Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

L’école crée-t-elle les mauvais élèves?

Créé le dimanche 8 octobre 2017  |  Mise à jour le mercredi 8 novembre 2017

L’école crée-t-elle les mauvais élèves?

Les élèves turbulents dans les salles de classe sont généralement considérés comme une plaie. Ils dérangent constamment les autres qui veulent apprendre. Et si au moins ils avaient de bonnes notes…

Il n’est pas évident de traiter avec ces apprenants qui n’ont pas nécessairement un trouble d’apprentissage, mais qui n’arrivent pas à réussir. Or, si nous distribuons facilement les bonnets d’âne, nous ne leur avons jamais demandé comment ils percevaient l’école. Sont-ils vraiment de mauvais apprenants ou sont-ils plus des traumatisés de l’établissement scolaire?

Et si l’école était en cause?

En avril 2017, un film qui a circulé sur les écrans en France a donné la parole à ses mauvais élèves, ceux au fond de la classe.

Le documentaire de Nicolas Ubelmann et Sophie Mitrani met le focus sur ces gens qui ont été considérés comme de mauvais élèves, un titre qui les suit encore aujourd’hui comme un fardeau. Et, ce, même s’ils ont réussi à s’en sortir et avoir un métier, une famille, etc.

Chacun a une vision très différente de l’école. Ceux qui l’aiment y ont surtout des souvenirs d’apprentissage, de liens sociaux formés et d’activités scolaires et parascolaires marquantes. Or, pour les « mauvaises graines », elle est un lieu d’oppression, une véritable prison. Eux se souviennent encore avec déchirement du premier jour où papa et maman les ont abandonnés dans ce lieu inconnu. Un endroit, en plus, où il faut rester immobile durant des heures et en silence à écouter le professeur. Une contrainte difficile même pour des adultes. Alors, ils chahutaient pour faire sortir cette peur, cet inconfort et cette colère d’être pris entre quatre murs.

Chez ses élèves, il y a aussi la fameuse question « à quoi ça sert? » qui ressort constamment. Bien sûr, on pourrait leur rétorquer qu’il est important que l’esprit apprenne des choses abstraites. Il s’agit d’un des buts de l’école.

Or, il est tout aussi primordial de faire des liens avec la vraie vie. Dans le documentaire, un père — mal vu par sa famille pour ne pas avoir passé le bac — doit répondre à son fils qui lui demande l’intérêt de connaître la guerre de 1870. L’homme arrive à lui expliquer qu’il s’agit de saisir les horreurs de la guerre, les conflits de domination de l’Europe, les deux guerres mondiales qui ont mené à la reconstruction européenne dans laquelle il vit aujourd’hui.

Aussitôt, le visage du garçon s’est illuminé. Tout cela a pris un sens. Or, cet exercice n’est pas toujours accompli dans les classes. D’ailleurs, les anciens mauvais élèves vont souvent, au cours de leur vie, donner du concret aux matières scolaires. Par exemple, ils vont enfin comprendre les principes géométriques en faisant de la construction ou de la couture.

Il ne faut pas oublier toute la question de la pression qui s’ajoute. Et celle-ci pèse autant sur les bons que les mauvais élèves. À la fin de l’année scolaire 2016-2017, au Québec, un reportage a montré que des enseignantes dénonçaient le stress de l'épeuvre de mathématique sur des enfants de primaire qui se mettaient à pleurer pendant l'examen. Ils avaient l’impression qu’ils n’auraient jamais le temps de répondre à toutes les exigences et effectuer toutes les étapes pour résoudre le ou les problèmes.

Les professeurs dénonçaient la façon dont étaient conçues ces épreuves. Les très bons élèves y arrivent facilement et ont des notes frôlant le 100 %. Or, tous les autres réussissent de justesse ou échouent. Une autre coche faite à l’estime personnelle des apprenants qui va les suivre longtemps tout au long de leur parcours scolaire et même après.

Changer la culture scolaire

Tout cela n’est pas nécessairement la faute aux enseignants. Certains sont mis en valeur dans le documentaire, ayant essayé de donner un peu plus d’estime et de passion à ces élèves malheureux. Pour le coréalisateur du film, Nicolas Ubelmann, il s’agit du système scolaire français qui ne veut que peu changer. Il le décrit comme un paquebot dirigé par des bureaucrates. Pourtant, il y a des approches qui pourraient modifier cela, selon lui comme un apprentissage et un accompagnement des élèves plus personnalisé.

Il faut aussi remettre de la joie dans les classes et de permettre aux professeurs d’avoir la latitude afin de pouvoir placer le savoir-être au cœur de la pédagogie. Des méthodes qui peuvent être faites autant numériquement qu’en classe ou les deux. Par exemple, à ces « mauvais élèves » qui demandent le pourquoi de l’étude d’une notion, pourquoi ne pas concevoir ou trouver un jeu sérieux qui la met en contexte?

Par rapport au stress et à la pression que provoque l’école, peut-être faut-il enseigner la résilience aux élèves? Leur inculquer que, non, l’intelligence n’est pas fixe et qu’ils ne sont pas condamnés à être « cancres ». Le chercheur David S. Yeager a fait une expérience auprès d’élèves de différentes écoles. Un groupe d’apprenants lisait un article sur la cognition qui leur apprenait sur les changements fréquents au niveau de l’intelligence et de la personnalité. Ils consultaient aussi des anecdotes d’anciens élèves à propos de difficultés ou de conflits avec des camarades. Enfin, ils devaient écrire un conseil pour des plus jeunes basé sur leur expérience.

Par la suite, ils devaient faire un exposé oral. Le chercheur analysait alors la fréquence cardiaque et le niveau de cortisol du groupe expérimental et celui de contrôle. Il y avait 50 % moins d’augmentation du rythme cardiaque chez celui expérimental. Il a aussi noté une diminution de 10 % du cortisol contre une augmentation de 45 % chez l’autre groupe. Les notes obtenues étaient même légèrement plus hautes pour ceux ayant participé à l’expérimentation. Pour le chercheur, cette réussite se justifie par le message véhiculé par l’article et les anecdotes, mais aussi par le fait qu’il n’y avait pas d’adultes impliqués. Qu’ils font face à leur anxiété plus aisément de façon informelle et entre camarades.

Reposons donc notre question : y a-t-il réellement de mauvais élèves ou est-ce plutôt le système scolaire qui n’arrive pas à s’ajuster afin de leur offrir des occasions d’aimer apprendre? Et si le logiciel éducatif se dotait d’une mise à jour humaine qui cessait de ne promouvoir que la performance, qui expliquait mieux les liens entre les savoirs et la vie? À voir les cicatrisés de l’école, cela serait peut-être nécessaire.

Illustration : mintchipdesigns / Pixabay

Références

Bouchard, Marie-Pier. "Quand Résoudre Un Problème Mathématique Devient Un Casse-tête Pour élèves Et Enseignants." Radio-Canada.ca. Dernière mise à jour : 5 juin 2017. http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1037689/education-enfants-mathematiques-problemes-stress-anxiete.

Boudreault, Marc-Antoine. "Enseigner La Résilience." RIRE. Dernière mise à jour : 24 juillet 2017. http://rire.ctreq.qc.ca/2017/07/enseigner-la-resilience/.

Maginot, Chloé. "Il N'y a Pas De 'mauvais élèves', C'est L'école Qui Va Mal !" ConsoGlobe. Dernière mise à jour : 2 juillet 2017. https://www.consoglobe.com/mauvais-eleves-documentaire-ecole-francaise-cg.

Tourret, Louise. "L'école, Ce Sont Les Mauvais élèves Qui En Parlent Le Mieux." Slate.fr. Dernière mise à jour : 12 avril 2017. http://www.slate.fr/story/143426/ecole-mauvais-eleves.

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