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Cohérence et rétroaction : deux éléments gagnants pour une évaluation de qualité

Pour passer du sommatif basique et qui s'apparente parfois à la roulette russe, au formatif qui motive les étudiants, voici quelques axes d'amélioration proposés par un conseiller pédagogique universitaire.

Par Alexandre Roberge , le 31 mai 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 29 février 2012

Les études supérieures exigent des apprenants qu'ils rendent fréquemment compte de leurs acquis par le biais de nombreux travaux, recherches, tests et examens. Or, une question revient régulièrement chez certains enseignants, étudiants et membres de l'administration universitaire : comment s'assurer de la pertinence des dispositifs d'évaluation au niveau supérieur ?

Le 8 septembre 2009, l'Association Internationale de Pédagogie Universitaire Suisse (AIPU Suisse) organisait une journée d'études sur le thème suivant: "Innover dans l’évaluation des apprentissages. Pourquoi et comment ?" Quelques semaines plus tard, Amaury Daele, conseiller pédagogique à l'Université de Lausanne, écrivait un compte-rendu de cette activité sur son blogue Pédagogie Universitaire. De son texte, on retiendra deux idées majeures pour une évaluation efficace : cohérence et existence de rétroaction.

Choisir le bon dispositif d'évaluation et être clair sur ses modalités de mise en oeuvre

Un des problèmes, quand on aborde l'évaluation en milieu universitaire, c'est la distorsion entre ce qui est annoncé comme potentiellement évaluable et ce qui est véritablement noté une fois que la copie est entre les mains du professeur. Par exemple, sur une question comme "Définissez le nihilisme de Nietzsche", un enseignant voudra une copie reprenant presque mot à mot de la définition du nihilisme nietzschéen telle qu'elle se trouve dans le manuel tandis qu'un autre voudra, au contraire, que l'étudiant se l'approprie et l'explique en ses termes. Des différences subjectives qui peuvent expliquer des écarts de notation importants, surtout si la consigne n'était pas suffisamment explicite.

C'est pourquoi A. Daele conseille aux enseignants de cibler les compétences et les connaissances à évaluer en développant des objectifs d'apprentissage mesurables. Le blogue Pédagogie Universitaire propose d'ailleurs un bon texte et quelques ressources externes sur le sujet.

Deuxième conseil au sujet de la cohérence : utiliser une procédure d'évaluation cohérente avec ce que l'on souhaite évaluer. Comme le souligne M. Daele, il serait ridicule de demander aux élèves de faire un exposé oral dans le cadre d'un cours sur la rédaction écrite... Il faut donc choisir un outil approprié. Authentic Assessment Toolbox, un site très complet sur le sujet, mais malheureusement en anglais seulement, souligne l'importance de ce choix et fournit des indications sur la façon de choisir un moyen d'évaluation adapté. Le billet de Pédagogie Universitaire propose, pour les francophones, des exemples de différentes grilles d'évaluation provenant de l'école Polytechnique de Montréal.

La rétroaction par le professeur... et par les pairs

Une autre composante importante de l'évaluation est la rétroaction ou, si vous préférez, le feedback sur ce que l'étudiant a effectué. Cela semble une évidence. Pourtant, certains enseignants ne comprennent toujours pas l'importance de tels retours sur les travaux réalisés, les points qui semblent acquis et ceux qui doivent être approfondis. Nombre d'entre nous, anciens étudiants, se souviennent fort probablement de notes arrivant plusieurs mois après avoir remis la copie d'examen, accompagnées de quelques commentaires succincts, au mieux.

D'ailleurs, M. Daele a participé à la rédaction d'un document sur la rétroaction pour le compte de l'UNIL (Université de Lausanne) et qui est disponible en PDF. Dans ce texte, il souligne que le feedback devrait:

  • Être accompagné, avant l'évaluation, d'une liste des exigences de l'enseignant et des critères qu'il utilisera pour évaluer la copie;
  • Délivrer une information claire pour les étudiants;
  • Soutenir leur motivation;
  • Permettre le dialogue entre apprenants et professeur;
  • Donner l'occasion aux élèves de s'auto-évaluer.

Le dernier point est intéressant puisqu'il est révélateur d'une nouvelle tendance en formation supérieure, particulièrement chez les anglo-saxons: l'auto-évaluation et évaluation par les pairs (peer and self-assessment). Par exemple, l'Université Queens de Belfast utilise ce type d'évaluation dans certains de ses cours. On citera encore le projet européen MALT (Motivating Adult Learners & Teachers) qui avance l'idée d'un apprentissage des langues par le biais d'un blogue où l'apprenant pourrait se servir des rétroactions des autres lecteurs pour auto-évaluer sa maîtrise de la langue.

On retrouve dans un autre document un bel exemple de l'aspect positif du feedback entre pairs dans l'évaluation. Dans un mémoire écrit pour l'université de Rhodes, le professeur Du Toit décrit une expérience qu'il a réalisée dans l'un de ses cours. Après avoir formé des binômes d'étudiants, il a demandé à chacun de leurs membres d'évaluer l'autre sur un devoir d'entraînement. Cela a permis aux étudiants de briser la glace et d'endosser l'habit de l'évaluateur, qui les impressionnait beaucoup. A la suite de cet exercice, les étudiants ont élaboré ensemble la grille d'évaluation des travaux qu'ils devraient réaliser ensuite, puis son aplication.

Dans leur feedback, les étudiants devaient respecter ces différents points:

  • Être spécifique dans leur évaluation.
  • Réaliser une rétroaction détaillée.
  • Mettre l'accent sur le travail et non la personne.
  • Être sensible, surtout que le travail en question était plutôt personnel.
  • Apprendre à distunguer la valeur du travail, distinguer le bon du moins bon.

Les retours des étudiants sur cette expérience d'évaluation par les pairs sont très étonnants et très positifs puisqu'en finale, l'enseignant constate qu'évaluer l'autre revient aussi à s'améliorer soi-même, être plus exigeant avec son propre travail. Beaucoup s'aperçurent de l'impact de ce qu'ils écrivaient, de ce qui manquait dans leur travail, etc. Les notes attribuées aux différents travaux furent plus élevées que celles que donnait habituellement l'enseignant lorsqu'il évaluait seul, sans que l'on puisse suspecter une quelconque complaisance de la part des étudiants - évaluateurs.

Qu'elle soit délivrée par l'enseignant ou par les pairs, la rétroaction aide l'apprenant à comprendre ses erreurs, mais valorise également ses succès. Comme le soulignera un des élèves de M. Du Toit: "Nous aurons tous à être confronté à des rétroactions, que ce soit dans le milieu du travail ou ailleurs. Aussi est-il important d'apprendre à gérer la critique maintenant."

Précision des consignes, cohérence des modalités d'évaluation avec son objet, existence de rétroactions : des éléments essentiels pour améliorer l'évaluation dans l'enseignement supérieur.

Stratégies d’évaluation dans l’enseignement supérieur, Amaury Daele, 4 novembre 2009

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