Vitesse 

 
Vitesse et lenteur ont chacune leurs qualités et leurs limites. Loin de s’en plaindre, nous associons naturellement la vitesse à de nombreuses qualités. La vie active et animée a tout d’un idéal et la mort lente n’intéresse personne. Mais dans le monde de la vitesse, plus on va vite, moins on a de marge d’erreur. il faut savoir doser.

Spontanément on se sert de la vitesse comme critère d’évaluation : si tous peuvent réussir en 10 minutes, voyons combien pourront en cinq, en trois, en deux, jusqu’à ce qu’une discrimination apparaisse.

Mais en ce qui concerne l’apprentissage, apprendre plus vite ne semble avoir que peu rapport avec apprendre mieux; les pratiques répétitives prennent du temps mais ce sont elles qui finalement créent les réponses automatiques qui font de nous des lecteurs rapides, des techniciens compétents, des artistes doués.  Acquérir du vocabulaire demande le temps d"en situer le sens, de le comprendre, de l’accorder… on n’y coupe pas.  Apprendre une langue prend le temps de vivre... de préférence intensément.

Illustration : Barbol - ShutterStock

Mieux apprendre en ligne 


Qui prendrait le temps de nous montrer un savoir-faire ponctuel au moment et au lieu où nous en avons besoin ?  Comment apprendre quelque chose de nécessaire comme la contraception ou de personnel comme un art, sans risquer la désapprobation ou la censure de son entourage ?

Des professeurs qui se débattent pour satisfaire les intérêts et les besoins de toute une classe aimeraient bien profiter de l’abondance des ressources en ligne, mais ils n’ont pas le temps de les sélectionner ou de les produire, de se familiariser avec et de les intégrer dans une démarche cohérente. Elles sont là et restent là, la plupart inutilisées. On peut faire mieux, assurément.

Mieux apprendre en ligne est un chantier collectif en évolution permanente. Cette édition propose quelques pistes pour profiter de l’abondance offerte.

Illustration : echo3005 - ShutterStock

Moyen-Âge, ce qu'il en reste 


Le «moyen» dans «Moyen-Âge» fait référence à la période «entre» deux âges, soit entre la fin de l’Empire romain et la Renaissance.

Au Moyen-Âge, les mathématiques commençaient à être enseignées avec des chiffres arabes, ce qui en facilitait la compréhension. Ajoutez-y l’établissement systématique des écoles (Charlemagne, an 789), la création des premières universités au XII ième siècle, la diffusion de l’approche logique des phénomènes d’Aristote au XIII ième et vous aurez placé les assises de la révolution scientifique. Gutenberg vers 1450, signera presque la fin du Moyen-Âge avec l’imprimerie, qui industrialisera littéralement la diffusion de la connaissance.

L’éducation n’est qu’un exemple parmi d’autres : architecture, musique, administration, ingénierie, etc., connaissent tous des développements fondamentaux durant cette ère.  La marche de la civilisation progresse sans cesse et plus elle a du succès, plus les superstitions reculent, non sans résister. Au Moyen-Âge, nous sommes partis à la découverte de l’univers et de notre propre nature.  Le Moyen-Âge effervescent nous inspire encore.

Enseigner avec Internet 


Pour bien des chercheurs universitaires, l’enseignement est une activité parfois stimulante, parfois corvée.  Si on leur demande «Quelle utilisation faites-vous des technologies dans l’enseignement ?»  On rencontre le plus souvent une grande perplexité…  la question est en dehors de leurs préoccupations disciplinaires.

Dans les écoles, le défi est bien différent mais les difficultés sont semblables. Un professeur, aussi bien intentionné qu’il puisse être, ne peut efficacement utiliser les technologies pour améliorer sa pratique sans un support technique et pédagogique, ni sans partage avec ses collègues. Une décision politique de son institution est à la base de l’action. Il ne s’agit pas que d’acheter des appareils et de produire des ressources en ligne.

Même si les technologies sont omniprésentes dans nos vies, leur intégration en éducation n’est pas innée ni spontanée. Si on veut réellement tirer bénéfice des merveilles du web, toutes les parties doivent le décider et s’y commettre.

Illustration : CandyBox Images - ShutterStock

Bons cours 

 
Un bon cours transforme celui qui le suit. Au delà des aspects techniques, les éléments d'un cours apprécié accueillent la volonté d’apprendre de ceux qui le suivent. Nous fait-on confiance ? Son accessibilité ouvre la porte à toutes ses autres qualités.

On communique et on apprend par tous nos sens; plus ils sont mobilisés, plus on intègre de données. On s’attarde beaucoup à la forme, au scénario pédagogique et aux contenus des cours, mais il appert que le succès d’un cours auprès des étudiants tient également à des aspects comme sa facilité d’accès technologique ou son découpage temporel.  Un cours se donne dans un environnement personnel et social et le bon cours se donne dans un bon environnement pour celui qui le suit.

Notre environnement change, les bons cours aussi.

Illustration : Aleutie - ShutterStock

Apprentissage du pouvoir 

Le pouvoir dépend de quelques éléments simples : de la force, évidemment mais surtout d’un point d’appui et d’un peu d’intelligence, question d’orienter la force correctement. Les leviers les plus solides du monde ne valent que par ce sur quoi ils s’appuient.

Dans le contexte éducatif, le pouvoir d’un professeur s’appuie sur la solidité de son institution, de celle de ses connaissances, sur l’appui de son administration et de ses pairs et aussi sur le respect qu’il inspire à ses étudiants.

Fournir les bases et l’appui, montrer comment orienter la force avec rationalité et sensibilité, former des êtres capables; l’apprentissage du pouvoir personnel et social est peut-être la plus haute finalité de l’école. Des étudiants capables d’appliquer ce qu’ils ont appris, n’est-ce pas le mandat de toute institution éducative ?

Illustration : Ase - ShutterStock

Grands groupes 


Entre la rentabilité économique d’un grand groupe d’étudiants passifs et l’efficacité pédagogique d’un petit groupe animé, il est parfois déchirant de choisir.  D’un coté on cherche à réduire le nombre d’élèves par classe et de l’autre on les entasse à 600 dans des auditorium.

Maintenir la discipline d'une classe de 30 étudiants exige une relation exclusive avec le professeur; si le nombre d'étudiants passe sous les 20, l’exclusivité de la relation n’est plus autant nécessaire, ce qui ouvre la porte aux technologies de communication dans l’apprentissage.  Le défi des Moocs est de trouver le moyen de créer et animer des milliers de groupes à la fois, des groupes dans lesquels les individus ne se sentiront pas submergés.

Submergés sous les données accumulées, les institutions qui ont fait le saut numérique le sont.  Bienvenue dans le monde des données massives. L’algorithme du bonheur à l’école n’est pas encore trouvé, mais la recherche continue

Illustration : HelgaLin - ShutterStock

L'école savoureuse 

Plusieurs fois par jour nous mangeons. De notre alimentation dépendent en partie notre santé, notre capacité de travail, notre longévité et même notre moral.  

Cependant la préparation de la nourriture occupe de moins en moins de place dans notre quotidien et cela se reflète à l’école comme à la maison. Le préparation traditionnelle de la nourriture prend du temps et c’est précisément là où la nourriture industrielle fait mouche.

Que transmettre à l’école alors ? On semble s’orienter vers le goût de la qualité, de l’expérience sensorielle et culturelle, de la créativité esthétique, de l’importance nutritionnelle, du respect environnemental, de la convivialité…  en éducation, l’alimentation devient le prétexte rassembleur autour duquel on crée des projets et tente de transmettre des valeurs via une activité quotidienne et universelle.

Illustration : SpeedKingz - ShutterStock

Règles, normes et conventions 

Pourquoi se soumettre aux diktats de la standardisation ? Les réponses sont multiples mais leur point commun concerne la communication : les conventions sont établies pour faciliter les rapports.

Un des premiers ensembles de normes est celui des langues.  Sans les conventions langagières, on ne pourrait se comprendre aisément, encore moins aborder des choses complexes. Les normes sont comme des habitudes formalisées. 

Les bonnes conventions sont discutées et remises à jour aussi souvent que nécessaire. Questionner la pertinence d'une norme est plutôt bon signe, particulièrement en éducation où les conventions qui formalisaient les cours sont toutes en train d’être remises en question.  Faudra en discuter, on s’entend déjà sur ça.

Illustration : cvm - ShutterStock

Économie 


La première numérisation fut probablement économique. Pierres ou coquillages rares rappelaient les promesses répétées et les dettes accumulées.  Se transmettre la monnaie de l’un à l’autre était possible et elle gardait sa valeur tant que ses qualités originales étaient préservées. Pour contourner ce problème, on a adopté des monnaies métalliques qui possédaient une valeur en soi : or, argent, cuivre représentent une certaine somme de travail.

Depuis on s’est mis à tout numériser, tout y passe, même nos gênes ou notre attention. Autant dire que l’économie suscite beaucoup d’intérêt et devient un terrain de jeu qui s’apparente parfois à la jungle.

Les tentatives de civiliser l’économie ont été nombreuses mais même le meilleur système économique peut être enrayé par la malversation.  Indépendamment du système, la richesse est associée à la création et la confiance.  Favoriser et développer ces dispositions positives fait partie du rôle de l’éducation.

Illustration : chungking - ShutterStock