Par Martine Dubreucq  | m.dubreucq@cursus.edu

Quand les étudiants accélèrent le changement

Créé le dimanche 5 juin 2011  |  Mise à jour le mercredi 20 juillet 2011

Recommander cette page à un(e) ami(e)

Quand les étudiants accélèrent le changement

Aussi longtemps qu'un changement est appelé du dehors, il a peu de chance de s'amorcer. Les tenants des TICE ont beau déployer des stratégies sophistiquées pour inciter les enseignants à utiliser davantage et mieux ces nouveaux outils, ces stratégies auront de faibles impacts aussi longtemps que les enseignants eux-mêmes ne seront pas obligés par leurs interlocuteurs, c'est-à-dire les étudiants, de monter dans un train où ils sont tous embarqués.

Se prendre en main : une leçon en ligne des étudiants

Pour les enseignants les incitations à l'intégration des outils numériques dans les cours viennent le plus souvent des pairs ou de la direction, plus rarement des étudiants eux-mêmes qui, s'ils ont des pratiques avérés des réseaux sociaux ou des usages plus décontractés des outils, les gardent pour leur univers personnel sans prétendre forcément les associer à leurs études ou les partager avec les professeurs. Il suffit de noter le nombre de propositions de plates-formes, de wikis, de e-portfolios étudiants qui émanent d'équipes de pédagogues, d'universités et de constater qu'il contraste avec le nombre d'initiatives des étudiants, comme si les projets touchant à l'apprentissage étaient l'affaire des professeurs et des responsables éducatifs (ou bien de fabricants de solutions du marché numérique, ou encore des politiques !) et pas l'affaire des étudiants eux-mêmes.
Et pourtant, les étudiants ne sont-ils pas les mieux placés pour suggérer des évolutions sur les façons dont on peut leur présenter les connaissances qu'ils auront à intégrer ? 

Le Nouvel Ingénieur

L'esprit dans lequel s'est construit le groupement d’élèves de plusieurs écoles d’ingénieurs (Télécom ParisTech, les Ponts, Supélec Rennes,  l'ENSIEE et l'ENAC) « Le Nouvel ingénieur » est assez intéressant à étudier de ce point de vue. C'est à partir du constat d'un fossé entre les enseignants, le personnel administratif et les étudiants qu'est né ce désir de créer des passerelles : au niveau local dans chaque école et au niveau national.

« Dans une école  d’ingénieurs, les étudiants ont des facilités pour le numérique mais n’ont pas leur  mot à dire sur leur cursus ».

L'objectif est clairement « d’intégrer l’aspect participatif qui fait la force du web 2.0 à l’ADN des Grandes Ecoles d’ingénieurs ». Les jeunes initiateurs du Nouvel ingénieur souhaitent que les étudiants s'impliquent davantage dans leur formation et les invitent à réfléchir à de possibles évolutions comme ils le précisent dans cette vidéo.

Ce qui est le plus frappant pour un formateur TICE c'est de voir que ce groupe d'étudiants fait appel à un éventail d'outils très bien choisis pour un maximum d'efficacité dans l'appel à la participation.
Outre le blog qui sert de vitrine et de tribune, le groupe a mis en place une véritable stratégie de communication dont beaucoup de spécialistes pourraient s'inspirer.

  • D'abord le remue-méninge :

Google Moderator : un petit outil astucieux pour ceux qui ont un compte Google, qui permet de poster des idées et de voter pour celles qui nous intéressent.

L'objet de cet appel à participation n'est pas prioritairement un changement des objectifs pédagogiques mais plus largement une remise en question des contenus d'enseignement, des modes d'évaluation, des relations des écoles avec le monde extérieur comme on peut le voir à partir de quelques propositions :
"Demander aux étudiants d'évaluer les cours à la fin de l'année (de manière à voir un minimum de recul) et tenir compte des réponses. Demander aux anciens un retour sur la formation."
"Pourquoi n'y a-t-il pas plus de conférences avec des personnalités du monde d'aujourd'hui dans les écoles d'ingénieur (politiques, chefs d'entreprise, ingénieurs célèbres...) ?? Ils seraient sûrement capables de motiver les élèves pour leur formation"

  • La communication externe :

- Un compte Twitter  (@nouvelingenieur) pour l'actualité des débats (citations, articles, événements qui vont dans le sens du mouvement).
- Une communauté Facebook (Le Nouvel Ingénieur)

  • La communication interne :

- Un forum sur forumactif.com (forum Le Nouvel Ingénieur) qui est un support de collaboration lié à Facebook
- Une mailing list sur groups.google.com (Mailing list).
- Un projet sur Wizbii (Projet) réseau social pour étudiants
- Une dropbox pour l'échange et l'archivage des fichiers importants.

Voila ce qui s'appelle de la véritable participation, impulsée par ceux-là mêmes qui sont concernés, qui interrogent de fond en comble toute une formation.

 

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire