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Développement durable et bâtiment : des formations qui s’ignorent. Pour combien de temps ?

Par Christine Vaufrey B , le 12 janvier 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 02 décembre 2011

Actu-environnement a proposé au début décembre 2008 un très intéressant dossier intitulé Grenelle de l’environnement : l’enjeu de la formation des professionnels.

En ces temps de crise, il est bon de signaler les secteurs d’activité qui restent porteurs de croissance économique et de création d’emploi. Les activités associées à la protection de l’environnement et à la lutte contre le réchauffement climatique en font partie. D’ici 2020, en France, ce sont plusieurs centaines de milliers d’emploi qui peuvent être créés dans le domaine du Bâtiment – Travaux Publics (BTP), pour répondre aux nouvelles exigences de réduction de la consommation énergétique et de réduction d’impact de la construction sur l’environnement.

Mais le secteur du BTP est-il prêt à affronter ce défi, et à devenir un secteur modèle en matière de développement durable ? Rien n’est moins sûr.

Des formations initiales dévalorisées et inadaptées aux réalités du secteur

En cause, la formation de ses professionnels. Tous les témoins cités dans le dossier d’Actu-environnement insistent sur l’inadaptation des formations aux nouveaux enjeux du développement durable. Pourtant, on trouve aujourd’hui en France une pléthore de formations estampillées « développement durable » , qui attirent un nombre significatif de jeunes. Mais la plupart de ces formations sont de niveau Bac + 5 (niveau 1) et très théoriques, alors que le secteur manque de professionnels compétents aux niveaux CAP / BEP (niveau 5) et techniciens supérieurs (niveau 3). Ces niveaux de qualification, dans le secteur du BTP en particulier, souffrent d’une image négative, très caractéristique de la hiérarchisation des diplômes dans le système éducatif français. « Si l’on veut assurer le développement des éco-activités, il va falloir corriger le déficit d’image des formations courtes et professionnalisantes, et dispenser des formations pragmatiques aux ingénieurs », affirme par exemple David Ascher, directeur de la publication du site Emploi-Environnement.com.

Pour répondre aux besoins actuels et futurs, on estime qu’il faudrait former plus de 215000 jeunes en formation initiale et continue d’ici 2020, et plus de 10000 enseignants. Il s’agit moins de créer de nouveaux diplômes que de faire évoluer les métiers traditionnels vers de nouvelles techniques : « Le Développement durable doit être enseigné comme la règle. Il ne faut pas de formation aux « mauvaises techniques » et des formations aux techniques de demain », souligne un spécialiste de l’ADEME (Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

Si les formations s’adaptent, elles verront croître leurs effectifs : les Français semblent attirés par les métiers relevant du développement durable et des économies d’énergie, comme en témoigne une étude récemment menée par l’AFPA (Association de formation professionnelle des adultes, organisme public).

Développement durable et bâtiment, deux secteurs de formation qui s’ignorent

Formations initiales et continues doivent donc évoluer pour s’adapter aux nouvelles exigences du secteur. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre sur les sites Internet proposant des répertoires de métiers liés à l’environnement, et des descriptifs des différents métiers du bâtiment : on constatera que métiers de l’environnement et métiers du BTP s’ignorent, alors que dans la pratique, les deux domaines sont de plus en plus liés. Dans l'espace de la formation continue, la donne est différente : on ne compte plus les formations complémentaires permettant aux professionnels du bâtiment d’acquérir quelques compétences liées à l’efficacité énergétique, la construction durable ou les énergies renouvelables. Mais il s’agit le plus souvent de formations très courtes (quelques jours), qui ne peuvent aboutir à une réelle maîtrise du domaine considéré.

Le web, pour faire bouger les représentations et donner envie

Quant à l’offre de formation à distance, elle est très peu représentée dans ces répertoires et annuaires, à la fois probablement par manque de prestataires et par élimination des produits qui ne débouchent pas sur un titre ou une certification. Pourtant, les simulations, banques d’information, produits d’autoformation… s’avèrent essentiels pour faire connaître les enjeux du développement durable liés au bâtiment et à l’urbanisme et, partant, attirer des jeunes vers ces métiers. Le jeu Clim’City que nous vous présentons dans un autre article, en est un excellent exemple.

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