Par Daniel Therrien  | dante325@gmail.com

En temps réel : un gain qualitatif pour l'éducation

Créé le jeudi 19 octobre 2017  |  Mise à jour le mercredi 29 novembre 2017

En temps réel : un gain qualitatif pour l'éducation

Le fossé que représentait autrefois la distance à des fins de communications entre éducateurs et apprenants a été comblé en bonne partie par les technologies mobiles. La relation transactionnelle en mode synchrone a subi de nombreux changements depuis que les utilisateurs transportent leur téléphone intelligent avec eux : tout au creux de la main, ici et maintenant, affirme-t-on du côté des concepteurs et programmeurs.

Les ordinateurs portables, les tablettes, les téléphones intelligents (ou smartphone) deviennent des instruments de collecte de données et de communication à des fins éducatives, professionnelles, commerciales ou sociales. Cependant un grand pas reste à franchir avant de conclure que les pédagogues en tirent réellement profit.

Tout au creux de la main ou l'apprentissage mobile (M-learning)

L'abondance des technologies mobiles et leur développement à grande vitesse séduit de nombreux utilisateurs du numérique, particulièrement les plus jeunes. Les échanges entre eux sont nombreux et les enseignants peinent à leur imposer une restriction d'usage. Jeunes et moins jeunes sont séduits par les nombreux avantages de la communication en temps réel, les raisons ne manquant pas de se donner des nouvelles, de programmer des rendez-vous, ou de rappeler à son conjoint de ne pas oublier … d'aller cueillir les enfants! En considérant cette situation, rejoindre les apprenants dans un univers virtuel pourrait être profitable, pour peu que le mouvement s'insère dans un scénario pédagogique bien construit.

Ici et maintenant - la communication en temps réel

De nouvelles expériences d'apprentissage ancrées dans les usages des technologies mobiles séduisent les jeunes apprenants, usages qui leur sont familiers. Les textos sur Messenger ou son équivalent, le clavardage composent un univers relationnel qui ciblent les transactions immédiates, ou peu s'en faut.

Ceux-ci sont caractérisés par les échanges entre les utilisateurs et peuvent être récupérés en éducation par les enseignants. Il ne s'agit pas de remplacer le mode présentiel par un mode de transmission en ligne mais de favoriser une stratégie de communication qui cible la cueillette de données, la régulation et l'encadrement en temps réel, le rapport d'expérience, ce type d'activités qui s'inscrit dans le scénario et qui s'insère dans la trame pédagogique.

Pour des cours de langue première ou langue seconde, pour des rapports d’observation en science ou pour décrire des techniques sportives en contexte réel d'exercice, les avantages sont reconnus.

Tirer avantage de la mobilité

Le recours aux technologies mobiles en vaut-il la peine? En d'autres termes, y a-t-il un gain qualitatif (valeur ajoutée) pour l'éducation au regard de tels usages?

En ayant comme prérequis l'engagement actif des apprenants dans une démarche de mobilité des apprentissages, il semble possible de tirer avantage des nombreuses applications du mobile. Les nommer toutes serait fastidieux mais pensez simplement à la possibilité que des apprenants de langue seconde puissent communiquer ensemble, en temps réel, dans cette langue qu'ils apprennent, atour d'un projet de géolocalisation ! Ainsi la collecte de données et la communication se situent d'abord dans la classe et se concrétise hors de la classe, augmentant le temps d'apprentissage et le situant à des moments privilégiés et bien planifiés.

Le mobile ne permet pas seulement les échanges et la collaboration en mode synchrone, mais aussi en mode asynchrone, sous des formes comme le forum de discussion utilisé par exemple aux fins de l'autorégulation individuelle et collective; l'enseignant participe alors activement aux échanges sans intervenir directement.

Un autre avantage non-négligeable est de pouvoir insérer une stratégie du «study-buddy» ou de compagnonnage dans la démarche d’apprentissage afin de favoriser la construction collective des artefacts de production. Et que dire des coûts rattachés à ce type de processus pédagogique? Les commissions scolaires ont dégagé des sommes considérables pour équiper les écoles de laboratoires informatiques, au cours des années 90.

En comparaison, l'usage pédagogique des appareils mobiles présente une réduction importante de l'investissement, considérant que les compagnies offrent des plans de financement intéressants pour les écoles qui désirent s'équiper de tablettes (Ipad ou Android). Par contre, la pression exercée sur les élèves qui doivent utiliser un téléphone intelligent (smartphone) pour des travaux scolaires semble plutôt inconvenante.

Fossé numérique

On ne peut pas ignorer qu'un fracture numérique existe parmi la clientèle fréquentant les écoles publiques. La pression sociale actuelle concernant l'usage du mobile devrait astreindre à poser la vraie question: en raison des contraintes monétaires qui privent certains élèves d'un téléphone intelligent ou d'une tablette performante, ne devrait-on pas autoriser l'usage des technologies mobiles en classe et à l'école? Il semble qu'un principe d'équité sociale prévaut dans ce cas, et que tout élève devrait avoir l’opportunité d'apprendre comme d'autres et d'utiliser ces technologies à des fins non seulement d'intégration sociale, mais aussi de développement de compétences technologiques et de réussite scolaire.

Chaque enseignant aurait donc l’opportunité d'intégrer l'apprentissage mobile dans ses stratégies d'apprentissage, avec le support budgétaire des gestionnaires scolaires.

Illustration : efes - Pixabay

Références

Cristol, D. Le mobile learning en pratique. 12 juin 2017.
http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/28986/mobile-learning-pratique

Droui, M., El Hajjami, A., Ahaji, K. Apprentissage mobile ou M-Learning :  opportunités et défis. 2013.
https://edutice.archives-ouvertes.fr/edutice-00940669/file/a1305d.ht

Eduscol: le fossé numérique en France.
http://eduscol.education.fr/numerique/tout-le-numerique/veille-education-numerique/archives/2011/fosse-numerique-en-france-rapport

Horton, W. E-Learning by Design. 2E édition. John Wiley and sons, 2012.

Lalonde, M. Contrer la fracture numérique. L'accessibilité aux nouvelles technologies n'est pas la même pour tous en contexte scolaire. Édition du 25 août 2017.
http://plus.lapresse.ca/screens/0a852938-b3a9-48b7-927a-8a1f79e50352%7C_0.html

Sciadas, G. La fracture numérique au Canada.Division des sciences, de l’innovation et de l’information électronique. Ottawa.
http://www.statcan.gc.ca/pub/56f0009x/4274163-fra.pdf

Wagner, E., D. Enabling Mobile Learning. Educause review, 40(3), 40-53.

Yun, H., Demaizière, F. Interactions à distance synchrones entre apprenants de FLE : Le clavardage au service du français académique. Recherches en Didactique des Langues et Cultures : les Cahiers de L’association des chercheurs et enseignants en didactique des langues étrangères, 2008, 5 (1), pp.255-276.  

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