Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

L’école acadienne à l'ère du multiculturalisme

Créé le dimanche 1 octobre 2017  |  Mise à jour le lundi 9 octobre 2017

L’école acadienne à l'ère du multiculturalisme

Les populations humaines évoluent, se déplacent et se transforment non sans provoquer différentes réactions dans la population. Certains s’en inquiètent et redoutent les conséquences de vagues migratoires. D’autres se réjouissent de ces nouvelles personnes emportant un bagage culturel différent venant enrichir celui déjà en place. Une chose est certaine, le thème ne laisse personne indifféren. Les tensions politiques dans certains pays, les conflits armés et les effets des changements climatiques n’arrêteront pas le phénomène.

Les communautés francophones au Canada sont minoritaires, sauf au Québec. Le pays est très multiculturaliste dans son approche de l’immigration et cela a des conséquences sur ces milieux, particulièrement au niveau de l'éducation. Au Nouveau-Brunswick, par exemple, la minorité francophone, les Acadiens, se trouve dans cette situation. Les professeurs doivent dont veiller à intégrer ces élèves et, aussi, à leur apprendre la langue française afin de renforcer la communauté francophone. Des chercheurs ont donc interrogé une dizaine d’enseignants ayant au moins 3 ans d’expérience dans des classes multiculturelles à Moncton et à Fredericton. Leurs réponses sont plutôt éclairantes.

Un atout venant avec de nombreux défis

Il est clair pour les enseignants que l’apport de ces élèves provenant d’ailleurs est un atout ajouté à la classe autant pour les enfants que les professeurs qui tentent d’en apprendre plus sur les pays et la culture de ces nouveaux apprenants. Cet enrichissement est donc vu comme souhaitable et nécessaire. Mais il ne vient pas sans difficulté.

L'une des premières est celle du placement. Trop souvent, ces enfants sont placés dans des classes correspondant à leur âge et non pas à leur réel niveau scolaire. Ce qui est parfois un grand problème pour l’enseignant qui doit faire avec eux du rattrapage tout en donnant sa matière. Ils ont d’ailleurs peu d’accompagnement en ce sens et d’informations préalables. En effet, ils ne savent généralement rien de leurs antécédents scolaires ni de leurs valeurs qui peuvent parfois être en totale contradiction avec celles de la société d’accueil. Or, l’enseignant a le devoir de s’assurer que l’élève finisse par s’intégrer et appuie les principes sociétaux canadiens.

Une autre couche de complication s’ajoute quand ceux-ci, en plus, viennent de familles allophones. Ne parlant pas français, il devient difficile de communiquer des savoirs. Leur maîtrise du français écrit et oral n’étant pas bonne, il faut adopter des stratégies pédagogiques différentes. Une difficulté encore plus grande lorsque vient le moment de discuter avec les parents du parcours de l’enfant. Pas simple de créer une synergie entre le corps enseignant et des gens qui n’ont pas la même langue et qui ne comprennent pas cette approche canadienne de la concertation entre professeur et parents. Beaucoup d'entre eux proviennent de culture pédagogique où le professeur décide de ce qui arrive en classe et les parents d'élèves n'ont pas à discuter des décisions.

Pédagogie différenciée

Certains enseignants obtiennent de bons résultats en choisissant de mettre en place une pédagogie différenciée, donc plus personnalisée et centrée sur l’élève. Or, tous ne sont pas à l’aise avec cette méthode, ce qui rend ardu l'implantation généralisée de ce type d'approche pédagogogique. Sans compter la pression de suivre le programme du Ministère de l’Éducation, ce qui restreint le champ d’activités des professeurs qui ne peuvent pas se permettre des expériences pédagogiques hors curriculum afin de mettre à niveau ces élèves issus de l’immigration.

Enfin, l'aspect le plus complexe de cette intégration est le manque clair d’encadrement de soutien et de préparation à cette réalité. Un des enseignants affirmera aux chercheurs que dans sa formation des maîtres, aucun cours n’abordait ce type de classe. Ainsi, ils doivent « expérimenter » et développer de forts liens collaboratifs entre enseignants pour se partager des trucs dans la planification de cours et pour se donner un portrait plus précis de ces élèves.

L’école francophone minoritaire du Nouveau-Brunswick est prise dans une situation insolite. Elle doit s’assurer que les efforts des professeurs envers les enfants de migrants soient tournés vers l’éducation plutôt que de se disperser dans des questions d’accueil.

La société néo-brunswickoise pourrait grandement bénéficier de la venue de ces nouveaux arrivants, ajoutant des francophones à la communauté. Comme cela est arrivé à Toronto qui a vu les rangs de franco-ontariens gonfler un peu avec l’arrivée d’immigrants provenant de pays francophones comme la France, le Liban, l’île Maurice ou le Congo. La solution acadienne ne se trouve pas dans le repli, mais plutôt dans la dotation d’une vraie politique éducative multiculturelle, incluant des formations, ateliers et autres afin d’améliorer l’intégration des nouveaux arrivants dans les écoles francophones.

Illustration : pennstatenews via Foter.com / CC BY-NC

Références

Kamano, Lamine, et Aïcha Benimmas. "La Diversité Ethnoculturelle Et Les Enjeux De La Pratique Pédagogique À L'École Francophone Minoritaire Du Nouveau-Brunswick." Érudit. Dernière mise à jour en 2017. https://www.erudit.org/fr/revues/minling/2017-n8-minling03109/1040309ar/

 

Brassard, Alexandre. "L’immigration Francophone à Toronto: Succès Et Défis." Le Carnet D'Alexandre. Dernière mise à jour : 18 mars 2014. https://abrassard.wordpress.com/2014/03/18/2ieme-forum-de-la-francophonie-torontoise-allocution-douverture/

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