Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Donner du sens à l'interactivité dans un environnement de FAD

Créé le lundi 26 septembre 2011  |  Mise à jour le mercredi 26 octobre 2011

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Donner du sens à l'interactivité dans un environnement de FAD

On sait de longue date qu'un adulte en apprentissage apprend mieux lorsqu'il est actif, lorsqu'il construit lui-même ses connaissances au travers d'activités qui ont du sens pour lui.

On admet par ailleurs que pour soutenir la motivation de l'apprenant à distance, il faut lui donner l'occasion de réaliser des activités plutôt que de rester passif devant de longues pages de texte.

Ces deux convictions nées de l'observation, en créent une troisième à dimension technique : en formation à distance, il faut impérativement développer l'interactivité apprenant - machine.

Mais que représente au  juste cette interactivité ?

 

Interactivité vs Interaction

 

Il faut d'entrée de jeu limiter le risque de confusion entre deux termes très proches, interaction et interactivité. En français, l'interaction désigne la "réaction réciproque" entre deux phénomènes ou objets. Dans le monde de la FOAD, l'interaction désigne plutôt les échanges entre être humains. L'interactivité désigne "l'activité de dialogue entre deux systèmes, entre un système et son utilisateur" (1). L'interactivité homme-machine désigne donc le dialogue entre l'utilisateur et la machine; dans le monde de la FOAD, elle désigne le dialogue entre l'apprenant et le support électronique d'apprentissage. 

En formation à distance, un dispositif "interactif" se matérialisera notamment par la possibilité pour l'utilisateur de choisir son mode de lecture (linéaire ou par fragments, en alternant lecture et activités...), par la présence d'exercices dans lesquels il aura à manipuler des objets (exercices d'appariement, d'ordonnancement, de glisser-déposer, etc.), par la possibilité de faire appel à des aides contextuelles (info-bulles...), par le surgissement d'explications complémentaires lors du déplacement de la souris...Bref, par tout un ensemble d'éléments qui, lorsqu'ils sont activés par l'utilisateur, provoquent des résultats visibles.

Mais l'interactivité se limite t-elle au dialogue apprenant - support, dans le but de le maintenir devant l'écran, mieux qu'une page remplie de texte ? Pas sûr. On peut imaginer une "interactivité" qui fasse progresser le processus d'apprentissage lui-même, autrement dit, qui déclenche des opérations cognitives de niveau élevé, stimulant non seulement la motivation, mais la mémorisation, la compréhension, le questionnement, etc. 

C'est du moins le point de vue de Tanya Coomes, conceptrice e-learning à l'université de Nord-Floride qui, dans un billet publié sur le blog de la compagnie "E-learning uncovered", lie étroitement le rôle dévolu à l'interactivité et l'ergonomie de la page ou du site.

 

L'ergonomie au service d'une interactivité porteuse de sens

 

Elle donne l'exemple suivant.

Supposons que nous devions réaliser un module d'e-learning pour des personnes apprenant à dresser les tables dans un restaurant chic. Pour cet exercice, on pourrait utiliser une photo de table parfaitement dressée; l'apprenant découvrirait le nom de tous les éléments en passant sa souris dessus. A la fin de l'exercice, un petit test montrerait à l'apprenant des photos de tables avec des erreurs, et il aurait un nombre limité d'essais pour identifier tous les éléments mal placés. 

Comme le dit Tanya Coomes, ce genre d'activité est déjà plus intéressant qu'un schéma qu'il faudrait simplement mémoriser. Mais on peut faire encore beaucoup mieux.

En effet, l'exemple se prête bien à une activité se rapprochant de la situation professionnelle réelle. Tanya Coomes propose d'engager l'activité avec l'écran suivant :

C'est alors à l'apprenant de placer tous les éléments au bon endroit, comme il le fera sur une vraie table, sans explications supplémentaires. Lorsqu'il a achevé sa mise en palce, il demande la vérification et tous les éléments qu'il a mal placés reviennent sur le côté droit, où il va les reprendre et faire de nouvelles tentatives, jsqu'à ce qu'il réussise. 

Les plus à l'aise des apprenants réussiront du premier coup. Les autres pourront demander des aides contextuelles à partir d'un certain nombre d'essais. Une telle activité se prête donc bien à l'individualisation des apprentissages.

 

L'approche inductive, y compris à distance

 

On reconnaît dans cet exemple l'approche inductive (entrée par la tâche, puis formalisation) chère à la formation d'adultes. Le principe d'interactivité est ici mis au service de l'intention pédagogique : la tâche d'apprentissage est première et se rapproche de la tâche professionnelle. Elle met l'apprenant en activité et en même temps fait progresser son apprentissage.

Nous en parlions récemment, dans les dispositifs hybrides de formation (blended learning) on voit souvent les apprentissages les plus abstraits et théoriques, les moins interactifs, être confiés aux séquences à distance; alors que les mises en situation, les apprentissages pratiques, les simulations... sont réservées aux séquences en présence. Le billet de Tanya Coomes montre que l'on peut faire autrement et conserver une approche inductive à distance, en s'appuyant sur les techniques et dispositifs d'interactivité homme-machine. Bien sûr, certains apprentissages se prêtent mieux à l'élaboration de tâches concrètes et de simulations que d'autres. Néanmoins, nous parvenons en présence à adopter une approche inductive sur des sujets très abstraits. Pourquoi pas à distance ? Les mécanismes et dispositifs techniques d'interactivité n'attendent que notre imagination et notre rigueur professionnelle pour se mettre bien davantage qu'aujourd'hui au service des apprentissages. 

Interactivity - What should it look like ? Tanya Coomes, E-learning Uncovered, 15 septembre 2011

(1) : définitions interaction et interactivité : Le Robert, dictionnaire culturel en langue française, 2005.

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