Par Virginie Guignard Legros  | belleme@sevjnet.ch

Être et apprendre : le voyage qui nous forme

Créé le lundi 13 novembre 2017  |  Mise à jour le mardi 14 novembre 2017

Être et apprendre : le voyage qui nous forme

Et, si être et apprendre n’était qu’un voyage qui forme notre cerveau que nous soyons en présentiel ou à distance ou en virtuel ?

Aujourd’hui, on oppose le numérique dématérialisé et les apprentissages du geste, du toucher, de l’objet, du vivant. L’écriture manuscrite, le calcul mental, le coloriage, le dessin, la musique, la lecture, même le théâtre, toutes ces activités semblent déclassées par le numérique. Mais demain, qu'en sera-il ?

Bientôt

Les technologies numériques ont évolué et continuent de s’améliorer depuis leur création.

L’informatique est apparue en 1950. L’Internet mondial est né trente ans plus tard et chacun d’entre nous a associé cette technologie de communication avec la dématérialisation. Au tout début, ce n’était que des mathématiques, de la pensée pure. Après sont venus les codages informatiques du 1 et du 0, soit une simplification extrapolée d’un transfert d’informations; puis diverses façons de coder ont mené à de nouvelles technologies et infrastructures associées qui ont propusé les puissances de communication et de mémoire. Les outils se sont affinés. On est passé de la souris à la commande vocale et à l’immersion virtuelle.

Demain matin, c’est là, devant notre porte, qu'on nous aurons des univers de vie personnalisables, des médecins holographiques, des lentilles de réalité augmentée, des greffes robotiques pour augmenter ou remplacer un membre ou palier un handicap,... du vernis à ongle, des tatouages modifiables avec le smartphone, des identifications qui mélangent technologies numériques et morphologies humaines. L’exemple de la cybersécurité est édifiant : pour nous identifier on peut utiliser l’ADN, la rétine, la géographie des veines, l'empreinte digitale, vocale, le visage, le patron de comportement, etc.

Depuis des décennies, l’informatique s’est appuyée sur la vue, l’ouïe et un peu le toucher par la main. Aujourd’hui se développent des programmes basés sur les sens du mouvement, l’équilibre avec les lunettes de réalité virtuelle et d’autres plus anecdotiques telle la sensation du toucher sur la peau avec l’industrie du sexe. Si la technologie peut détecter les goûts et les odeurs, elle est encore loin de pouvoir reconstituer les sensations de la langue et du nez, mais, ce n’est qu’une question de temps pour qu’ils deviennent numérisables eux aussi.

Hier, les ordinateurs occupaient beaucoup d'espace. À l’heure actuelle, les appareils se miniaturisent et les contacts électroniques descendent à l’échelle du nanomètre. Nos téléphones mobiles sont si gros du fait de la morphologie humaine, de la taille des doigts et de la taille moyenne d’une main et non en raison de la taille de l'électronique, hormis la pile. Il y a un renversement du paradoxe : la technologie devient humaine ou en tout cas s’humanise dans la forme.

Le toucher a été développé d'un coté autour des techniques d’accès à l’outil informatique et de l’autre sur le ressenti sur la peau d’un toucher distant.  Pour compléter l’expérience humaine les chercheurs du CNRS travaillent entre autres sur la sensation des textures, qui est une des trois lacunes importantes dans tout ce panel technologique autour des sensations.

“Et si nous pouvions toucher des objets, des tissus et ressentir leur texture rien qu’en glissant nos doigts sur l’écran d’une tablette ou d’un smartphone ? Ce sera peut-être bientôt possible...et...pourrait s’avérer très utile pour les personnes souffrant d’une déficience tactile. Il est développé actuellement par des chercheurs français dans le cadre du Défi Sens, un grand programme de recherche du CNRS”.
Vidéo du CNRS
- Toucher le virtuel, une réalité - par Alexandra Ena en 2014.

Le virtuel rejoint la réalité aussi dans un deuxième accès aux sens. Au lieu de faire entrer la sensation d’objet physique dans l’ordinateur, c’est l’objet connecté qui rend ou transmet la sensation, ou bien qui interagit avec l’humain par sa peau comme en parle l’extrait d’article suivant daté de 2016.

“Un jour, la peau artificielle électronique (e-skin) pourrait rendre cela possible. Les chercheurs sont en train de mettre au point des circuits électroniques flexibles, faciles à courber, voire à étirer, et même susceptibles d’être appliqué directement sur l’épiderme. Tout en transformant votre peau en écran, le procédé peut aussi aider à restituer les sensations si vous avez souffert de brûlures ou d’atteintes au système nerveux”.
Bientôt, c’est votre peau qui sera connectée

https://theconversation.com
- Luca Santarelli en 2016 

Le troisième sens qui n’est pas encore développé, est celui de la limite corporelle des objets virtuels qui aujourd’hui n’ont guère plus de corporalité que des fantômes. Le jour où on entrera dans un espace de réalité virtuelle et que l’on pourra prendre dans ses bras un personnage virtuel, toucher un arbre en 3D, alors, nous aurons l’accès complet au potentiel numérique et il sera compliqué pour certains de faire la différence entre les deux mondes.

Si les outils et l’accès à l’environnement par les technologies numériques évoluent qu’en est-il de leurs impacts sur nos apprentissages et nos cerveaux ?

...qu’en dit la science ?

Le Café pédagogique présente une étude de Jean Heutte publiée dans la revue Spirale en 2008. "...cette recherche scientifique (respectant les principes méthodologiques issus de la démarche expérimentale ) est l’une des rares concernant l’impact de ces technologies sur les résultats des élèves. De plus, il semble bien qu’elle soit la première (et la seule) en France concernant l'école primaire..."

"Les principaux résultats remarquables de l’étude :

  • Les élèves habitués à l'usage du numérique en classe réussissent significativement un meilleur apprentissage à long terme et ce indépendamment du type de support.
  • Les élèves habitués à l'usage du numérique en classe comprennent plus vite et mieux ce qu’ils lisent.
  • Les connaissances et les résultats scolaires ont significativement progressé pour les élèves habitués à l'usage du numérique.
  • Cette étude met donc bien en évidence que l’usage du numérique en classe participe à une amélioration des résultats scolaires des élèves de l’école primaire." 

    L’impact de l’usage des technologies numériques sur les apprentissages des élèves : qu’en dit la science ? par Jean Heutte en 2010
    http://www.cafepedagogique.net -

Si les jeunes qui utilisent les technologies numériques sont plus performants, c’est parce qu’ils ont développé des compétences différentes de leurs aînés.

“Ils seraient, selon lui, plus réactifs, plus aptes à prendre des décisions et surtout plus créatifs. « Les jeunes de cette génération qui écrivent en langage texto, pensent aussi en langage texto : ils développent un esprit de synthèse, sont capables de traiter plusieurs sujets en même temps ; ils approfondissent moins, mais ils associent les idées entre elles de façon complètement nouvelle. (…) ; le cerveau humain est en train de s’adapter et c’est très bien comme ça. »

Le neurobiologiste Jean Rossier, membre de l’Académie des sciences, se veut également rassurant.

« Il faut accepter la plasticité cérébrale. Les violonistes, les basketteurs, ou les joueurs de tennis n’ont pas le même cerveau. Les digital natives non plus. Les jeunes apprennent et pensent de façon différente. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Je crois qu’il ne faut pas s’alarmer. »”.

Comment les outils numériques modifient notre cerveau par CHRISTINE LEGRAND en 2011.
https://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Comment-les-outils-numeriques-modifient-notre-cerveau-_NP_-2011-10-18-724410

Qu’ont-ils gagné, qu’ont-ils perdu dans la mutation contextuelle du numérique ?

“Grâce aux neurosciences, on sait aujourd’hui que les outils numériques agissent sur les différents types de mémoires. Selon les scientifiques l’un des impacts du numérique sur les processus de mémorisation c’est que la mémoire de long terme, celle du stockage, est bien moins utilisée. Une étude a même démontrée que les gens retenaient moins bien les informations qu’ils pouvaient facilement retrouver sur leur ordinateurs.

En fait, le cerveau possède des agilités et des facultés d’adaptation surprenantes ! Il comprend par lui-même que telle sorte de mémoire est moins utile. Il active alors d’autres fonctions et agilités du cerveau. On retient ainsi beaucoup plus le chemin qu’il faut prendre ou le processus qu’il faut suivre pour trouver l’information que l’information elle-même. Il est donc plus important aujourd’hui de développer de nouvelles agilités et compétences indispensables pour bien utiliser les outils numériques que de développer notre mémoire de stockage”.

La pratique d’Internet et des outils numériques modifie-t-elle notre cerveau ? - Éconum
http://www.econum.fr/cerveau/

En fait, chaque apprentissage numérique ou présentiel développe des compétences et sans doute des morphologies du cerveau différentes entre elles et différentes de celles de leurs parents et de leurs grands-parents.

L’Homme évolue comme il l’a toujours fait et à chaque mutation, il y gagne et il y perd quelque chose. Le genre humain est juste au milieu d’une transition numérique et tant que les outils ne seront pas complets et matures, que le champ des possibles n’aura pas déployé toutes ses potentialités, la mutation sera incomplète.

Le fait de perdre les activités présentielles, tactiles et physiques est contextuel. Les outils incomplets et l’imperfection du résultat de la transition sont au coeur du problème actuel. Demain, cela aura moins d’importance de savoir si vous êtes sur une plage réelle ou virtuelle car vous ne ferez plus la différence, mais vous ne serez plus les mêmes humains.

Sources image : GERALT Pixabay


Autres sources

Enjeux du numérique - Enjeux pédagogiques - Impacts du numérique sur l'apprentissage - Eduscol
http://eduscol.education.fr/numerique/dossier/lectures/manuel/enjeux/pedagogiques/impacts-numerique-apprentissage


Sujet :
Psyché

Mots-clés :
Avenir ,
virtuel et réel

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