Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

L’identité du musée à l’époque 2.0

Créé le dimanche 22 janvier 2012  |  Mise à jour le samedi 23 mars 2013

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L’identité du musée à l’époque 2.0 Le musée Guggenheim de New York

Quand Internet s’est démocratisé, la plupart des entreprises ont créé une page Web, ne serait-ce que pour faire un peu de marketing. Les musées ont aussi suivi la tendance pour promouvoir leurs expositions présentes et à venir. Or, Internet a muté depuis cette époque : la période des « vitrines promotionnelles » est révolue. À l’ère du Web 2.0, il faut être un acteur sur la Toile, entrer dans la grande conversation et inclure les internautes.

Alors, quelle est l’identité du musée dans le Web 2.0 ? Une entreprise culturelle ou une personne ? Un des webmestres du musée Guggenheim à New York a écrit un long texte, paru en français sur le blogue de la culture et du numérique du Ministère de la culture et de la communication, dans lequel il détaille sa conception du rôle des musées sur Internet.

Le musée, une personne?


Pour Sean Redmond, qui aborde longuement tous les aspects des réseaux sociaux dans son texte, les musées sont en partie des personnes sur la Toile. Comme les autres utilisateurs d'Internet, ils travaillent à développer un vaste réseau d'abonnés et à communiquer avec leurs visiteurs, que ceux-ci visitent les expositions réelles ou virtuelles. Le personnel de l'interface numérique du musée accomplit donc des tâches similaires à celles de leurs collègues dans l'établissement. Ces webmestres doivent promouvoir les expositions du musée et donner de l’information supplémentaire aux visiteurs.

Par exemple, certains musées ont partagé leur portfolio ou créé des expositions virtuelles en complément de celles qui se déroulent en leurs murs. Le musée Guggenheim, où travaille Redmond, offre par ailleurs la copie numérique des catalogues d'expositions passées, ouvrages épuisés et de grande valeur. Une liste comprenant plus d’une soixantaine d’ouvrages tous consultables gratuitement par les internautes autant sur leur ordinateur que sur leur iPad ou iPod est disponible.

Toutes ces initiatives sont excellentes, pour Sean Redmond, mais il souhaiterait voir l’identité virtuelle des musées aller au-delà des applications pour tablettes numériques ou téléphones intelligents.

Tâter le pouls des visiteurs


Si les musées offrent du contenu aux visiteurs, il serait maintenant intéressant pour eux d’écouter et d’analyser les avis et choix de ces derniers. Déjà, quelques musées, surtout dans le monde anglo-saxon, proposent aux membres des sections dans lesquelles ils peuvent choisir des œuvres pour réservation, par exemple. Dans le cas du Walters Art Museum de Baltimore, il est possible de voir les œuvres sélectionnées par la communauté. Mais si elle s'arrête là, cette initiative n'est qu'une manifestation supplémentaire du partage si populaire sur les médias sociaux. Sean Redmond a analysé cette partie du site et les œuvres les plus « connectées », celles qui reviennent le plus souvent dans les choix des utilisateurs. Des données qui dressent un portrait des intérêts artistiques des membres et des influences qu'ils subissent.

Un musée est allé plus loin dans ce sens. Le musée de Brooklyn, qui s'est déjà fait connaître par ses initiatives visant à connecter les internautes à la vie-même du musée, a conçu une exposition de peintures indiennes en 2011, intitulée « Split/Second ». La sélection finale des oeuvres à intégrer à l'exposition a été réalisée avec l'aide des internautes. Or, cette expérience n’a pas servi qu’à identifier les tableaux les plus populaires. Ceci, parce que l’expérimentation du musée de Brooklyn n’était pas la même pour tous. Si tous les visiteurs voyaient les toiles, certains n’avaient droit qu’à une courte étiquette (une légende), quand d’autres pouvaient accéder à une description détaillée fournie par les cnservateurs. Résultats : le public appréciait davantage les œuvres lorsqu’il avait l’information complète. Près de 5000 personnes ont participé à cette entreprise de "curation", pour un total de 176 984 évaluations, un succès qui s’explique par laconviction des visiteurs d’influencer l’exposition à venir.

Voilà ce dont rêve Sean Redmond : se servir du Web pour comprendre les centres d’intérêt des usagers des musées et leur permettre de participer à leurs activités. Son propre employeur a été dans ce sens dernièrement. En effet, exceptionnellement, les visiteurs ont pu prendre des photos au musée Guggenheim et les partager ensuite sur la toile. Un compte Flickr a été créé pour l'occasion, mais c’est sur Foursquare que les visiteurs ont déposé la majorité de leurs clichés. Conséquemment, S. Redmond estime que les prochaines activités Internet du musée s'appuieront aussi sur le site de géolocalisation. Un geste considéré par certains comme scandaleux (photographier dans un musée) devient alors une carte de visite et une étude sur ce qui touche le public. Il est d’ailleurs amusant de voir que quelques œuvres reviennent systématiquement, mais sous différents angles, dans les 500 clichés déposés sur Flickr et Foursquare.

Les musées ne se comportent pas encore complètement comme des personnes sur Internet. Le partage de contenus et l'annonce d'événements constituent encore l'essentiel de l'activité. Pour atteindre le statut véritable de « personne », les musées devront engager la conversation avec les internautes, ce qui leur permettra de mieux cerner leurs goûts, leurs attentes, et de mieux les impliquer dans la présentation des oeuvres.

« Guggenheim NY : En ligne, un musée peut-il être une personne ? », Sean Redmond, C/Blog Le blog de la culture et du numérique, 16 janvier 2012.

Photo : musée Guggenheim de New York. Matt Kieffer, Flickr, licence CC BY-SA 2.0

Capture d'écran de la page d'accueil du site du Brooklyn Museum.

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