Par Christine Vaufrey B  | redaction@cursus.edu

Fabrice Gély, le prof geek

Créé le mardi 18 janvier 2011  |  Mise à jour le mercredi 15 juin 2011

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Fabrice Gély, le prof geek

L’enseignement, c’est une affaire de pédagogie, de contenus... et d’outils. Livres, crayons, calculatrices, ordinateurs, vidéoprojecteurs, la liste des outils utilisés en classe continue de s’allonger tranquillement.

Le livre a, en son temps, provoqué les mêmes interrogations que les outils numériques aujourd'hui [1]. Sans doute a t-il fallu que des tuteurs bienveillants accompagnent les premiers lecteurs des codex.

Fabrice Gély est l’un de ces tuteurs. Bien entendu, il n’a pas pour mission de former ses collègues à l’usage des livres, mais à celui des outils numériques...

Du moins est-ce la mission qu’il s’est assignée, sur le mode léger, au travers du célèbre Blog du prof geek. Car oui, le prof geek, c’est lui !

Fabrice Gély, êtes-vous vraiment un geek ?

Oui, un vrai ! Je suis aussi et avant tout professeur de physique-chimie, j’enseigne à St Germain en Laye dans un établissement international qui comprend un collège et un lycée. J’ai enseigné dans l’académie d’Aix-Marseille et à Boston, aux Etats-Unis, avant cela. J’ai très tôt préparé mes cours sur ordinateur. Mais le déclic est venu lors de mon séjour aux Etats-Unis, lorsqu’est né Writely, qui s’appelle désormais Google Documents. Pouvoir travailler à plusieurs sur un même document m’est apparu comme un changement majeur. J’ai immédiatement adopté cet outil et je l’utilise toujours avec mes collègues et avec mes élèves.

A l’époque, vous deviez apparaître comme un précurseur...

Peut-être. Mes collègues me posaient des questions sur les outils que j’utilisais. Je leur montrais comment faire, et j’avais l’impression de les aider à pouvoir faire ce dont ils avaient envie. Ce qui m’a donné l’idée de créer un blog dans lequel je pourrais présenter des outils pour l’enseignement. J’ai donc créé le blog du prof geek. Les premiers retours ont été positifs, alors j’ai acheté un nom de domaine... et voilà.

Vous voulez révolutionner l’enseignement avec les outils numériques ?

Pas du tout. J’essaye juste de montrer comment fonctionne tel ou tel outil qui me paraît bien adapté à l’enseignement. Les enseignants ont des idées et font preuve de créativité au niveau pédagogique ; c’est notre métier ! Mais souvent, il nous manque l’outil qui nous permettrait de mettre simplement nos idées en pratiques. Je n’interviens qu’à ce niveau, en faisant un peu de veille technologique.

Est-ce bien nécessaire ? On dit que les enseignants sont des utilisateurs plutôt avertis des outils numériques, du moins à titre individuel...

Pas forcément. Certes, la culture numérique se répand chez les enseignants. Aujourd’hui, la majorité d’entre nous utilise sans doute régulièrement le courrier électronique. Mais dès qu’il s’agit d’outils plus récents, comme les services d’édition collaborative par exemple, c’est une autre histoire. J’observe encore beaucoup de collègues qui écrivent ensemble un document en s’envoyant des mails avec pièces jointes... et beaucoup ne savent pas utiliser le mode “révision” des traitements de texte.

Vous exagérez !

Pas vraiment. Prenez l’exemple des TPE (Travaux Personnels Encadrés) : les élèves doivent présenter un dossier pluridsciplinaire, qui va donc être revu puis corrigé par plusieurs enseignants. Il n’est pas rare que l’enseignant demande à l’élève de lui imprimer son texte pour qu’il puisse le corriger, puis d’intégrer les corrections au fichier avant de présenter la version définitive !

D’où vient ce manque de familiarité avec les outils numériques chez les enseignants ?

On ne nous encourage sans doute pas assez à les utiliser. Certes, il y a de grands discours, des politiques nationales... Mais le Ministère et les Collectivités équipent largement les établissements et les élèves, alors qu’ils ne font rien pour équiper les enseignants ! Comment voulez-vous alors que nous nous sentions obligés d’utiliser un ordinateur et les outils numériques, si la machine ne fait pas partie de notre équipement minimum, si elle ne nous est pas fournie ?

Mais l’enseignant, à l’inverse de l’élève, a les moyens d’acheter son propre ordinateur !

C’est vrai, et il le fait dans la plupart des cas. Mais il achète un ordinateur pour la famille, que plusieurs personnes utilisent. Lui-même y prépare sans doute ses cours, mais il y fait aussi bien autre chose. L’ordinateur n’est pas clairement identifié comme un outil de travail, et encore moins comme un outil de travail obligatoire.

Il ne l’emporte pas dans son établissement...

S’il le fait, c’est une initiative purement personnelle, personne ne le lui demande !

Cela vous semble t-il aujourd’hui être une attitude à changer ?

Certainement. Il y a clairement un décalage entre l’utilisation professionnelle des outils numériques par la majorité des enseignants et celle que l'on observe dans d'autres milieux de travail. A moins d’avoir des contacts personnels dans d’autres milieux, les profs n’imaginent pas la multitude d’usages de ces outils pour travailler. Je parlais tout à l’heure de l’édition collaborative sur un document unique, mais je pourrais aussi citer l’utilisation de l’agenda électronique, les discussions en ligne... Ne maîtrisant pas ces usages, ils ne peuvent y familiariser leurs élèves. Et c’est préoccupant, car la plupart des jeunes travailleront dans des environnements fortement, voire totalement informatisés.

Pourtant, de nombreux enseignants s’affichent sur la toile comme des amateurs passionnés d’outils numériques et discutent même de la dimension pédagogique de leur métier...

Je ne pense pas qu’ils soient si nombreux à débattre de leurs pratiques sur le net. Un grand nombre d’enseignants a des réticences à s’exprimer en ligne, et même dans des communautés fermées, comme les listes de diffusion disciplinaires qui existent dans nos académies. Cela vous surprendra peut-être, mais ils ont parfois peur d’être identifiés par les inspecteurs, et il est d’ailleurs arrivé que certains se fassent rappeler à l’ordre après des propos un peu négatifs sur une liste...

Les idées d’utilisations pédagogiques de l’outil numérique ne sont donc pas les plus partagées sur la toile...

Peut-être pas assez. Sur mon blog, les lecteurs me disent que tel outil semble intéressant, mais je ne sais pas s’ils l’ont utilisé, ni comment. Il y a peu de lien vers des pages personnelles, et les messages que je reçois me sont adressés directement, et rarement à la communauté.

Vous-même, avez-vous eu à subir les remontrances de votre hiérarchie, à propos de votre activité publique d’édition en ligne ?

Pas à mon souvenir. Mes sites web m’ont plutôt apporté des opportunités et une certaine reconnaissance. En 2000, l’académie d’Aix-Marseille m’a déchargé de quelques heures d’enseignement afin que je développe une application de saisie des notes en ligne (Télénotes, devenu Téléscol depuis). J’ai publié quelques articles sur le site de l’académie de Versailles, faisant partie d’un groupe académique d’expérimentation pédagogique en physique.

Vous allez donc continuer sur la même ligne ?

Oui, car j’ai beaucoup de plaisir à tester de nouveaux outils, et je regrette de ne pas avoir davantage le temps de les utiliser en classe. J’aimerais tester l’utilisation de Twitter en cours (comme la pratique ma collègue Laurence Juin), utiliser davantage la vidéo et le son dans les comptes-rendus d’expérience en sciences, réaliser des cartes mentales avec mes élèves...

Comment choisissez-vous les outils dont vous allez parler ?

Je suis abonné aux fils RSS de différents blogs français et étrangers; je navigue aussi selon mes inspirations. Et bien sûr, il y a tous les outils que j’utilise moi-même.

Quel changement majeur devrait survenir en éducation pour que les TICE soient enfin complètement intégrées à l’enseignement et aux activités des élèves ?

A mon avis, il faudrait généraliser l’usage des tablet PC, ces ordinateurs sur l’écran desquels on peut écrire directement avec un stylet (voir ci-contre). J’ai tendance à penser que le papier-crayon est un peu anachronique... En même temps, la plupart des outils d’édition manipulés au clavier et à la souris ralentissent considérablement le travail. En sciences par exemple, l’utilisation exclusive du clavier et de la souris est un vrai casse-tête, surtout lorsqu’il s’agit d’entrer des formules et de faire des schémas. Donc, on se replie sur le papier-crayon, en oubliant simplement qu’il existe des ordinateurs portables formidables qui permettent de conserver la spontanéité de l’écriture tout en transformant toute la production en fichiers...

Vous pensez être entendu ?

Je ne sais pas, ce n’est que mon avis de prof geek ! Mais ce dont je suis certain, c’est qu’il faudrait équiper les enseignants en matériel informatique et renouveler l’équipement pour les élèves, en ayant préalablement pensé à ce que l’on voulait faire, vraiment, avec ces outils. Si leur utilisation reste à la marge et cantonne l’utilisateur dans un rôle passif, les TICE resteront à la porte de l’école.

Le blog du prof geek

Le blog de Fabrice Gély pour ses élèves

Quelques sites que Fabrice Gély apprécie particulièrement, sur lesquels il repère des outils à tester et à utiliser en classe :

Read Write Web US

Educational Technology Guy

Bibliobsession

Logiciels libres TICE

TICE Education

 


  1. aujourd’hui : regardez cette vidéo très drôle sur le moine qui ne parvient pas à ouvrir ce nouvel objet qu'on appelle livre...

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