Par Federica Minichiello  | f.minichiello@cursus.edu

Un SIGE pour gérer un système éducatif. A quelles conditions?

Créé le mardi 14 mars 2017  |  Mise à jour le mercredi 12 avril 2017

Un SIGE pour gérer un système éducatif. A quelles conditions?

Au cœur d’un système d’information de gestion de l’éducation (SIGE) réside l’idée qu’un système éducatif, pour fonctionner, doit se construire sur des politiques appropriées et la mise à disposition « de bonnes données aux bonnes personnes au bon moment ».

Les différentes définitions d’un SIGE permettent d'en saisir la complexité sous-jacente. Le mot « système » implique la nécessité d’une vision d'ensemble : des personnes, des technologies, des méthodes, des processus, des règles qui doivent fonctionner tous ensemble pour fournir des données exhaustives, pertinentes, fiables, sans ambiguïté, au moment opportun et dans une perspective longitudinale (le suivi tout au long de la vie ….). Interfaçables, évidemment.

Frôlons-nous l’utopie ? La complexité, certainement.

On imagine pourtant assez facilement comment des données peuvent celer un dysfonctionnement ou enclencher un changement. Un exemple parmi d'autres : les étudiants fictifs.  

Une simple recherche internet sur ce terme m’a d’abord portée en Guinée, où un recensement biométrique aurait montré qu’il y a plus d’étudiants fictifs que de véritables étudiants dans l’enseignement supérieur.
En Tanzanie, où on a bloqué 1,5 millions de dollars de prêts destinés à des étudiants inexistants… l’une des raisons de ce dysfonctionnement étant une application de demande des bourses totalement décorrélée des données nationales de recensement, empêchant tout contrôle identitaire..... Et aux États-Unis : un rapport 2012 avait estimé que le seul état de l’Arizona aurait pu réaliser une économie de 125 millions de dollars par an en changeant le critère chronologique d’octroi de financements aux écoles (le nombre d'inscrits sur l’année courante au lieu de l’année n-1).

Enclencher le changement

Le système d’information de gestion de l’éducation est l’un des axes de la stratégie 2020 SABER (Systems Approcah for Better Education Results) de la Banque mondiale.  Données à l’appui : entre 1989 et 2013, la Banque mondiale déclare avoir financé 232 projets dans le domaine, dans 89 pays.

Selon la Banque, quatre éléments déterminent le succès d’un SIGE:

  1. un environnement favorable : réglementations, organismes, ressources – financières comme humaines - et surtout une culture commune de collecte, de gestion et d’accès aux données ;
  2. un système adéquat : processus, structures et interfaçages qui permettent à un système de fonctionner ;
  3. des données de qualités :  la capacité de produire, de collecter et de sauvegarder des informations de qualité et dans des laps de temps appropriés ;
  4. la capacité à utiliser des données pour prendre des décisions, à tous niveaux : étudiants, parents, enseignants, chefs d’établissement, décideurs politiques.

Un SIGE ne se construit pas de rien, des référentiels existent :

  • l’ISO 9000, considérée comme la « colonne vertébrale d’un SIGE » ;
  • l’Education Data Quality Assessment Framework (Ed-DQAE) initiative du Fonds monétaire transposée à l’éducation par l’UNESCO et la Banque mondiale, un référentiel de qualité pour les données en éducation ;
  • le principe de l’Utilization-Focused Evaluation, selon lequel les utilisateurs d’une évaluation doivent être clairement identifiés et intégrés en amont de la construction d’une évaluation. Avant de penser « donnée », il faut penser « utilisateur » !

D’autres méthodologies plus spécifiques existent, comme un guide de l’UNICEF (2016) pour inclure le handicap dans un SIGE : où l’on apprend, par exemple, que l’accessibilité d’une école doit être pensée jusqu’à l’état des routes, la distance de la route la plus proche de l’école et sa praticabilité lors des saisons de pluie.

Ce document nous alerte aussi sur les limites : basé sur des élèves inclus dans un système éducatif, un SIGE ne pourra pas garantir une vision exhaustive lorsque de nombreux enfants (les porteurs d’handicap, dans ce cas précis) ne sont pas scolarisés.

Pour aller plus loin :

  • Le Strategic Data Project de l’Université d’Harvard (Center for Education Policy Research) met en œuvre des partenariats avec des écoles du pays pour promouvoir une culture des données et propose de nombreuses ressources comme, par exemple, une boite à outils pour apprendre à collecter, nettoyer, fusionner et analyser des données éducatives.

  • OpenEMIS :un système d’information pout la gestion de l’éducation open source, élaboré par l’UNESCO. Il permet de gérer un large éventail d’informations (inscriptions, classes, manuels scolaires, infrastructures, finances) de traiter des données individuelles ainsi qu'agrégées, avec des déclinaisons adaptées à tous niveaux : national, local ou au sein d'un établissement.

Illustration : Education note 95555, Banque mondiale

Références

World Bank Group. Abdul-Hamid, Husein; Mintz, Sarah et al. Education notes. Improving student learning through informed decisions: the role of education management information systems (2015) http://documents.worldbank.org/curated/en/529131468338532010

World Bank Group . Abdul-Hamid, Husein. SABER Working Paper Series. What Matters Most for Education Management Information Systems : A Framework Paper (2014)  https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/21586  

OpenEMIS. Better data. Better outcomes http://www.openemis.org
(Dernière consultation : mars 2017)

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