Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Air, Terre, Mer : des simulateurs d'entraînement de très haut niveau

Créé le lundi 4 juin 2012  |  Mise à jour le mercredi 11 juillet 2012

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Air, Terre, Mer : des simulateurs d'entraînement de très haut niveau

Internet, né de la guerre froide

Partout dans le monde, les armées nationales sont au premier rang des concepteurs et utilisateurs de technologies numériques. L'armée américaine fut à l'origine du financement des premières recherches sur ce qui allait devenir le réseau Internet. Sur le site de l'agence québécoise Science-Presse, on lit que dans les années 60, en pleine guerre froide, il s'agissait de 

"mettre sur pied un système de communication pouvant résister à une guerre nucléaire. Le système devait rendre possible la communication électronique entre les militaires, d'une base à l'autre, d'une ville à l'autre dans l'éventualité où ils seraient privés des moyens de communication habituels. Ce réseau de communication devait être à l'épreuve d'une attaque nucléaire, être utilisable de partout mais aussi être indépendant de tous postes de contrôle pour éviter de devenir une cible pour les missiles ennemis. Comment y parvenir ? Durant de nombreuses années, les ingénieurs de RAND ont travaillé sur ce concept génial dans le plus grand secret de leurs laboratoires.

La principale particularité du réseau électronique est l'absence d'une autorité centrale ou de poste hiérarchique (encore inexistante de nos jours). Constitué de fragments ou de noeuds indépendants, le réseau est donc, accessible de partout. Ainsi, advenant qu'une ville soit complètement rayée de la carte, la communication ne serait pas interrompue étant donné que chaque noeud du réseau est indépendant et en mesure de fonctionner en tout temps".

Le fameux réseau ARPANET, l'ancêtre d'Internet, fut finalement créé dans des universités, sur financements de la défense américaine. Les militaires exploitent parmi les premiers les bénéficies de ce réseau décentralisé. Malgré l'intérêt de plus en plus marqué des civils pour cette invention, ce n'est qu'en 1983 que les militaires se doteront de leur réseau spécifique, laissant Arpanet vivre la vie qu'on lui connaît.

 

Les simulateurs pour limiter les frais, ménager le matériel et augmenter la sécurité

Il est un autre domaine de techniques numériques dans lequel les armées investissent des moyens importants : les simulateurs. Le recours à des simulateurs et des simulations au cours des entraînements ne date pas d'hier : depuis fort longtemps, les militaires simulent les batailles sur des plans, déplacent des pions sur des cartes, font s'entraîner les soldats sur de faux terrains de combats. Mais le recours aux simulateurs électroniques croît rapidement, dans un contexte global de réduction des moyens accordés aux armées (à l'exception notable des Etats-Unis, qui est pourtant le pays dans lequel les forces armées ont le plus fort recours aux simulateurs) et de complexification des opérations militaires.

En France, un passionnant rapport édité en 2009 à l'occasion de la 45e session nationale du Centre des Hautes Etudes de l'Armement (CHEAr, aujourd'hui intégré à l'Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, IHEDN), téléchargeable au format .pdf, fait le point sur les diverses utilisations et spécificités des simulateurs utilisés dans l'armée française et émet de nombreuses recommandations pour en développer l'usage. En se rendant sur les sites des différentes armées (Terre, Air, Mer), on découvre également quelques-uns de ces simulateurs.

L'armée de Terre utilise notamment les logiciels Janus et Scipio. Scipio est dédié aux postes de commandement. Janus pour sa part est un simulateur de combat interarmes, dans des environnements variés. On notera en particulier la présence dun environnement urbain. Ces simulateurs modélisent non seulement les environnements et les armes, mais aussi les comportements humains... C'est évidemment le plus gros défi auquel ils soient confrontés. 

A l'Ecole Navale, les élèves officiers de marine s'entraîne au commandement d'un navire de guerre dans un simulateur de navigation ultra-sophistiqué. les élèves prennent place dans un poste de commandement fidèlement reproduit à l'échelle 1, et l'image de la mer occupe tout leur champ visuel. La simulation proprement dite porte sur le découpage de la côte (les amers des côtes bretonnes et avoisinantes), les caractéristiques d'une dizaine de navires, et enfin les conditions météo. Une attention particulière est portée à la navigation par temps de brouillard. L'instructeur peut modifier les scénarios à sa guise, testant ainsi les capacités de base en navigation des élèves, ainsi que leur résistance au stress. 

L'armée de l'Air utilise une quarantaine de simulateurs de vol. Là encore, il s'agit d'équipements sophistiqués : "Le principal atout (des simulateurs de vol) réside dans le fait qu'ils sont la réplique exacte du cockpit d'un aéronef (avion de chasse, de transport ou hélicoptère) montée sur vérin ou fixe. Ils reproduisent les sons et les mouvements de l'appareil au sol et en vol permettant au pilote de ressentir les sensations d'accélération, les vibrations, les inclinaisons en virage... La restitution visuelle à haute définition est un autre atout. Quant à la palette de scénarios complexes, elle programme des entraînements spécifiques et individuels. Le simulateur contribue également à renforcer la sécurité des vols, car les pilotes expérimentent en cabine les procédures d'urgence qu'il serait périlleux de tenter en vol", lit-on sur le site de l'Armée de l'Air. Une polémique avait éclaté au moment de la mise en place des centres d'entraînement sur Rafale, l'avion de chasse français. Mais les auteurs du rapport cité plus haut ont fait le calcul : l'heure de formation sur simulateur est infiniment moins onéreuse que l'heure d'entraînement sur matériel réel, sans même parler de l'avantage du simulateur en termes de sécurité !  

Bien qu'elle figure très loin derrière l'armée américaine, première utilisatrice mondiale de simulateurs, l'armée française est la deuxième dans ce palmarès. Le Canada s'y met à son tour, et on lira dans le bulletin d'information de la Défense nationale et des Forces canadiennes que la Force aérienne s'est récemment dotée d'un simulateur de tir aux armes légères. 

Les forces armées confirment donc leur intérêt pour les technologies numériques, non seulement pour l'amélioration des opérations militaires, mais aussi pour l'entraînement de leurs soldats. N'oublions pas que nombre d'applications militaires finissent par être  transposées au monde civil. Internet en est l'exemple le plus emblématique. Déjà, la différence entre les jeux de guerre et les simulateurs professionnels d'entraînement se réduit... et peut-être un jour apprendra t-on à manier les commandes d'un gros vaisseau avec un ersatz du simulateur utilisé à l'Ecole navale !

 A voir et à lire :

La division Simulation recherche opérationnelle, Centre de Doctrine d'Emploi des Forces, Armée de terre, Ministère de la défense.

Janus France, description. Même site.

Simulateur de navigation, Ecole Navale.

Simulateurs, Armée de l'Air.

Avenir de la simulation pour l'entraînement des forces : quels bénéfices pour le fonctionnement et quelles imites ? CHEAr 2009 (.pdf)

Un simulateur de tir dernier cri. La feuille d'érable, Défense nationale et Forces canadiennes.

Illustrations :

Haut : vue du simulateur de navigation, site de l'Ecole Navale (capture d'écran)

Bas : vue d'un simulateur de vol, site de l'Armée de l'Air (capture d'écran) 

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