Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

De l’esprit critique à l’approche positive (Appreciative inquiry)

Créé le dimanche 25 décembre 2016  |  Mise à jour le mercredi 8 février 2017

De l’esprit critique à l’approche positive (Appreciative inquiry)

Du positivisme à la pensée positive

La critique et la dialectique appartiennent au monde occidental; l’art oratoire du débat est un héritage particulièrement fort en Europe. C’est ainsi que la disputatio de la scolastique médiévale perdure dans la soutenance d’une thèse qui reste un exercice éprouvant au cours duquel l’impétrant présente à ses maîtres un point de vue fondé sur une recherche et doit le défendre des heures durant (parfois 3 ou 4 heures, parfois plus).

L’esprit critique a bien été développé par René Descartes qui dans ses livres « Règles pour la direction de l’esprit » et son « Discours sur la méthode » incite à un examen minutieux des faits, à ce qui appartient au monde explicable par des lois mathématiques et ce qui s’en exclut car sensible et sujet à caution.

La dichotomie du corps et de l’âme prônée par Descartes laisse apparaître un monde sensible irrémédiablement coupé d’un monde mécanique[1]. La dialectique avec le mouvement de la thèse, de l’antithèse et de la synthèse, cherche à unir des perspectives. La dialectique fait moins référence à un monde Booléen ou un élément est vrai ou faux qu’à un monde Bayesien, au sein duquel prédominent des probabilités de réalisation.

Le monde Bayesien introduit la possibilité de plusieurs vérités. Puisque le monde humain est moins fait de certitudes et de raisons qu’on veut bien l’admettre, que le positivisme cette théorie du XIXème siècle, qui rejette les méthodes non expérimentales, connaît elle aussi des limites quand elle s’intéresse à l’humain, imprévisible, irrationnel, affectif, rêveur, amoureux, fantasque et créatif au-delà de toute raison; alors il est intéressant de regarder les bénéfices de la psychologie positive.  

Si les faits ne sont pas si facilement positivables, du moins l’homme, dans sa tournure d’esprit, peut poser un regard bienveillant sur le monde et se faisant le transformer en révélant ses potentialités.

Le pouvoir de la pensée positive

Les croyances positives en soi et sur soi facilitent les grandes réalisations voire la survenance d’un monde meilleur. Elles anticipent ce qui peut se révéler. Les êtres humains dépériraient de ne pas avoir essayé plutôt que de ne pas avoir réussi.

On se souvient en France de la méthode d’autosuggestion du pharmacien Emile  Coué incitant à ressasser « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ». L’auto-prophétie finirait par porter ses fruits à l’instar d’un effet placebo. Croire dans la vertu de sa parole c’est la faire advenir. C’est le pouvoir des gentils qui permet de soulever des montagnes. 

Max Pagès, investi dans la psychologie intégrative, a contribué au développement de l’approche positive. Il semble que la pensée positive se développe à un moment où le monde a besoin de croire en autre chose qu’au seul matérialisme. Ce moment rencontre aussi le pouvoir de la technologie et permet aux anciennes lois qui dominaient les échanges et les organisations de faire de la place à de nouvelles possibilités. La loi du 20/80 imaginée par Pareto édictait que 20% des causes produisait 80% des effets.

Et si se substituaient de nouvelles logiques comme la logique du 2/98 mise à jour par Chris Anderson aussi nommée théorie de la longue traine ? Une démultiplication de petites rencontres, ou une multiplicité de logique de niche serait possible, de minuscules offres pourraient rencontrer de minuscules demandes, des faits très improbables pourraient se retrouver. Ce qui ne pouvait être statistiquement aisé et rationnellement mis dans la case « impossible » ou « irrationnel » le devient par le pouvoir de faire se rencontrer des éléments disjoints et jusqu’alors très éloignés.

La pensée positive est moins ce ressassement de Coué, qu’un algorithme puissant rendant possible de nouveaux liens. Rien de tel pour devenir plus positif sur l’issue d’une entreprise.

Contribution de l’approche positive (appreciative inquiry)

L’expression « approche positive » est une traduction de l’anglais « appreciative inquiry ». Il s’agit d’une méthode de conduite du changement qui a vu le jour à la fin des années 1980 aux Etats-Unis. Elle est née au sein de l’Université Case Western Reserve University de Cleveland et a été créée par le Professeur David Cooperrider.

Selon le site Appreciative Inquiry France « C’est une approche du changement et du développement des organisations qui se base sur la recherche de ce qui fonctionne dans un système, ce qui réussit et qui fait avancer, afin de l’amplifier pour atteindre les buts souhaités ». L’approche positive se développe dans de nombreux pays à travers le monde comme en Suisse, en Belgique, en France ou encore au Canada.

L’approche positive produit de nombreux effets par la puissance des questions qu’elle met en œuvre. Elle  permet des transformations appréciables sur les champs pédagogiques, organisationnels ou managériaux, à titre personnel ou organisationnel :

Si le monde d’aujourd’hui paraît parfois sombre, une lumière nait incontestablement dès que chacun regarde le monde tel qu’il pourrait être et non seulement tel qu’il est. L’approche positive recèle ce pouvoir de transformation dans la seule capacité à questionner autrement ce qui nous semble, et qui en réalité est une représentation mentale[2].

Le potentiel du numérique allié à l’approche positive nous permet d’espérer des transformations rapides, par des diffusions accélérées, des mises en relation et des regroupements d’idées et de personnes, des financements en masse jusqu’alors impossibles. Rien ne paraît plus impossible.

 

Sources sur l’approche positive (appreciative inquiry) :

Site de référence http://www.centerforappreciativeinquiry.net/

Site de référence francophone http://ifai-appreciativeinquiry.com/

Un promoteur de l’approche positive http://turningpoint-leadership.com/fr/media/default/index/id/525-formation-appreciative-inquiry-avec-bernard-tollec-director-turningpoint

Le coaching avec l’Approche positive http://www.eyrolles.com/Chapitres/9782212559422/Chap-1_Pages.pdf


[1] L’erreur de Descartes par Damasio montre scientifiquement la limite de la théorie qui est pourtant constamment gardée en référence dans l’enseignement http://www.unige.ch/fapse/PSY/persons/mounoud/mounoud/actualites/intro-damasio.pdf

[2] Ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent. Epictete

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