Par Lucie Lavoie  | l.lavoie@cursus.edu

La curation, pour éviter la noyade

Créé le lundi 8 avril 2013  |  Mise à jour le mercredi 8 mai 2013

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La curation, pour éviter la noyade

Peu importe nos propres utilisations de l'Internet, parfois fantaisistes, parfois excessives, nous dépendons au quotidien de cet espace. Nous nous y informons, nous formons, communiquons, magasinons... Au risque de nous y perdre!

Le sentiment de désorientation atteint son apogée lorsque nous adoptons une démarche de veille systématique : jamais nous ne pourrons tout voir, tout lire, tout classer... Chercher à retenir l'eau du web qui coule entre les doigts, voilà une expérience commune et décourageante. 

Dans ce cas, il est nécessaire de travailler en réseau, en se liant à une série de curateurs du sujet qui nous intéresse, et en devenant curateur soi-même.

Mais qu'est-ce que la curation ? 

 

De Gutenberg à Wikipédia : la nécessaire curation

Ne nous y trompons pas : le sentiment d'impuissance devant la surabondance d'information et son corollaire, la conviction qu'il faut trier et organiser cet ensemble hétérogène, ne date pas d'hier. Dès les débuts de la diffusion des connaissances, il a fallu trier les ressources, présenter les contenus. Le classement de sources d'information autour d'un sujet, c'est cet art ou cette science du tri, appelé « curation ». En 2011, dans un article qui n'a rien perdu de sa pertinence en dépit de son caractère un peu brouillon, Guillaume Boute brossait sur son blog Zeboute'Blog l'histoire de la curation. Il la définissait de cette manière : 

"La curation est l’aggrégation de textes, de sujets, de curiosités et de les mettre en avant. Dans les bibliothèques, encyclopédies, les musées, les journaux, et maintenant, sur le web !"

Le dictionnaire et l'encyclopédie sont deux produits d'une curation systématique. Le dictionnaire classe les mots et fixe leurs définitions. L'encyclopédie classe et synthétise les savoirs. La curation sur Internet ne sert que modérément l'ambition de classer. En revanche, elle aggrège beaucoup. À l'utilisateur, ensuite, de produire du sens en créant les liens entre les éléments juxtaposés.

 

Le "coup d'oeil" du curateur

C'est la fonction que remplissent les journaux depuis leur création : non seulement collecter et mettre en avant l'information, mais la produire par le biais de l'analyse. Le fait brut parfois ne dit rien. L'analyse lui donne du sens. Tout ceci s'effectue à l'intérieur du carcan de la chronologie, quotidienne ou mensuelle. L'information est, nécessairement, datée, et se périme à un rythme bien plus élevé que les connaissances, dont l'obsolescence a néanmoins tendance à être de plus en plus rapide. 

La création du web 2.0 a, avec la possibilité offerte à tous de devenir des producteurs de ressources, accéléré et amélioré les pratiques de curation en ligne. Aux favoris de nos navigateurs se sont ajoutés les outils collectifs et partagés, tels que Netvibes, Scoop It, Diigo... qui permettent d'arrêter ou du moins de ralentir le flux incessant de l'information et de mettre les ressources en avant, rien qu'en les sélectionnant. La curation se trouve donc à l'intersection des robots numériques et de l'intervention humaine. Car c'est une chose que d'ouvrir bien grand les robinets aux nouvelles que sont les flux RSS et les réseaux sociaux, c'en est une autre que de bloquer les informations les plus significatives, de les collecter et de les étiqueter en fonction de leur signification. 

 

Le curateur producteur

Selon Guillaume Boute, le curateur se caractérise par son sens de l'immédiat (l'information n'est pertinente que pour un moment donné, et toujours en relation avec le reste du corpus), sa passion de la connaissance - laquelle se nourrit d'une insatiable curiosité, pourrait-on ajouter, sa légitimité, qui nait non de son titre ou de sa position, mais de son expertise acquise au fil du temps, de son "coup d'oeil" pour repérer les sources les plus pertinentes. Mais le curateur n'est théoriquement pas producteur de contenu, tout comme le bibliothécaire n'écrit pas les livres qu'il met en avant. Cette limite est en train d'être franchie, ne serait-ce que parce que le commentaire ou l'avis qu'il émet permettent à l'utilisateur de se faire une première idée des contenus; par ailleurs, les curateurs ont acquis de l'expertise dans leur domaine et sont souvent tentés de produire à leur tour des ressources nouvelles.  

Qu'ils soient ou non producteurs de ressources, les curateurs sont chaque jour plus indispensables. La production de données va toujours croissant, au-delà même de ce que peut concevoir l'esprit humain. Dans ce flot continu, l'action des curateurs peut être perçue comme l'embarcation qui nous permet de surnager tout en nous laissant porter par le courant.

 

Référence :

Boute, Guillaume : Définition et histoire de la curation, ou la transmission de la connaissance. Zeboute'Blog, 9 août 2011. http://zeboute.wordpress.com/2011/08/09/definition-et-histoire-de-la-curation-transmission-connaissance-curator-etude/

Illustration : Ammit Jack, Shutterstock.com

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