Par Virginie Guignard Legros  | belleme@sevjnet.ch

Ajuster les choix d'apprentissages par rapport aux capacités des uns et des autres

Créé le lundi 9 octobre 2017  |  Mise à jour le lundi 23 octobre 2017

Ajuster les choix d'apprentissages par rapport aux capacités des uns et des autres

Les vraies fausses apparences, les ressources humaines et notre société

Depuis des décennies les responsables des ressources humaines de nos entreprises essayent d’évaluer les profils réels des candidats qui répondent à leurs annonces.

Pour cela, ils se servent de l’intelligence artificielle qui va chercher dans la lettre et curriculum vitae les mots clefs qui ouvriront le sésame vers les candidats qui correspondent le mieux aux postes à pourvoir. Après, ces mêmes responsables de ressources humaines essaieront de savoir si la sélection est la bonne avec des techniques diverses comme la graphologie ou des tests du genre MBTI. Puis, ils feront avec eux des entretiens personnalisés en présentiel ou à distance pour à la fin échouer à plus de 45% dans leur mission, soit dans les semaines, soit dans les mois qui vont suivre les embauches.

Quelle en est la raison ? Simplement, à cause de l'ère du faux* (voir les références au bas de cet article), de l’apparence, de la fausse performance, dans laquelle nous sommes entrés depuis quelques années. Et, celui qui remuera le plus ses ailes, ou qui sera le plus brillant, le plus glamour remportera la course au détriment de celui qui est le plus performant.

L’exemple le plus flagrant est celui du rêve de beaucoup de jeunes adultes pour leurs avenirs professionnels : devenir chanteur, dessinateur d'animations, mannequin, musicien. Le responsable en est le modèle diffusé par les médias. Un jeune va montrer ses talents à la télévision. Il est repéré, un peu ou beaucoup. Il devient la star filante d’un soir comme la plupart et retombera dans l’oubli avec un rêve inachevé.

Une déclinaison de ce phénomène est celle de la start-up qui fonctionne sur le même modèle que celui de la Star Academy de l’époque ou de ses variantes actuelles. C’est au départ un beau potentiel, autour duquel on crée une bulle virtuelle et financière. Lorsque la bulle éclate, le projet atterri violemment et soit il est assez fort pour survivre, soit il se brise en morceaux, comme le rêve inachevé de nos jeunes artistes.

Une autre déclinaison se situe dans l’image que la société renvoie à la femme et la jeune fille de ce qu’elles doivent être. Les médias leur envoient la fausse vraie information qu’elles sont trop grosses et qu’elles doivent changer. Certaines même à en devenir malades et à en mourir.

Le dernier exemple est philosophiquement peut-être le plus parlant. Une société qui envoie de multiples signaux auprès de jeunes filles dont la plupart sont magnifiques et qui leur dit, non tu n’es pas belle, tu es trop grosse de par notre propre intérêt économique et culturel. Et, le changement n’est pas positif, au contraire, il est négatif, voire il peut être mortifère. Le message à retenir est celui-ci : “nous ne t’acceptons pas toi dans ta vérité, mais dans l’image non incarnée que nous avons construit et dans laquelle nous voulons que tu entres” ou le diktat de la maigreur.

Ce qui est inquiétant, c’est que les choses ne correspondent plus entre la réalité humaine et la demande des médias, jusqu’à la condition de chercheur d’emploi.

Le demandeur d’emploi et le bachelier face aux méthodes de sélection

En fait, on demande à un demandeur d’emploi la même chose. Voici, l’histoire vraie d’une graphiste, toute fine, toute menue qui s’envole avec le vent et à qui on dit, demain tu seras vigile à l’aéroport. La petite dame n’a pas le choix, sinon elle perd ses droits aux indemnisations de son chômage. Comment est-ce arrivé ? Elle est entrée dans des cases qui ont validé son employabilité à devenir vigile, sans aucune formation préalable, ni aptitude physique à remplir le poste, ni même possibilité d’un droit de recours. Les attributions des formations post-bacs en France via les plateformes informatisées semblent créer aussi ce genre de situation de façon régulière.

“87.000 étudiants sans affectation et un "énorme gâchis"

Vendredi, c'était la troisième vague de réponse de la plateforme d'admission post-bac, censée attribuer aux bacheliers des places dans des formations universitaires. Résultat : seuls 30.000 futurs étudiants ont obtenu une affectation. Parmi les presque 87.000 sans attribution, 9.726 avaient pourtant mis en premier une filière non sélective de leur secteur; un choix qui aurait dû leur garantir une place. Les jeunes bacheliers, dépités, ont communiqué leur désarroi sur les réseaux sociaux”. Extrait de l’article http://www.lejdd.fr du 17 juillet 2017 Journal du Dimanche d’Europe 1.

En fait, cet état de fait est symptomatique de tout le reste. La priorité est de placer les gens dans les cases existantes. Que ce soit dans la situation de l’étudiant ou du demandeur d’emploi, beaucoup ne sont pas pris en compte sur ce qu’ils peuvent apporter à la société par leurs compétences ou potentialités en tant que personnes, mais en tant que ce que la société standardisée peut mettre en face de leur profil.

Et si le système ne fonctionne pas bien alors on va avoir des majors de promotion en mathématiques devenir des fleuristes et des secrétaires devenir des chefs de chantiers pétroliers. En fait, un des fonds du problème est le déphasage entre l’humain, ses rêves, ses potentiels et les réalités actuelles pédagogiques ou professionnelles.

Un autre fond des choses vient du fait que les offres de formation sont aussi déphasées par rapport au marché du travail. Dans trois mois, l’Europe aura besoin de plusieurs milliers de responsables en cybersécurité opérationnels. Où sont-ils ? Les organismes de formations n’ont pas pu anticiper ce phénomène. Vont-ils pouvoir compenser dans les prochains mois ? Non, car il faut plusieurs années pour former à ces professions. Certains disent, "oui, mais c’est à cause de la nouvelle loi européenne sur la protection des données. C’est venu trop vite". Qui va trop vite ? Qui va trop lentement ? Est-ce à l’homme de s’adapter à son environnement surtout par ces périodes disruptives ? Comment arrêter de surnager sur les vagues ?

Est-ce que les étudiants doivent surnager dans une formation qui va les mener à un emploi ?

Surnager, c’est le mot actuel qui correspond à la réalité de l’étudiant. Les étudiants, particulièrement au niveau universitaire, viennent souvent d’horizons, de parcours, voire de pays différents et doivent tous suivre le même rythme, apprendre les mêmes choses alors qu’ils peuvent avoir des backgrounds différents, voire même des handicaps.

L’objectif est de faire entrer toutes ces typologies d’étudiants dans le même moule et à la fin leur donner ou pas leur diplômes. L’objectif est de passer les examens. La plupart vont alors entrer dans des mécanismes d’apprentissages superficiels. Les étudiants n’apprennent plus en profondeur mais pour avoir le diplôme qui va leur donner un travail.

Où sont alors les réelles compétences ? Alors que notre société parle de faire intégrer le deep learning à nos programmes d’intelligence artificielle, nos étudiants ne vont plus avoir besoin de développer des compétences métiers ou de savoirs profonds. L’important va être de savoir trouver l’information, d’être adaptable, pro-actif par rapport aux données.

On est face à une mutation profonde de notre société. Hier, les parents avaient un ou deux métiers pour la vie, demain, les prospectivistes annoncent 10 métiers pour une vie. On n’est plus dans un monde de spécialisation mais dans un monde de complexité. Demain, ce n’est plus nager en connaissances profondes ou surnager dans la standardisation qui sera requis, mais bien de surfer sur les vagues.

Seuls, les malins, les adaptables, les growth hackers, les créatifs, les concepteurs s’adapteront à n’importe quelles chaussures pour les formations et les emplois de demain. Pour les autres, la clef sera de les aider à découvrir leurs spécificités, leurs talents. L’idée de “Star”, d’étoile en tant qu’individu vibrant de toutes ses compétences est sans doute la meilleure. Au lieu d’en valoriser les filantes comme celles de la Star Academy ou des Startup, l’avenir de demain semble plutôt trouver sa voie vers la construction et le renforcement des compétences, vers des fondations stables basées sur de multiples formes d’intelligences plutôt que sur des formations classiques désincarnées.

Les savoirs d’hier seront remplacés par les compétences incarnées de demain. C’est une nécessité qui commence à émerger dans divers domaines.

Un exemple parlant est celui de la gestion de projet. A diplôme égal un individu sera à sa place dans tel contexte et pas dans d’autres. Aujourd’hui, c’est l’expérience qui fait le tri, avec quelquefois un peu de casse. Certaines personnes sont idéales pour des projets de startup, d’autres seront en souffrance dans le même milieu. Certains ont des profils de créatifs, d’autres de dirigeants et d’autres de suiveurs. L’enjeu de demain sera de créer des professionnels de qualité et de se baser sur l’optimisation de leurs compétences, le plus tôt possible..

Illustration : Pixabay StockSnap

Références 

MBTI - Wikipédia - https://fr.wikipedia.org/wiki/Myers_Briggs_Type_Indicator

*L'ère du faux

1.http://cjf.qc.ca par Naïm Kattan http://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/lere-du-faux/

2.http://www.ledevoir.com par François Brousseauhttp://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/487422/l-ere-du-faux

Pourquoi un recrutement sur deux est un échec à 18 mois ?
http://www.focusrh.com
par David Bernard
http://www.focusrh.com/tribunes/pourquoi-1-recrutement-sur-2-est-un-echec-18-mois-par-david-bernard-28019.html

Les adolescents face au diktat de la maigreur http://www.lemonde.fr/par Gaëlle Dupont
http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/10/09/les-adolescents-face-au-diktat-de-la-minceur_5198069_3224.html

Innovation & technologie. Quand un Romand participe à la «Star Ac'» des jeunes pousseshttps://www.letemps.ch par Nicolas Dufour
https://www.letemps.ch/economie/2007/06/12/innovation-technologie-un-romand-participe-star-ac-jeunes-pousses

Admission postbac : Qu'est-ce qui cloche ?
http://www.lejdd.fr/ http://www.lejdd.fr/societe/education/admission-post-bac-quest-ce-qui-cloche-3391262

Admission postbac : est-il exact que pour certaines licences, APB attribue les places par tirage au sort ? http://www.letudiant.fr par Natacha Lefauconnier
http://www.letudiant.fr/etudes/apb/admission-postbac-est-il-exact-que-pour-certaines-licences-apb-attribue-les-places-par-tirage-au-sort.html

Cybersécurité : la pénurie des talents est planétaire
http://www.ipi-ecoles.com
http://www.ipi-ecoles.com/cybersecurite-penurie-talents/

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire