Par Daniel Therrien  | dante325@gmail.com

L'enseignant, libre et maitre de ses choix pédagogiques

Créé le jeudi 5 octobre 2017  |  Mise à jour le mercredi 15 novembre 2017

L'enseignant, libre et maitre de ses choix pédagogiques

Depuis la parution, en 2001, d’une orientation résolument professionnalisante, le Ministère québécois de l’Éducation s’est engagé, en collaboration avec les universités québécoises, à développer un programme de formation des futurs enseignants sur la base de l’acquisition de compétences professionnelles.

Cette orientation propose aux universités de développer un encadrement et un accompagnement de soutien à la formation initiale. Les enseignants ont toute légitimité de choisir ce qui convient le mieux pour leurs élèves, ayant ainsi acquis la liberté professionnelle dont ils ont besoin.  Quoiqu’on ne lui reconnaisse aucun statut professionnel légal au Québec, l’enseignant jouit de prérogatives similaires aux autres praticiens. L’objectif de réussite scolaire pour ses élèves l’amènera à poser des diagnostics et à exercer son libre arbitre afin de déterminer vers quelle orientation pédagogique il se dirigera. 

Contraintes et liberté du pédagogue

La liberté s’accommode bien des contraintes. Affirmer que les enseignants québécois sont individualistes serait un accroc sérieux à la réalité. Individualisme et autonomie vont de pair avec la liberté de choix. Mais comme tout bon professionnel, l’enseignant répond à des contraintes particulières de différents ordres.

Les prescriptions gouvernementales en font partie. La matière enseignée doit correspondre à la matière évaluée, selon les règles de certification en vigueur. Les examens dits « du Ministère » sont incontournables, et le programme ministériel contient toute la matière qui doit être vue et assimilées par les élèves.

C’est à l’intérieur de ce cadre que s’exerce la liberté des choix pédagogiques, soit le «comment faire» pour atteindre l’objectif de réussite. À ce niveau, l’enseignant donne sens à sa pratique et se positionne par rapport aux différentes postures pédagogiques.  Il évalue l’efficacité des méthodes et ajuste sa pratique en fonction des résultats. Sa responsabilité quant à sa fonction rend ses actions imputables aux yeux des autorités scolaires et des parents d’élèves.  Il n’y a donc de liberté professionnelle que si l’enseignant répond aux exigences de sa communauté

Le poids de l’équipe pédagogique

Le choix du travail en équipe pédagogique n’est pas un choix libre mais une contrainte importante pour qui désire mener seul sa barque. Ce travail fait partie d’un référentiel de compétences professionnelles (10e compétence) que doivent développer les jeunes et les moins jeunes enseignants.

Si les futurs enseignants seront évalués en fonction de critères de compétences à atteindre, les enseignants en exercice par contre ne se sentent pas liés par les orientations ou les décisions de leur équipe pédagogique. La tâche même de mener à bien la gestion d’un groupe d’élèves ne relève que de leur savoir agir, avec l’appui certes des services d’aide aux élèves. L’enseignement fait partie de ces professions où toute ingérence est mal reçue. Nonobstant cette prise de position légitimant l’individualité de la pratique, et à l’instar des autres professionnels, l’enseignant doit rendre des comptes à sa communauté de la justesse de ses choix.

Pertinence des choix pédagogiques 

Il est difficile et téméraire de répondre à la question de la pertinence d’un choix pédagogique; pourtant, être libre professionnellement sous-entend que les moyens choisies sont les bons.

L’enseignant ne peut pas se contenter d’être un technicien de l’éducation, testant ici et là des approches et des méthodes pour répondre aux besoins des élèves. La constitution d’une situation d’apprentissage et d’évaluation (SAE) relève avant tout d’une planification où le pédagogue envisage les compétences à atteindre et les moyens d’y parvenir, et le scénario qu’il mettra en œuvre à cette fin. 

La pertinence des choix qu’il fera est étroitement liée à la contrainte que représentent l’objectif d’apprentissage et les habiletés de ses élèves.  Il semble que plusieurs approches dites de la nouvelle pédagogie ne sont autres que des développements de situations pour rendre l’élève autonome dans ses apprentissages, déresponsabilisant ainsi l’institution scolaire. C’est pourquoi l’institution scolaire doit exercer un certain contrôle sur la qualité de l’enseignement et des apprentissages, ce qui n’enlève rien à l’autonomie professionnelle, telle qu’il est mentionné précédemment.

Un choix d’équipe

L’imputabilité des actions demeure ce qui guide l’enseignant dans ses choix pédagogiques, tous orientés vers la réussite scolaire. Son autonomie professionnelle, si elle se distingue des orientations institutionnelles, ne peut en faire fi. L’école ne peut garantir l’avenir de son projet d’orientation que si elle obtient la collaboration de ses enseignants. Le fait d’impliquer ces derniers dans toutes les étapes du développement de ce projet, à partir d’action concertées, ne peut qu’être bénéfique et sanctionne la professionnalité enseignante.

Illustration : mohamed1982eg - Pixabay

Références

Martinet, A., Raymond, D. et Gauthier, C. La formation à l’enseignement – Les orientations – Les compétences professionnelles. Québec: Ministère de l’Éducation, Direction de la formation et de la titularisation du personnel. 2001.  

Perrenoud, P. Travailler en équipe pédagogique, c’est partager sa part de folie. Cahiers pédagogiques, n° 325,
1994, pp. 68-71.
https://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/perrenoud/php_main/php_1994/1994_08.html

Portelance, L., Durant, N. La collaboration au sein d’une équipe pédagogique, une compétence à développer au cours des stages. Journal of the Canadian Association for Curriculum Studies, Volume 4, No. 2, Hiver 2006.

Progin, L., Gather Thurler, M. Coopération des enseignants et nouvelles approches de l’organisation du travail dans les établissements scolaires. Recherches en éducation, 2011, no. 10, p. 81-91

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