Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

La prof qui utilise Twitter en classe

Créé le lundi 21 juin 2010  |  Mise à jour le mercredi 1 mai 2013

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La prof qui utilise Twitter en classe

Laurence Juin. Il y a 2 ans, personne (ou presque) ne connaissait ce nom. Aujourd'hui, tapez-le dans un moteur de recherche et vous trouverez des centaines de références ! Elle a été interrogée et citée dans la plupart des grands médias français qui se l'arrachent.

Laurence Juin est enseignante. D'où vient l'enthousiasme des médias pour sa personne ? La réponse pointe vers un site arborant l'icône d'un petit oiseau bleu, Twitter. Twitter, le site tendance du moment, le site de nouvelles express, le site favori des journalistes et des geeks... Et maintenant, Tweeter en classe. Car Laurence Juin a eu la bonne idée d'apprendre à ses élèves du lycée professionnel Pierre Doriole de La Rochelle à utiliser Twitter, dans le cadre d'activités pédagogiques.

Twitter à toutes les sauces

Pourquoi cette professeure de lettres et d'histoire-géographie a t-elle succombé au microblogging ? C'est la question que la plupart des médias lui ont posée. En réponse, elle avance des échanges plus faciles entre elle et les élèves, et la trace écrite qui permet d'approfondir différentes situations de classe.
Pourquoi Twitter plutôt que Facebook, mieux connu des élèves ? Précisément, rétorque L. Juin : sur Facebook, la frontière est floue entre la vie personnelle et les usages scolaires. D'ailleurs, on apprend dans une entrevue accordée au manuelnumérique.fr qu'elle avait utilisé Facebook auparavant mais qu'elle ne s'y sentait pas à l'aise, dans la mesure où elle avait accès aux profils des élèves et à des informations et photos très personnelles. Twitter - peu utilisé par ses apprenants - devenait alors un choix plus judicieux.

Laurence Juin a manifestement utilisé Twitter en classe dans des situations et avec des objectifs variés, qu'elle détaille dans les différentes entrevues qu'elle a accordées. Dans l'entrevue au manuelnumérique.fr précédemment citée, elle détaille l'utilisation de Twitter en cours d'histoire. Sur le site de Ressources Jeunesse, est décrite son utilisation de Twitter en préparation des conseils de classe. Enfin, L'Express (voir image ci-dessous) donne un exemple de ses tweets qui encouragent l'approfondissement de la réflexion et de la recherche d'informations chez ses élèves.

Laurence Juin ne se contente pas de répondre aux questions des journalistes. Sur son blogue, elle détaille ses expériences de microblogging et leurs multiples intérêts en matière de soutien aux apprentissages.  Elle explique ainsi qu'elle  a encouragé ses élèves à regarder les matchs de la coupe du monde de foot, à condition de les "live-twitter" (écrire des commentaires en dirct, pendant le déroulement de l'événement). Cette prise de notes active qui les force à écrire correctement ne peut, selon elle, qu'être bénéfique en période de révision (ses élèves passant le bas quelques jours plus tard).

Mais le microblogging, qui limite les messages à 140 caractères, incite aux raccourcis et même à une orthographe simplifiée. Comment alors peut-on avancer qu'il s'agit d'une pratique d'écriture formatrice ? Laurence Juin se justifie dans une entrevue donnée au Café pédagogique :
"Un tweet n'a pas vocation à « tout dire ». C'est soit un concentré d'information qui se suffit à lui-même , soit une première piste qui renvoie à un lien. Le lecteur accède alors à une information plus complète. L'usage de Twitter, tel que je l'ai imposé, n'altère en rien la qualité de l'expression écrite. Le langage sms est proscrit. L'élève doit respecter les règles de la communication courante: niveau de langue, orthographe, syntaxe. Les 140 caractères permettent aux élèves de s'exercer à la prise de notes, une pratique difficile pour eux mais pourtant nécessaire. Comme chaque nouvel usager de Twitter, respecter les 140 caractères leur a paru ardu mais finalement ils s'y sont mis facilement."

Une France qui s'enthousiasme pour les tweets

Les médias français ont fait de Laurence Juin la pionnière de l'utilisation de Twitter en classe. Le Monde titre "La première 'classe Twitter' à La Rochelle". On retrouve ici un truc journalistique bien connu, qui tend à personnaliser l'information au travers d'un individu, qui se transforme alors en icône, ou en symbole.

Laurence Juin n'est pourtant pas la seule, y compris dans son lycée, à utiliser Twitter en classe. Si on lit bien son entrevue du Café Pédagogique, ses collègues enseignant les langues secondes (anglais et espagnol) s'en servent comme elle dans et en dehors de leur classe. Néanmoins, elle est devenue le porte-étendard de la pratique dans l'Hexagone. Et elle encourage bien des collègues à le faire...

Par exemple, du 22 juin au 25 juin 2010 dans une classe de découverte organisée par une école primaire de Crotenay, on a utilisé Twitter pour un projet d'écrits courts pour une correspondance avec les parents. Voici d'ailleurs le document PDF préparé pour présenter Twitter et son intérêt dans la classe de découverte. Parmi les autres utilisateurs, de plus en plus nombreux, signalons Jeff Tavernier qui dévoile sur son blogue ses utilisations de Twitter en histoire-géographie (@jefftavernier). Éric Delcroix (@erdelcroix) pour sa part affirmait dès 2009 qu'il utiliserait Twitter avec les étudiants du Masters 1 de l'UFR IDIST.

Seraient-ce là les signes d'une France "techno-enthousiaste" ? Difficile d'arriver à une telle conclusion. Cependant, on peut d'ores et déjà dire que Laurence Juin aura réussi à introduire dans les médias l'idée qu'il est possible de réunir technologie et contenu pédagogique pertinent. Un bel exploit !

Petit manuel non exhaustif d'utilisation de Twitter en classe par Laurence Juin, 8 septembre 2009

Le compte Twitter d'une des classes de Laurence Juin (2010) et le compte Twitter de Laurence Juin

Twitter en classe : un projet pédagogique aux multiples facettes (Thot Cursus, mai 2011) : retour sur l'expérience de Laurence Juin de Twitter en classe

Le blog des twittclasses francophones recense les classes qui twittent ! 

 

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Commentaires

2 commentaires

Icône - Visage inconnu
  • 22 juin 2010 à 07 h 07

Un grand oublié.... Éduscol

Comme de nombreux articles sur Laurence Juin et sa classe de Twitteurs, votre article omet de citer la page qui lui a été consacrée sur le site de la Direction générale de l'Enseignement Scolaire (DGESCO), Éduscol :
http://eduscol.education.fr/cid50815/micro-blogging-en-classe.html

Cet article daté du 24 mars 2010 est celui qui a déclenché une partie de la fièvre médiatique (ex: l'article du Monde date du 18 mai 2010).

Il est fréquent que les médias critiquent le système éducatif français et s'empressent d'omettre le fait que l'Education nationale suit de près les innovations pédagogiques. Les articles sur l'avancée technologique de la pédagogie dans les pays du nord de l'Europe sont devenus une sorte de "marronnier" et il sans doute plus simple d'écrire des articles sur les écoles finlandaises qui utilisent les schémas heuristiques ou la suppression de la notation chiffrée que de faire un article sur les mêmes pratiques soutenues par les institutions françaises, nationales ou académiques.

 

Je suis un peu déçue que Thot soit tombé dans ce travers....

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Icône - Visage inconnu
  • 24 juin 2010 à 17 h 05

De la visibilité

@ Mme Sainte Anne, je suis désolée que vous pensiez que Thot méprise l'éducation nationale parce que l'article relatant l'expérimentation Twitter de Mme Juin paru dans Eduscol n'est pas cité dans le texte de M. Roberge. M. Roberge écrit du Québec et vous conviendrez sans doute du fait que les titres de la presse nationale française y sont plus visibles que le site d'Eduscol. De plus, les différentes facettes de l'expérimentation sont très bien retransmises au travers de ces différents articles.

Quant au soutien de Thot à Eduscol, il ne me semble pas devoir être mis en doute, si l'on se réfère au nombre important de vos dossiers dont nous avons assuré la promotion, bien au-delà des frontières nationales... Et pas plus tard que la semaine dernière, dans l'entrevue avec Mme Drechsler, nous mentionnions évidemment sa thèse, téléchargeable sur votre site...  Cordialement, Christine Vaufrey, rédactrice en chef.

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