Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Classe multiculturelle : un moteur de changement culturel en pédagogie

Créé le dimanche 1 octobre 2017  |  Mise à jour le lundi 9 octobre 2017

Classe multiculturelle : un moteur de changement culturel en pédagogie

Le paysage écolier se transforme de nombreuses manières que ce soit pédagogiquement, technologiquement ou socialement avec l’hétérogénéité des classes.

En effet, surtout en Occident, de plus en plus enfants proviennent de pays étrangers. Les vagues de migration liées à de multiples situations géopolitiques ont accéléré ce phénomène. Cela ne sembler pas changer grand-chose en apparence, à part la diversité de couleurs de la peau dans les classes. Peu importe l’origine géographique des élèves, ils ne cherchent qu’à apprendre comme les natifs du pays qui les a accueillis.

Les passeurs de culture

Toutefois, cela demande un changement majeur dans la culture pédagogique. Déjà, en 2002, le thème était abordé dans une analyse et réflexion de deux chercheurs français. Ils ont réalisé en discutant avec différents enseignants, particulièrement de français langue seconde, qu’ils sont des passeurs de culture. Par eux et leur enseignement, les élèves allophones ont plus de chance de pouvoir s’intégrer. Toutefois, s’ils ne sont suffisamment conscients de cette réalité, ils finiront, inconsciemment, par marginaliser ces apprenants à qui ils renverront un message d’impossibilité d’intégration lié à leurs différences. Pour les chercheurs, l’école française devait changer de culture afin de ne plus perpétuer cette idée de classe (ou ici, culture) dominante sur celle des autres.

Aller plus loin

Peut-être pourraient-ils s'inspirer du sociologue de l’éducation Michael Young, qui proposait en 2014 l’idée du « powerful knowledge ». Pour lui, l’école a quelques futurs possibles. Elle peut continuer de concevoir des curriculums sur le modèle du 19e siècle comme elle le fait actuellement. Or, l’approche qu’il propose suggère de littéralement modifier la culture pédagogique afin de cesser cette approche passéiste, en reléguant au second plan l’idée des compétences. Pour lui, elles ne font que répondre au « comment » des questions pédagogiques. Lui voudrait que la classe pousse les apprenants à aller au-delà d’eux-mêmes vers des questions sur les concepts eux-mêmes (ce qu’il appelle des « what questions »). Bref, un système orienté d’abord et avant tout sur le savoir et la réflexion au-delà du curriculum.

Cette approche exigerait des transformations majeures, mais elle serait, selon lui, celle qui pourrait instaurer un vrai système éducatif égalitaire qui ne met plus le focus sur la provenance de l’élève, son genre, sa motivation, etc. Elle empêcherait les biais qu’ont les systèmes scolaires par rapport aux apprenants et leur statut socio-économique quel qu’il soit.

Cette conférence avec questions et réponses donne une idée plus précise de la vision de l'homme, qui n'est pas simple à mettre en place, ni parfaite, mais le début d'une réflexion et d'une révolution scolaire. Pour certains, comme ce chercheur suédois, cette approche de « power knowledge » pourrait être la clé pour une instruction interculturelle de qualité sur des sujets sensibles comme l’histoire.

Vivre le multiculturel au quotidien

Si le système éducatif doit possiblement se renouveler à l’ère du multiculturalisme, que faire des professeurs qui vivent quotidiennement cette réalité dans leur classe? Elle constitue un défi de taille surtout quand les apprenants n’ont aucune connaissance de la langue du pays d’accueil ou qu'ils ont, parfois, des valeurs différentes.

Cela va obliger une transformation de la formation des maîtres. Par exemple, au Québec, la formation sur le sujet est inégale. De plus en plus de représentants du milieu enseignant réclament que rapidement soient instaurés des cours et des formations afin de mieux préparer les jeunes professeurs à ces réalités aussi présentes en milieu urbain qu’en région.

Quand il est question de classe multiculturelle, nous mettons souvent en lumière les problèmes. Toutefois, malgré ces réels obstacles, des professeurs bénéficient grandement de ce contexte pédagogique très humain. L’enseignante Émilie Kochert témoigne ici de l’apport et ces enfants et des différentes approches qu’elle a prises pour régler quelques problèmes (exemples : utilisation de ceintures de compétences, du bâton de parole, etc.).

Cette autre jeune femme aborde la question de façon aussi positive et donne des trucs pour s’en sortir dans une classe de la sorte. Elle soulignera l’importance d’utiliser des outils modernes comme des films, des extraits vidéos dans l'apprentissage du FLE. Nous pourrions ajouter à ses suggestions des applications technologiques afin d’intéresser davantage les allophones et les aider dans leur compréhension du français. L'auteure souligne aussi l'importance du jeu dans la transmission du langage. Il s'agit aussi d'une façon d'améliorer l’intercompréhension entre les apprenants et aussi avec le personne enseignant.

Les classes multiculturelles ne forceraient-elles pas le début d’une révolution culturelle à l’école ? En effet, elle exige que le personnel enseignant se concentre davantage sur ces élèves issus de l’immigration. Il leur faut parfois ajuster le parcours pédagogique afin de les aider dans leur intégration à la société d’accueil. N’est-on pas là proche de l’idée de la pédagogie différenciée, centrée sur l’apprenant qu’ils sont plusieurs à vouloir intégrer avec ou sans les TICE? La classe multiculturelle pourrait donc être une ouverture importante à des changements pédagogiques dans les prochaines années, comme le proposait Michael Young. Les systèmes scolaires sauront-ils saisir cette occasion?

Illustration : jessdunnthis Suara Indonesia Dance Preschool and Daycare Incursion via photopin (license)

Références

"Creating a ‘powerful Knowledge’ Curriculum in Schools." Policy Exchange. Dernière mise à jour : 10 mai 2016. https://policyexchange.org.uk/event/creating-a-powerful-knowledge-curriculum-in-schools/.

Gervais, Lisa-Marie. "La Diversité Culturelle Au Programme Des Futurs Profs." Le Devoir. Dernière mise à jour : 28 octobre 2016. http://www.ledevoir.com/societe/education/483345/education-la-diversite-culturelle-au-programme-des-futurs-profs.

Jalil Akkari, Abdel, et Aline Gohard-Radenkovic. Vers une nouvelle culture pédagogique dans les classes multiculturelles : les préalables nécessaires. Revue des Sciences de l'Éducation 281, 2002. https://www.erudit.org/en/journals/rse/2002-v28-n1-rse552/007153ar.pdf.

Lepineux, Morgane. "Enseigner dans un environnement multiculturel." LinkedIn. Dernière mise à jour : 28 juin 2017. https://www.linkedin.com/pulse/enseigner-dans-un-environnement-multiculturel-morgane-lepineux?published=t.

Nordgren, Kenneth. Powerful knowledge, intercultural learning and history education. Journal of Curriculum Studies, 2017. http://www.hh.se/download/18.5c1c389b15bea8107db41855/1494493830791/Kenneth-Nordgren-text-170504.pdf.

Playfair, Eddie. "What is Powerful Knowledge?" Eddie Playfair. Dernière mise à jour : 19 août 2015. https://eddieplayfair.com/2015/08/19/what-is-powerful-knowledge/.

Royer, Monique. "Le Goût De L’autre." Les Cahiers Pédagogiques. Dernière mise à jour : 13 octobre 2016. http://www.cahiers-pedagogiques.com/Le-gout-de-l-autre.

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire