Prestige intellectuel 


On admire les héros qui mettent leur force et leur intelligence au service d’un idéal en apparence inatteignable. S’ils l’atteignent en dépit de tout, ils méritent dès lors leur statut.  En dessous du héros, on trouve le génie, qui met sa force et son intelligence à la poursuite d’un but dont il est souvent le seul à en saisir l’importance.

Le prestige intellectuel ne s’acquiert apparemment que par la reconnaissance de ce qui a été énoncé. Sarte, Marx, Einstein, Darwin, Turing, etc…pour chacun, sa renommée s’est corrélée à la popularité de ses idées applicables.

Nous ne sommes pas tous des génies, mais tous nous pouvons obtenir un certain prestige intellectuel dans la mesure où nos idées sont mises en oeuvre et qu’elles fonctionnent. Dans cette édition vous trouverez des exemples et des pratiques pour faire avancer les idées. Le prestige intellectuel, ça se mérite !

Illustration : Fabio Berti - ShutterStock

École ouverte 

L’école a été et demeure toujours un «espace des possibles». On peut y découvrir des réalités dont on ignorait tout avant d’y pénétrer.

Les conditions de base de l’étude ne changent pas mais l’environnement si. Alors on s’organise différemment, comme avec les communautés d’apprentissage professionnelles, avec les mondes virtuels, les laboratoires d’exploration ou avec toutes sortes d’activités connectées que vous découvrirez dans cette édition.

Les technologies ouvrent d'immenses possibilités, on s’en voudrait de ne pas en profiter, autant comme enseignant que comme étudiant. La satisfaction du travail bien fait vaut bien quelques efforts; une école intéressante aussi.

Illustration : Bruce Rolff - ShutterStock

Encyclopédisme 

Le rêve des encyclopédistes était de rendre toute la connaissance accessible et compréhensible. Exhaustivité et vulgarisation en étaient les principes fondateurs. Personne ne parlait d’objectivité; le projet lui-même était une attaque frontale contre la superstition et ceux dont le pouvoir dépendait de l’ignorance des gens.

Ce rêve est en voie de se réaliser : ce ne sont plus quelques auteurs mais bien des centaines de milliers qui contribuent sans relâche à enrichir la toile de textes, de vidéos et d’explications de toutes sortes.

Et tout professeur deviendra le meilleur guide s’il enseigne à ses élèves comment eux aussi peuvent y contribuer avec d’autres. On peut tous se frotter à la production des connaissances, on y apprend beaucoup.

Illustration : alphaspirit ShutterStock

Grands projets 

L’idée de «penser grand» ne date pas d’hier : la Grande muraille de Chine, les pyramides d’Égypte, la tour de Babel, grandiose projet avorté, ou même la tour Eiffel, il y a plus de 100 ans, ces initiatives jalonnent l’histoire de l’humanité. 

Les grands projets ont la propriété d’unir les populations et les volontés autour d’objectifs clairs. Atteindre la Lune, vision apparemment utopique, fut pourtant réalisé en une décennie.

La construction d’une grande cathédrale revêt assurément un caractère prestigieux, mais l’idée de construire une école ou une ville en collaboration avec ses habitants peut aussi mettre à profit les expertises nombreuses de la population avec pour résultat qu’elle en retire une fierté encore plus grande. Plus on contribue à l’effort, plus on s’en approprie l’honneur. Nous sommes plus nombreux que jamais sur cette terre et plus que jamais nous avons besoin de grands projets sociaux, des défis à nos capacités et à notre imagination.

Illustration : Tithi Luadthong - ShutterStock

Biographies 

Une bonne histoire peut nous inspirer autant que nous divertir. Les premiers à réussir quelque chose représentent spontanément un intérêt. Le goût de l’aventure peut se développer tout comme le talent pour partager ses histoires, mais à défaut, on peut aussi demander de l’aide, au moins pour l’écrire; tous en profiteront. Nous sommes les artistes de notre vie, les meilleurs sont surtout occupés à la vivre.  

Grace à Internet, il est plus facile que jamais de partager son histoire et de prendre connaissance de celles des autres. 

Cette édition d’été vous propose des biographies de pédagogues, de scientifiques, d’originaux; des sites de biographies, des aides pour en écrire et même une rencontre avec le créateur d’un outil pour commencer à nous mettre à l’abri des prédateurs de nos histoires personnelles que sont les Google, Facebook et autres intelligences artificielles qui s’en nourrissent.

Échec et réussite scolaire 

L’année scolaire se conclut bientôt. La fébrilité de l’attente des résultats se soldera dans la joie, les larmes ou l’indifférence.

Le diplôme peut ouvrir et fermer les portes. Il ne reconnait que certaines compétences. Heureusement l’école et les lieux d’apprentissage modernes essaient d’aller au delà de ce cadre normalisant. La formation plus personnalisée est en voie de s’imposer et remet en question la notion de réussite scolaire uniforme au delà de certaines compétences de base.

On peut être capable d’apprendre tout ce que l’on veut. La formation à distance utilisée traditionnellement comme solution de rattrapage à connu ses beaux jours.  Face à des Moocs et une offre élargie de formation, l’idée même de «rattrapage» perd son sens. À partir du moment où l’on peut aller à son rythme, il n’y a plus rien à rattraper, uniquement à réussir ce que l’on a entrepris.

On se prend à rêver à des cours de français ou de mathématiques offerts en continu, toute l’année, à la leçon, à la badge et plus jamais d’examen de vie ou de mort. Qui s’en plaindra ?

Illustration : bibiphoto / Shutterstock.com

J’aime mes étudiants et ce que j’enseigne 

Pour des passionnés de l’éducation, maintenir la flamme parait essentiel à leur bonheur, encore plus quand il s’agit de la transmettre.

Au fil des témoignages de cette édition, on comprend que l’autonomie laissée au professeur traverse les pratiques et permet cette personnalisation souhaitée par tous.

L’autonomie laissée quant au choix des approches, au rythme, à la façon d’aborder les sujets et au choix des outils, technologiques y compris, importe. Cette autonomie, que l’on essaie aussi de faire acquérir à l’étudiant, est au coeur des enjeux. Un professeur qui en a peut aussi en donner à ses étudiants. Le contraire est plus difficile.

Par dessus tout, l’amour du métier y est intimement lié.

Illustration : Zurijeta - ShutterStock

Connaissances désuètes, vraiment ? 

L’usage que l’on ne fait plus de quelque chose détermine sa désuétude, «ce qui est sorti des habitudes». Rien ne disparait totalement, y compris le latin ou le télégraphe, mais ils sont bien désuets.  On en retient les principes et les traces.

Changements rapides et technologies accaparantes fragmentent inexorablement le temps d’attention. À l’école, on retient le principe du calcul manuel, mais on se sert surtout d’une calculatrice.

Ceux qui craignent que la numérisation mette en péril la conservation des données à long terme ont sans doute raison, mais d’un autre coté cette numérisation permet une diffusion sans précédent des connaissances. Des connaissances vivantes sont la meilleure garantie de conservation : elles se transmettent.

L’éducation s’occupe de la transmission des connaissances, Internet nous y aide. On peut tout apprendre mais on a pas à apprendre tous les mêmes choses.

Illustration : Carlos Gi - ShutterStock

Connectée au monde, l'école 

 Une école isolée des tribulations de son environnement était peut-être une bonne chose à une époque de rareté mais aujourd’hui l’idée est à peu près inversée : l’école est le lieu où une jeune personne peut obtenir plus de contacts variés que partout ailleurs. L’école connectée s’impose comme une réalité.

À partir de là, pour apprendre une ou plusieurs langues étrangères, monter des projets et acquérir des compétences spécialisées qu’aucun programme n’inclura jamais dans son plan, l’évolution se fait naturellement. Badges, FabLabs, Startups, Moocs synthèses, tous les moyens sont bons pour permettre à chacun de découvrir et de développer ses talents dans des domaines qui demeuraient pratiquement inaccessibles il n’y a pas 20 ans et qui souvent n’existaient même pas il y a 10 ans.

Il restera toujours à fournir l'effort de se rendre à la prise la plus proche.

Illustration : Irina_QQQ- ShutterStock

Traîner, mais pas pour rien 

Ce n’est apparemment jamais sans raison que l’on prend son temps, certaines sont positives, d’autres moins, mais dans tous les cas ce comportement signale que quelque chose de prioritaire s’impose pour la personne qui «traîne».

Dans un monde où notre attention est constamment sollicitée, traîner devient presque un geste politique de reprise de contrôle de son temps et de sa réflexion. L’action sans vision n’est qu’agitation et la réflexion sans action ne prendra jamais de valeur. Les deux sont nécessaires.

Avec l’arrivée des robots doués pour l’action et la réflexion, il nous reste, humains, encore une chose irremplaçable, celle qui nous définit par essence : notre capacité de création. Ce que nous créons ne remplit aucune case programmée; le temps que nous y consacrons sera toujours perçu comme une perte pour l’appareil productif. Mais prendre le temps de rêver, ce n’est pas pour rien.

Illustration : Ditty_about_summer - ShutterStock