Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Bon marché, la formation en ligne ? Pas vraiment.

Créé le dimanche 13 janvier 2013  |  Mise à jour le mercredi 13 février 2013

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Bon marché, la formation en ligne ? Pas vraiment.

En ces temps où les finances publiques sont chancelantes, tous les états cherchent à sabrer dans leurs dépenses. Conséquemment, il suffit que quelque chose ait l'air bon marché pour que tous s'y ruent sans réfléchir. Prenons les déclarations récentes du nouveau ministre français de l'Éducation, Vincent Peillon. Le 17 septembre dernier, il affirmait sur les ondes de BFM TV que la mise en place de l'enseignement en ligne se traduirait par des économies dans un avenir proche.

Une affirmation qui n'a pas manqué de faire bondir certains, comme Michel Guillou. Il serait facile de conclure que le cyberapprentissage coûte moins cher : moins de manuels à imprimer, moins d'espace nécessaire dans les universités, etc. Or, le ministre devrait peut-être s'informer sur la réalité des coûts du e-learning.

Pas une solution bon marché

 

L'e-learning n'est pas une solution bon marché. Au contraire. Comme le montre ce diaporama, produit en 2010 par une entreprise américaine de production de cours en ligne, une heure d'e-learning de base (de simples pages Web avec du contenu, par exemple) coûte environ 10 000 $ (49 heures de travail en moyenne, selon les 249 entreprises qui ont répondu à l'enquête). Pour l'ajout de multimédia et d'interactivité dans les pages et les exercices, le coût monte à 19 000 $ (79 heures de travail). Et si l'on rajoute de la simulation, du jeu ou des mécanismes de jeu, la note s'élève à 50 000 $ (125 heures de travail). Bien entendu, il s'agit d'un investissement : l'heure de formation en ligne ainsi créée servira à des milliers d'étudiants (à condition qu'un nombre suffisant soit inscrit...) pendant plusieurs années, les mises à jour étant beaucoup moins gourmande en termes financiers. Mais il faut avior une très belle trésorerie et/ou de fortes capacités d'emprunt pour se lancer dans une telle aventure. 

Oui, le cyberapprentissage engendre de nombreuses dépenses. Il exige une production importante de nouveau matériel pédagogique et d'évaluation et sa mise en place n'est pas sans frais non plus (équipement informatique, licences de logiciels, connexions Internet, etc.). Ce n'est pas tout. La mise en ligne de la formation passe aussi par la formation de tuteurs et d'enseignants qui doivent évidemment modifier leur pédagogie, et seront souvent contraints de travailler (et donc, d'être rémunérés) hors des heures de classe, pour répondre aux exigences de flexibilité qu'implique la formation en ligne. Or, de telles formations ne se font pas à coût nul pour les organismes de formation.

Au début des années 2000, une ancienne professeure américaine d'économie écrivait un article  sur les coûts du e-learning. Si en une décennie bien des choses ont changé, cet article rappelle le principal problème dans le financement du e-learning : Le prix réel du e-learning s'évalue non seulement à partir des coûts de sa production, maus aussi et surtut à partir des bénéfices qu'il génère, en termes d'apprentissage. Car si l'on conçoit un module en ligne ennuyeux comme la pluie, même à un bas coût, ce sera de l'argent gaspillé puisque les apprenants ne retiendront rien. Il faut donc s'assurer que la solution choisie aura des impacts positifs sur l'apprentissage des apprenants.

Évidemment, un tel constat pourrait faire reculer n'importe quel gouvernement songeant à introduire du e-learning dans son système scolaire. Ce n'est pas le but. Mais les instances publiques doivent être conscientes que même en sous-traitant une grande partie du travail au secteur privé – un des arguments fréquemment utilisé lorsqu'on parle de l'économie potentielle réalisée avec le e-learning – la formation en ligne de qualité, celle qui stimule l'apprentissage, coûte cher, comme l'enseignement en présence finalement.

photo : antwerpenR via photopin cc

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