Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Les effets du numérique en classe

Créé le vendredi 19 septembre 2014  |  Mise à jour le lundi 17 novembre 2014

Les effets du numérique en classe

Est-il nécessaire de parler du lien entre technologies et la salle de classe en 2014 ? L'impression générale est que le milieu scolaire est entré dans la danse numérique depuis fort longtemps. Et pourtant, encore aujourd'hui, la plus forte résistance par rapport aux technologies vient des établissements, des professeurs et même des parents.

Une opposition qui ressemble à un combat d'arrière-garde, alors que l'informatique a depuis des années pris place au coeur des enceintes scolaires. Mais elle s'explique peut-être par le fait que la technologie fait littéralement disparaître les repères et les frontières de l'enseignement comme on le connaissait il y a 10 ou 20 ans. Un entretien entre le spécialiste en réseaux sociaux Martin Lessard et le conseiller en technologies de l'information Sébastien Wart est très révélateur à ce sujet.

Technologie ne rime pas avec engagement

La conversation commence avec un point fort important : l'utilisation d'outils numériques ne provoqie pas automatiquement un surcroît d'engagement dans les cours. On confond souvent l'enthousiasme du nouveau « gadget » avec l'engagement, l'implication dans les apprentissages. Certes, les premiers jours, tout semblera si simple et si motivant pour les élèves. Mais s'ils ne sentent pas que les TIC changent les façons de faire, ils reprendront vite leurs comportements antérieurs, manifestant leur ennui ou leur manque de motivation. Seule différence : la perte de temps se fera différemment, par exemple en s'adonnant à des jeux téléchargés. Le défi est donc, pour les enseignants, de trouver des activités engageantes qui utiliseront à bon escient les technologies en place. Un exemple parmi bien d'autres : créer des projets d'échanges linguistiques avec des classes dans le monde en usant des applications de vidéoconférence gratuites. En n'oubliant pas, évidemment, de nourrir ces échanges avec de "vrais" sujets, pour que l'intérêt demeure au-delà du premier "coucou" adressé aux élèves du bout du monde.

Un des autres gros problèmes est celui de la compréhension et de la maîtrise de la technologie. Beaucoup de parents ne saisissent pas à quoi elle servira durant l'année. Il est donc essentiel de clarifier ce point dès la rentrée pour éviter des malaises et des doutes. Et s'ils sont nombreux parmi les enseignants à admettre leurs limites en matière d'utilisation des machines, il ne faudrait pas croire que les jeunes sont tous des champions à ce niveau. Sébastien Wart a été étonné de voir que nombre d'entre eux ne voyaient pas l'intérêt des tablettes dans le cadre scolaire. Ils n'ont évidemment aucun problème pour télécharger un jeu gratuit dans une boutique comme l'AppStore. Mais si on leur demande de choisir des outils pour prendre des notes rapidement, ils sont perdus.

Faire disparaître les murs de la classe

En fait, pour Wart et Lessard, la technologie à l'école permet de littéralement faire disparaître les murs des salles de classe. Désormais, les élèves peuvent apprendre apprendre à tout moment, et partout. Les TIC décentralisent donc l'enseignement puisque des enfants motivés peuvent très bien aller sur des sites comme la Khan Academy afin d'obtenir des explications et contenus supplémentaires. Ils peuvent ainsi devenir les propres maîtres de leur apprentissage. L'apprenant, maître de sa formation... de quoi déstabiliser le corps enseignant. Toutefois, les plus positifs y verront aussi un encouragement à modifier leur approche.

L'automatisation de l'enseignement fait peur. La technologie permet de facilement créer des questionnaires auto-correctifs, avec intégration directe des notes dans la base de données de l'école. Certains parlent même d'une déshumanisation de l'enseignement par la technologie. Là encore, les experts comme George Couros sont en total désaccord. Ce ne sont pas Internet, les ordinateurs ou les réseaux sociaux qui déshumanisent les relations entre les personnes. Celles-ci le font très bien d'elles-mêmes et Internet, comme un gigantesque miroir déformant, n'en est que le reflet. En fait, l'automatisation et la technologie permettent, selon eux, d'humaniser les rapports, de créer des communautés et même d'individualiser les liens entre maître et élève.

Prenons le cas, rapporté par Wart, de cette enseignante qui utilise des tests automatisés au début de chaque séance de lecture. En observant les résultats, elle peut déceler qui, au fil des semaines, a des difficultés et apporter à ceux-ci un osutien individualisé.

Il y a donc un potentiel inouï dans les outils numériques. Toutefois, ils n'ont pas réponse à tout et ne transforment pas les gens de fond en comble. Ils seraient plutôt des amplificateurs des traits de personnalité des apprenants. Un enfant curieux le sera dix fois plus avec les TIC, tandis qu'un autre distrait le sera encore plus avec une tablette ou un ordinateur dans les mains. Voilà un point à retenir pour les enseignants qui, sachant cela, pourront donc adapter leur enseignement aux différentes personnalités et, surtout, réfléchir aux moyens de stimuler l'engagement des élèves à partir de ces outils ultras puissants.

Illustration : Panom Pensawang, shutterstock

Références :

Couros, George. "The Myths of Technology Series: “Technology Dehumanizes”." The Principal of Change. Dernière mise à jour : 15 avril 2014. http://georgecouros.ca/blog/archives/4532.

Lessard, Martin. "La technologie brise les murs de la classe." Zéro Seconde. Dernière mise à jour : 25 août 2014. http://www.zeroseconde.com/2014/08/la-technologie-brise-les-murs-de-la-classe/.

Wart, Sébastien. "L’engagement et le mythe technologique en classe." Infobourg.com. Dernière mise à jour : 4 avril 2014. http://www.infobourg.com/2014/04/04/lengagement-et-le-mythe-technologique-en-classe/.

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Commentaires

1 commentaire

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  • Jérémy Joron
  • 31 janvier 2016 à 02 h 02

Un reve

Personnellement, je rêve du jour où on passera du tout numérique à l’école! Consulter les livres sur une tablette au lieux d’en acheter 10 000 qu’on consultera 2% uniquement dans l’année et surtout ne plus avoir besoin de les trimballer dans son sac et se massacrer le dos avec c’est vraiment pas mal. Également de pouvoir prendre ses notes sur du numérique, ne plus avoir besoin d’acheter une quantité de feuilles chaque année et qu’on devra jeter juste après. Bref, le numérique à l’école, c’est une idée qui me plaie vraiment beaucoup :)

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