Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Portails web des bibliothèques : abondance de biens nuit

Créé le dimanche 14 avril 2013  |  Mise à jour le mardi 4 juin 2013

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Portails web des bibliothèques : abondance de biens nuit

Tout concepteur de page web est persuadé que dès que sa page sera en accès libre, le public se précipitera et cliquera frénétiquement dans les différentes rubriques. Les concepteurs de portails de bibliothèques et médiathèques ne pensent pas autrement. Observons, par exemple, la page d'accueil du portail de la Bibliothèque municipale de Toulouse. Que voit-on d'abord ? Des informations pratiques, les ressources, les animations, les services en ligne et le moteur de recherche. Remarquez aussi la série d'espaces thématiques à droite. Tous les sites auxquels le portail donne accès sont magnifiquement réalisés. Et pourtant, les statistiques des OPAC (Online public access catalog) comme celles de la bibliothèque de Toulouse montrent que le portail ne constitue pas le point d'entrée majoritaire aux ressources de la Bibliothèque de Toulouse et à ses différents sites.

Mais alors, comment faire pour créer un portail institutionnel qui donne envie d'aller au-delà de la première page et d'entrer dans les contenus ? En fait, comme le souligne Silvère Mercier sur son blogue Bibliobsession, l'erreur des bibliothèques et de leurs webmestres est fort banale : ils veulent tout rendre accessible dès la page portail, en espérant que tous les contenus seront consultés de manière équitable. Mais on sait que la profusion effraie les visiteurs, qui préfèrent largement se rendre directement sur les sites qu'ils connaissent. Silvère Mercier estime que ces portails mélangent deux fonctions : l’orientation et l'information du visiteur. 

L'usager est roi


Que désirent les visiteurs des portails d'établissements ? De l'information pure et dure. Vous pouvez avoir travaillé pendant des heures à la confection un dossier exhaustif de ressources photographiques ou de suggestions bibliographiques pour seniors, la vérité est que l'internaute ne va pas sur le sites de votre établissement pour ça. 

Ça peut sembler trivial, mais les usagers veulent surtout savoir si la ressource qu'ils recherchent est disponible dans la bibliothèque la plus proche, ou accéder à leur dossier d'abonné pour vérifier la date de retour des ouvrages empruntés. Et comme le montre ce diaporama de Sylvain Machefert sur le sujet, les responsables des sites des bibliothèques oublient que les gens n'aiment pas chercher longuement l'information :



En fait, comme le remarquent à la fois S. Machefert et S. Mercier, les portails web des bibliothécaires intéressent surtout... les professionnels des bibliothèques et les utilisateurs intensifs des différents services. Mais qu'en est-il de ceux qui ne fréquentent que très rarement, voire pas du tout, les bibliothèques ? Ces gens ne toléreront pas des moteurs de recherche mal fichus et qui sont longs à répondre. N'oublions pas que même sur Google, 44% des internautes abandonnent s'ils ne trouvent pas ce qu'ils cherchent sur la première page et dans les premiers résultats de la requête ! C'est vous dire leur degré de patience...

Deux types de promotion pour les contenus


Bien sûr, en cette ère de 2.0, il serait tentant de proposer la collaboration des visiteurs pour modeler le portail de l'institution et le catalogue. Pourtant, les expériences actuelles montrent que ce n'est pas la solution idéale. Si Babelio et Librarything ont amélioré les catalogues, il y a encore du travail à faire pour que la participation des internautes donne des résultats significatifs, selon Silvère Mercier.

Et si les bibliothèques s'inspiraient de sites connus qui savent depuis longtemps comment répondre aux attentes du visiteur et lui suggérer d'explorer d'autres contenus? Sylvain Machefert cite en exemple le site d'achat en ligne Amazon qui, après une requête, donne rapidement des réponses et propose des précisions à la recherche, des suggestions, de la promotion des contenus créés par les usagers, etc. D'ailleurs, le moteur de recherche de la bibliothèque municipale de Rennes offre désormais, comme le site de vente en ligne, des nuages de mot-clés pour affiner la recherche, du tri par pertinence et bien d'autres critères qui permettent à la fois de trouver ce que l'on cherche et de découvrir ce que l'on ne connaît pas.

Quant aux pages thématiques, leurs responsables doivent leur bâtir une identité numérique propre et développer une ergonomie irréprochable. Puisque les visiteurs accéderont peu à ces pages via le portail général, les espaces thématiques doivent donc aller les chercher via des blogs ou des pages Facebook spécifiques. 

Les sites web d'institutions qui ont beaucoup à proposer doivent s'appuyer sur les statistiques de consultation et adapter leur ergonomie aux usages réels. Le plus important n'est pas de tout montrer au premier coup d'oeil, mais de donner accès au bon contenu, au bon moment, et au bon endroit.

« Pour en finir avec l’exclusivité des portails institutionnels fourre-tout », bibliobsession, 1er février 2012

Source image: alphaspirit, shutterstock

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