Par Om El Khir Missaoui  | ok.missaoui@cursus.edu

Comment construire une communauté d'apprentissage

Créé le mardi 10 juillet 2012  |  Mise à jour le mercredi 26 septembre 2012

Comment construire une communauté d'apprentissage

Etudier seul ou en groupe, faire preuve d'autonomie ou bénéficier d'un accompagnement, alterner les formes d'apprentissages, autant de modes de fonctionnement qui sont conditionnés par les objectifs et les finalités de l'apprentissage mais qui conditionnent eux-mêmes les choix pédagigiques et techniques de formation. Mais dans un environnement social marqué par la prédominance de l'interaction favorisée par les outils technologiques participatifs, peut-on assurer que les apprenants se constituent plus facilement en communautés et que le travail collectif, collaboratif ou participatif trouve les conditions favorables à son développement ?

Du groupe à la communauté

Dans un billet de blogue intitulé Comment passer du groupe à la communauté ?, Isabelle Quentin, consultante en freelance,  analyse les modèles permettant de repérer l’émergence d’une communauté à partir d’un groupe. Dans ce cas spécifique, il s'agit d'un groupe d'enseignants. 

Entre la formation de l'identité du groupe et l'établissement des normes d'interaction, le discernement et la négociation des différences, la conjugaison de la responsabilité collective avec le développement des maitrises individuelles, le sens communautaire émerge progressivement mais n'est pas nécessairement totalement confirmé car un corps de métier ou autre obéit à des mécanismes autrement plus complexes. Former une communauté nécessite de s’investir dans un travail intellectuel mais aussi social. Ce travail social demande d’acquérir de nouvelles formes de leadership plus distribuées et moins formelles et de pouvoir s’exprimer sans crainte de la honte ou de la censure. Et l'auteure de préciser que les facteurs à développer pour créer une communauté à partir d’un groupe d’enseignants en contexte sont les suivants:

  • La construction d’identités individuelle et collective par les membres du groupe

  • La sélection spontanée des membres en fonction de leur volonté d’adhérer au projet de la communauté

  • Une longévité suffisante pour laisser le temps aux membres de s’acculturer aux règles et aux valeurs de la communauté

  • La forte implication des membres autour du projet de la communauté

  • La mise en place d’échanges réciproques entre les membres

  • Le partage explicite des pratiques professionnelles

  • La participation périphérique doit être encouragée et considérée comme légitime

  • La mise en œuvre de modalités de gestion des connaissances

 

Des outils et des pratiques


Quand la technologie s'en mêle, souvent et en toute sincérité, on croit que l'utilisation d'outils participatifs induira "naturellement" la participation des utilisateurs, apprenants de formation initiale ou continue. Mais rien ne sert de s'outiller à outrance si derrière l'effort d'équipement, il n'y a pas de formation sur mesure ou d'engagement moral et institutionnel autour de projets intégrateurs. Et c'est une expérience qui se construit sur la durée, avec des procédures réfléchies, appliquées avec l'adhésion du groupe qui en bénéficie. C'est à ce prix que l'on peut parler de communauté d'apprentissage.

Une expérience rapportée dans un article très justement intitulé : La pédagogie de « l’obstinage » dans une classe ultratechnologique montre que les techniques d'animation d'un groupe autour de projets et de pratiques restent toujours décisives, que l'on use de technologies de pointe ou non. Reste toutefois que l'ampleur et la qualité des résultats sont décuplées par l'apport des outils utilisés.

Une trentaine de jeunes de première secondaire de l’école Dalbé-Viau, à Lachine (Québec) forment donc une classe techno bénéficiant de six tableaux blancs interactifs pour le groupe, un ordinateur portable par élève et du mobilier adapté. Les responsables disent  privilégier une approche interactive et collaborative. « J’appelle ça la pédagogie de l’obstination, explique M. Durocher. Les élèves négocient et construisent ensemble, ils doivent pousser leur raisonnement et convaincre les autres, se justifier constamment. En face d’une tâche, ils doivent en arriver à un consensus. » Le rôle de l’enseignant dans cette approche est de susciter les conflits cognitifs pour éviter qu’un leader décide de tout et que les autres n’osent exprimer leur désaccord. Un projet intégrateur (réalisation d’une émission de radio) et plusieurs projets interdisciplinaires marquent l’année de ces élèves.

Afin que la technologie soit utilisée et maitrisée à bon escient, il faut prendre le temps de s'en imprégner : deux cours d’informatique par cycle de neuf jours, sont donnés le matin à 7 h 30. On a bien sûr un retour sur investissement car les notions techniques serviront à réaliser les prochaines activités proposées par les  enseignants. L’admission au programme n’est pas basée sur les connaissances, mais bien sur l’aptitude au travail d’équipe et la motivation.

On n'insistera donc jamais assez sur l'accompagnement adapté de tout projet de groupe et ce par la formation, le suivi, les activités d'apprentissages motivantes et assurant l'équilibre entre l'individuel et le collectif pour arriver à tisser progressivement une communauté d'apprentissage, quel que soit le statut professionnel et social des membres.

 

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Commentaires

1 commentaire

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  • bourganel jean
  • 7 septembre 2014 à 09 h 09

Pédagogie interactive

J'aime bien ce terme de "pédagogie de l'obstination". Philippe Meirieu parle dans son ouvrage "le plaisir d'apprendre" 2014, nous parle lui de la "pédagogie du chef d'oeuvre".

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