Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Évaluer les temps d'apprentissage à distance

Créé le jeudi 28 septembre 2017  |  Mise à jour le lundi 13 novembre 2017

Évaluer les temps d'apprentissage à distance

Dans une configuration d’apprentissage « traditionnelle », ou « stage à l’ancienne »,  le participant recevait une convocation à un lieu de rendez-vous. Il cheminait jusqu’à un centre de formation ou une université, il trouvait sa salle, discutait de façon informelle avec les personnes présentes, signait une feuille de présence puis s’asseyait et se mettait en disposition de recevoir ce que le formateur pouvait lui indiquer.

Il écoutait, écrivait, échangeait avec les autres, composait des réponses, disait s’il était satisfait ou non. Quelqu’un en tenait compte ou non. C’était une reproduction de ce à quoi chacun avait pris l’habitude dans sa scolarité.

Cet enchaînement des temps est maintenant remis en question avec des apprentissages en ligne qui produisent une autre décomposition des temps et surtout une autre appréciation de ceux-ci. Les formes de dispositifs à distance entraînent en effet différentes façons de compter les temps :

  • Webconférence,
  • Parcours organisée sur une plateforme d’apprentissage ou un MOOC,
  • Classe inversée,
  • Recherche et prise d’informations en amont d’une rencontre physique.
     

Chacune de ces modalités bouleverse nos rapports aux temps d’apprendre et oblige à repenser le temps.

S’organiser pour apprendre

L’apprentissage en ligne produit souvent des relations où l’apprenant se retrouve seul face à son écran pour apprendre. Il est alors conduit  à organiser des temps pour se connecter et se fixer des objectifs d’apprentissage. Il doit également consacrer un temps pour maîtriser les fonctionnalités d’une plateforme (LMS) et appréhender des modalités de navigation.

Il est ainsi conduit à lire des tutoriels pour comprendre les consignes de navigation, de connexion et mise en route technique. Il doit aussi maîtriser des logiciels utiles à l’appréhension des ressources, voire de téléchargement de logiciels additionnels ou d’ouverture de droit d’administration (ex : visioconférence).

Enfin, il est souvent invité à s’approprier des protocoles de travail comme par exemple d’écriture collaborative, de partage de documents ou d’idées.

Appréhender les ressources pédagogiques

La formation en ligne propose une variété de supports multimédia qui enrichissent les façons d’accéder et de manipuler des informations. Dans l’apprentissage, il faut de plus en plus compter avec la durée moyenne de lecture d’un texte, d’un diaporama, d’une vidéo et de sa lecture.

Les temps estimés de réalisation d’un exercice, de déroulement d’un clip peuvent parfois être doublés car l’apprenant a la possibilité de revoir la séquence.  La durée d’une web-conférence intégrera aussi les temps de connexion et de mise à niveau technique de son poste de travail. Il est ici possible de proposer les estimations suivantes :

  • 1 heure pour lire 10 000 signes;
  • 2 minutes par visualisation de diapositive;
  • Le temps de déroulement d’une vidéo;
  • Le temps pré-minuté d’une clip;
  • La durée d’une web conférence.
     

Les temps « techniques de connexion », ou téléchargement de logiciels sont essentiels à considérer car si l’apprenant tarde trop à appréhender, composer et se repérer dans son environnement d’apprentissage, il est rebuté et sera tenté de passer à autre chose.

Produire son savoir

Appréhender les temps de production et de dépot en ligne est assez difficile. Les MOOC affichent souvent des heures par semaine qui sont exprimés en fourchette très approximatives de 4h à 6h. Pourtant il serait possible d’être plus fin dans les estimations, par exemple prévoir :

  • 1 heure de travail  pour la production d’un texte de 2 000 signes;
  • 2 heures de temps pour rechercher une trentaine de référence  en vue de préparer une classe inversée;
  • 10 minutes de temps de réponse pour une dizaine de questions.
     

Évidemment ces estimations se précisent au fur et à mesure par les concepteurs de dispositifs, en fonction, des publics de leur situation et maîtrise des prérequis, de la complexité de la matière ou de la connaissance des sujets.

Interagir en ligne

La mesure des interactions en ligne est délicate à réaliser, car le nombre et le volume des interventions sur des forums est très variable d’un individu à l’autre. Ces interactions sont appréciables non seulement par leur quantité, mais aussi par leur qualité.

Des messages insignifiants côtoient des remarques qui vont être des déclencheurs d’apprentissage pour d’autres.  Et il est difficile de qualifier le rôle pédagogique de chaque interaction.

Les temps de téléchargement de documents vont aussi dépendre de la zone de connexion, du matériel et des conditions de téléchargement ou de visionnement.

De même les temps d’échange avec un tuteur ou avec d’autres participants participent de la qualité des échanges et seront très variablement appréciés. Pour tous ces motifs il est difficile de qualifier ces activités pédagogiques essentielles et de les calibrer en matière de temps à intégrer dans un dispositif en ligne. Cependant, l'analyse statistique d'un grand nombre d'interactions spécifiques à un cours permettent des prédictions parfois utiles.

Le changement de problématique des temps de formation

La question du temps de formation est complètement renouvelée. Il s’agit donc de se reposer des questions sur les dispositifs de formation qui seront agencés très différemment.

  • L’organisation des temps de formation
    • Seront-ils synchrones ou asynchrones ou un mix des deux ?
    • Seront-ils morcelé et en rythme espacé ou bien d’un seul bloc ?
  • L’assiduité et l’attention
    Les temps d’apprentissage en ligne questionnent l’assiduité aux rendez-vous ou activités proposées. Le temps de connexion garantit-il une attention ? Se connecté en étant complétement inattentif est-il équivalent à dormir au fond d’une salle ?
  • Contrôle des temps et motivation
    La question du contrôle des temps et du style de management est saillante. Doit-on s’assurer absolument de l’usage d’un temps productif d’apprentissage ou vaut-il mieux miser sur la production de livrables ? Va-t-on vers plus de confiance (forfait temps accordé aux apprenants) ou vers plus de contrôle (contrôle précis des temps) ?
  • L’espace
    La question des temps repose aussi la question des espaces et de l’espace-temps : les trajets. Apprend-t-on tout le temps et en tous lieux ? L’organisateur de la formation doit-il se préoccuper de l’usage de ce temps ?
  • Les risques
    Dans le cas des classes inversées, y a-t-il risque de perte de temps si le formateur doit répéter ce qui n’a pas été vu en amont ?


Sources :

Se former à distance hors du travail, les astuces pour réussir http://www.nrj.fr/active/reussir-formation/se-former-a-distance-hors-du-travail-les-astuces-pour-reussir-31266918

 

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