Rassemblements stimulants 

 
Les rassemblements permettent de partager des informations, de développer des contacts et de vivre des émotions, ce sont leurs fonctions principales, mais ils ont tous besoin au départ d’un élément «rassembleur», une bonne raison, pour attirer les participants.

Un plus du prétexte, rassembler des gens demande un support logistique, de l’animation, des moyens de communication et bien d’autres éléments selon le contexte et la durée.

La tâche est complexe. Les gens capables d’organiser des rassemblements sont recherchés dans tous les milieux dynamiques. Le dynamisme de ces milieux en dépend justement, aussi bien dans une école ou une université que dans une entreprise, une industrie ou une ville.

Aujourd’hui de nouveaux prétextes commandent de nouvelles formes de rassemblement, les hacketons en sont un exemple, et aussi de nouvelles façons de communiquer entre nous, ce que nos rédacteurs vous invitent à découvrir dans ce dossier.

Illustration Dr Weiss on Foter.com / CC BY

Oh, un Mooc ! 


Dans un mooc, les possibilités d’interaction et d’enrichissement mutuel sont si importantes qu’elles renversent les façons de considérer l’apprentissage. Si on reste isolé sans participer aux échanges, on pourrait tout aussi bien suivre un cours à distance traditionnel sans y voir tellement de différences.

Dans un cours on trouve toujours quelques esprits brillants et quelques personnes expérimentées, mais qui sont rarement mises à contribution. Dans un groupe de 10 000 personnes connectées, ce sont quelques centaines de ces personnes exceptionnelles qui sont alors accessibles et disponibles… d’où l’intérêt à trouver des moyens de recueillir leur apport éventuel. La probabilité élevée de susciter des vocations et de trouver des passionnés incite des organisations et des employeurs à se servir des moocs comme d’un filtre aux meilleurs candidats.

Les moocs évoluent et font partie du paysage de la formation; ce sont des millions de personnes qui en profitent.  Apprendre fait partie des activités culturelles et les moocs font entrer l’apprentissage dans l’ère planétaire.

Architecture apprenante 


Si la forme de l’école n’a guère évolué depuis la révolution industrielle, car sa fonction de transmission de la connaissance a toujours compté pour l’essentiel de son activité reconnue, cette fonction est maintenant graduellement remplacée par celle, beaucoup plus subtile, de l’apprentissage.

On ne demande plus tant aux professeurs de transmettre de la connaissance, on la trouve dans Internet, que de s’assurer que chacun des étudiants la comprenne et l'intègre. On ne se contente plus de 25 à 40 % d'analphabètes fonctionnels après 12 années d'études.

L’aménagement et l’architecture des institutions éducatives deviennent un chantier mondial : mobilier, espaces et structures sont repensées pour répondre aux nouvelles fonctions de développement et d’appropriation des connaissances.

Il n’y a plus de rareté des connaissances; il s’agit maintenant non plus autant de les transmettre que de se les approprier et de les adapter à ses besoins et à son milieu et ce dans les meilleures conditions, qui ne sont pas de rester assis, immobile, pendant des heures.

Plus grand que soi 

 
Tous nous avons apparemment le potentiel de créer de grands buts et de se coordonner pour les atteindre. S’il est relativement facile se réunir une douzaine de personnes autour d’un même projet, le défi prend d’autres proportions quand il s’agit de milliers ou de dizaines de milliers.

Simple question d’échelle, aucune école ne peut préparer concrètement à cette réalité; il faudra tôt ou tard aller sur le terrain et estimer l’importance de chaque élément appris, dans son contexte pratique. Le bon dirigeant s’occupe de ce qui se passe; il n’a pas qu’une vision linéaire mais aussi systémique et globale.

De nombreux dirigeants de grandes organisations ne sont jamais passés par des écoles de management mais ont graduellement progressé dans leur institution et ont complété leurs connaissances tout au cours de leur cheminement.  Ce qu’une organisation efficace ne manquera pas d’encourager...
 

Analogique 

 
Était-ce plus simple quand nous étions au tout analogique ? En apparence oui, mais nous ne pouvions pas faire le dixième de ce que nous accomplissons aujourd’hui. Dans un renversement de perspective, c’est plutôt le temps de réflexion qui aujourd’hui semble nous faire défaut, le tout dans une confusion étincelante. La haute résolution n’y change rien.

Nous fonctionnons par analogie : chaud, rugueux, rapide, sombre, léger, solide; nous ne parlons pas souvent en termes de lumens, newtons ou degrés et si on le fait, ce sera très approximatif. Ce que permet l’analogique est une intégration simultanée de nos sensations avec l’expérience et son contexte.

Formé au tout numérique nous mène à nous méprendre sur la nature concrète des choses aussi bien que sur notre propre potentiel dans le monde physique. Une dose de réel demeure nécessaire. La simplicité de l’analogique est son avantage essentiel.  Cette édition invite à réfléchir à la nature de l’analogique et à son utilisation dans nos pratiques pédagogiques.

Support aux enseignants 

 
Si autrefois on acceptait qu’une certaine proportion d’élèves soient largués pour de bon, aujourd’hui on n'accepte plus ce gaspillage.

L'ère du prof solitaire arrive peut-être à sa fin car la personnalisation de l'éducation, les besoins de collaboration et de coordination des interventions et des démarches rendent cette attitude moins pertinente. Sans compter l’évolution des contenus et des techniques : production média, programmation, nouvel orthografe, classe inversée...  se tenir à jour demande du support.

Les administrations ne savent pas toutes comment soutenir les profs face aux nouveaux contextes et exigences. Chaque milieu a ses particularités et il n’existe pas de recettes universelles.  Réseautage, entraide, soutien technique, pédagogique, personnel, aménagement des espaces et du temps, utilisation des équipements et des budgets… L’établissement de nouvelles règles de fonctionnement est au programme, en collaboration avec toutes les parties, afin de rendre réels de nouveaux possibles.
 

Balados partout 


Jusqu’à récemment on pouvait penser que tous ces gens qui se promènent avec des écouteurs sur les oreilles écoutaient de la musique mais maintenant, à voir leur expression concentrée, on se doute qu'ils écoutent autre chose : des balados.

Ce sont le plus souvent des enregistrements d’émissions de radio disponibles en différé, mais aussi des livres audio, des conférences, des capsules de cours, des feuilletons, des témoignages, des entrevues, des reportages, des manifestes, des enquêtes, etc. 

En éducation l'usage des balados est apprécié non seulement pour leur facilité de mise en oeuvre mais aussi et surtout parce que l’on peut en faire des séries auxquelles les étudiants peuvent s’abonner. Les enseignants peuvent les réutiliser de session en session et les améliorer. Déjà plusieurs institutions ont intégré les balados dans leurs pratiques et procédures; il ne reste qu’à en tirer tous les avantages pédagogiques.

Extraire du sens 

Au XVI ième siècle, quand l’imprimerie s’est diffusée dans presque chaque ville, un problème nouveau est apparu : que faire des milliers de livres qui s'accumulaient ? La notion d’index n’existait même pas.

Maintenant nous avons des index, mais personne n’indexe le flux continu de millions de documents, on laisse ce travail aux machines.  Le nouveau problème est que des millions de textes et de vidéos s’accumulent.  Même dans des domaines pointus, personne ne peut suivre le rythme des productions et en acquérir une vision d’ensemble.

Qui peut se taper 300 000 articles touchant la pédagogie ?  Il ne s’agit même plus de chercher, nous croulons sous la quantité; il s’agit plutôt d’extraire du sens de la masse de données déjà concentrées.  Arrive à la rescousse l’intelligence artificielle… mais le plus grand défi dans son utilisation est de lui apprendre à distinguer le vrai du faux, le fiable du louche, l’original de l’altéré…

Cette capacité d’enseigner à distinguer devient stratégique autant pour les individus que pour les machines.  C’est ce que nous vous invitons à découvrir dans cette édition.

Libre 

 
Les étudiants ressentent spontanément à quel point la liberté se distingue de l’errance. Quand ils sont libres de choisir, ils peuvent décider de ce qui convient le mieux à leur orientation. Un cours directif ne les dérangera même pas s’ils ont choisi de le suivre !

Personne ne devient véritablement responsable à moins qu’il décide par lui-même d’en prendre la charge.  En développant capacités et habiletés, on acquiert plus de possibilités de réponses et de choix. Parfois on a envie d’exercer de pouvoir : une personne capable n’aime pas que l’on décide de tout à sa place; elle s'en sentira diminuée, même si c’est par une intelligence artificielle. Évoluer au travers de ses succès et erreurs donne l’impression d’avancer, pas celle de tourner en rond ou de perdre son temps. Sans cette liberté de décision, les étudiants demeurent infantilisés. Ce n’est pas ce que nous voulons.

Libre accès, libre choix, libre de rêver, de s’exprimer, de voyager, de ne rien faire, d’entreprendre, de changer, de produire, de rester, de se défendre, d’aimer, d’étudier, d’enseigner…. Libre, on peut évoluer.


Apprendre à nager 

 
Que fait-on avec les étudiants qui ne savent pas vraiment «nager», avec les cailloux qui essaient d'apprendre à flotter dans une mer de concepts ?

Il y a bien quelques domaines où on se sent chacun personnellement un peu «caillou» mais, pour certaines personnes, ces domaines sont plutôt nombreux.  Parfois cela peut s’étendre à tout un groupe : comment amener une organisation comme une école à se transformer quand une partie de son personnel se sent déjà largué par des technologies dont il ne maîtrise pas grand chose ?

Il s’avance avec des plombs aux pieds l’individu qui a déjà peur avant même de commencer… mais comme il le faut, il se lance quand même. Quelle surprise si en débutant il constate que l’eau est peu profonde, qu'elle est plutôt agréable, qu’il peut prendre une veste pour mieux flotter et qu’il y a des nageurs expérimentés pour l’accompagner.  L’idée n'est pas de confirmer les incapacités réelles ou imaginées mais bien d’affirmer les aptitudes déjà présentes et de faire acquérir celles qui manquent.

En tant que maîtres-nageurs de la connaissance, nous prenons la responsabilité et les moyens pour faire en sorte que personne ne se noie et que chacun sache nager et naviguer, y compris dans Internet.