

Soutien en milieu scolaire 2017-2018. Éducation préscolaire, enseignement primaire et enseignement secondaire. Intégration et réussite des élèves issus de l’immigration et éducation interculturelle. Gouvernement canadien.
http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/saacc/communautes_culturelles/Guide_soutien_milieu_scolaire_2017-2018.pdf 

Ressources pédagogiques. Direction des services d’accueil et d’éducation interculturelle. Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Québec.
http://www.ecoleplurielle.ca/ressources-pedagogiques/initiatives-decoles/

Références

Feng Hou et Qi Zhang. Les différences régionales dans les résultats scolaires des jeunes immigrants. Publié le 18 novembre 2015.
http://www.statcan.gc.ca/pub/75-006-x/2015001/article/14247-fra.pdf

Guay, M. H., Legault, G., Germain, C. Pour tenir compte de leurs différences. Vie pédagogique, 141. 2006. 

Prud'homme, L., Dolbec, A., Brodeur, M., Presseau, A. et Martineau, S. La construction d'un îlot de rationalité autour du concept de différenciation pédagogique. Journal of the Canadian Association for Curriculum, 5(1), 1-32. 2005.

Vailles, F. L'éducation, les immigrés et le Québec. Journal La Presse. 26 novembre 2015.
http://affaires.lapresse.ca/opinions/chroniques/francis-vailles/201511/26/01-4924938-leducation-les-immigres-et-le-quebec.php

Feyfant, A. Les effets de l’éducation familiale sur la réussite scolaire. Dossier d’actualité Veille et analyses, n° 63, juin 2011.
http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veille/63-juin-2011.pdf 


[1] Mesure 15051, Ministère canadien de l’Éducation. Accueil t francisation.

[2] Programme famille, école, communauté, réussir ensemble (FECRE)

[3] Guay et autres, 2006. 

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