Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Quoi faire pour rater son intégration TIC

Créé le dimanche 5 novembre 2017  |  Mise à jour le mercredi 6 décembre 2017

Quoi faire pour rater son intégration TIC

L’intégration des TIC en éducation devient un sujet d’une importance capitale. Dans un monde où il n’est plus possible de se passer des outils numériques, les professeurs sont maintenant tenus de s’en servir.

Cependant, il ne suffit pas d’installer des machines dans une salle de classe pour affirmer que l’implantation est réussie. Et il serait faux de croire que tous les professeurs sont à l’aise avec ces outils.

S’il y en a qui captent rapidement les usages envisageables, d’autres — qui pourtant sont technophiles dans leur temps libre — voient difficilement comment leur utilisation pourrait être pertinente dans un contexte pédagogique. Et puis, il y a ceux qui ne se sentent pas assez compétents avec les TIC pour bien s’en servir.

Ainsi, la notion d’autonomie est centrale dans l’implantation de technologies en classe. Or, une étude de 2016 montrait, entre autres, qu’il s’agissait du sentiment le moins pris en compte par les directions pour les enseignants québécois, qui ne sont pas très différents de leurs collègues d'ailleurs. Problème réel qui peut possiblement être lié à l’approche que prennent les directions d’établissement.

La voie de l’échec

Une conférence écrite en partenariat avec des professeurs suisses et québécois a été présentée en mai au Sommet de l’iPad et du numérique 2017 qui a eu lieu à Montréal. Cette conférence montrait les 12 commandements pour s’assurer que l’intégration des TIC soit un échec. Évidemment, un titre provocateur et ironique pour démontrer comment une politique d’établissement ou une direction peut faire capoter un projet.

Ainsi, dans les 12 trucs pour rater son intégration, on trouve entre autres:

  • L’imposition uniforme de la technologie dans l'établissement;
  • Ne lancer qu’un projet que lorsque tout est prêt afin de laisser le moins de marge de manœuvre aux enseignants;
  • Mettre en place des restrictions à l’accès ou au matériel informatique;
  • Proposer un seul dispositif de formation pour tous;
     

En fait, les grandes idées que l’on retrouve sont véritablement le manque de flexibilité d’établissements par rapport aux TIC. En effet, la volonté de vouloir s’assurer que le plan est déjà établi et que les professeurs vont le suivre à la lettre semble souvent primer. Or, une bonne utilisation des technologies joue sur l’expérimentation, sur des modèles d’expériences qui peuvent être suivis et adaptés aux apprenants, au corps professoral et surtout visant à pousser la pédagogie vers l’avant. Puisque si ce n’est que pour répéter informatiquement des tâches routinières et sans intérêt, autant rester dans l’analogique.

Patrick Giroux, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi et un des coauteurs de la conférence, en parle sur le blogue PédagoTIC de cette notion dans la question de l’intégration. Il faut selon lui donner un cadre permettant à ceux qui veulent innover de le faire.

Ce qui signifie ne pas imposer un logiciel, système ou appareil en particulier aux enseignants qui doivent se sentir libres dans leurs approches. De plus, on ne peut pas ordonner ce type de changement à tout le monde en même temps. Certains du corps professoral et même des apprenants ne sont pas à l’aise avec les TIC. Il leur faut donc un accompagnement et de la formation afin qu’ils apprennent à se servir de ces outils à leur manière.

Accompagner le personnel

Il est même souhitable que les défricheurs et les enthousiastes participent à cet accompagnement de leurs collègues qui ne savent pas comment se lancer avec les technologies.

Par exemple, la Commission scolaire de la Côte-du-Sud a mis en place l’idée de répondants TIC dans les écoles. Une personne dans l’établissement volontaire et intéressée par ces questions pourra devenir un agent de modélisation. Avec le travail d’un conseiller pédagogique, il fournit à ses confrères des modèles qu’ils peuvent employer en classe et va mettre aussi en branle un système d’entraide pour s’aider sur les projets TIC. Conséquemment, cela mène à potentiellement plus d’usages et d’autonomie des enseignants qui pourront ainsi développer leurs propres approches.

Il n’est certes pas toujours aisé d’implanter des technologies en classe. Il est toutefois assez facile de rater son coup. Alors, si on s’inspirait de ces maladresses en faisant leur inverse afin de s’assurer d’une intégration efficace, dans laquelle tous se sentent bien et accompagnés. Comme le disait l’ancien président américain John Fitzgerald Kennedy : « Une erreur ne devient une faute que si l’on refuse de la corriger. »

Illustration : Asian Development Bank 37078-013: Power Transmission and Distribution Project in Afghanistan via photopin (license)

Références 

"12 Commandements Contre L'intégration Des TIC - Martigny." AUPTIC.education. Dernière mise à jour : 29 mai 2017. https://auptic.education/2017/05/29/12-commandements-contre-lintegration-tic/.

Barriault, Lucie. "Développement Professionnel Et Intégration Des TIC : Une Question De Motivation." RIRE. Dernière mise à jour : 2 novembre 2016. http://rire.ctreq.qc.ca/2016/11/tic-motivation/.

Giroux, Patrick. "12 Commandements Pour Faire échouer L'intégration Des TIC." PédagoTIC. Dernière mise à jour : 18 mai 2017.
http://pedagotic.ca/?post/2017/05/18/12-commandements-pour-faire-%C3%A9chouer-l-int%C3%A9gration-des-TIC
.

Giroux, Patrick. "Quels Gestes Devrions-nous Poser Pour Intégrer Davantages De Technologies En Pédagogie Au Québec?" PédagoTIC. Dernière mise à jour : 2 juin 2017.
http://pedagotic.ca/?post/2017/06/02/Quels-gestes-devrions-nous-poser-pour-int%C3%A9grer-davantages-de-technologies-en-p%C3%A9dagogie-au-Qu%C3%A9bec
.

"Qu’est-ce Qu’un Répondant TIC?" Récit De La Commission Scolaire De La Côte-du-Sud. Consulté le 1er novembre 2017.
http://sympa-tic.qc.ca/cscs/recit/?page_id=509.

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