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Dur métier que celui d’apprendre à distance***

Par Martine Jaudeau , le 09 décembre 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Maurice Yerlès a déjà collaboré à Thot voici quelque temps avec un article sur l’individualisation dans l’environnement des TIC : Technologies de l’information et de la communication ou de l’individualisation et de la solitude?

"Il m’a valu quelques contacts et beaucoup d’échanges intéressants. Ce qui continue à m’intéresser, c’est de situer l’humain au coeur de la réflexion sur la formation à distance... Ce qui me paraît du bon ordre dans la démarche de transformation que constitue le passage à la distance, c’est de commencer par anticiper l’évolution des métiers que celà implique, y compris pour le "métier d’apprenant"."

Il partage à nouveau ses réflexions de praticien des technologies éducatives sur le terrain et nous l’en remercions vivement. Sa contribution, "appuyée sur notre expérience d’acteurs dans le monde du travail avec les technologies numériques et de la formation à distance", met l’accent sur la nécessité d’impliquer tous les acteurs, l’apprenant aussi, dans la genèse d’un projet FOAD, et le fait que la communication est "le savoir essentiel qui leur permet, à tous, d’aboutir."

Dur métier que celui d’apprendre à distance.

Les réflexions et échanges qui sont nés des premiers retours d’expérience dans le champ de la formation / accompagnement à distance mettent l’accent sur l’évolution des métiers des acteurs concernés. Responsables de formation, formateurs, ingénieurs pédagogiques doivent intégrer quantité de nouveaux paramètres dans leurs actions et envisager de nouvelles fonctions. Dans les colonnes de Thot, un grand nombre d’interrogations ont été développées sur ce sujet, et notamment dans le cadre des éditoriaux.

Dans les grandes organisations, l’existence d’ordinateurs et de réseaux, leur appropriation par le plus grand nombre font naître des projets d’utilisation de ces outils pour faire évoluer les compétences de leurs ressources humaines. Soit pour acquérir les nouvelles connaissances, soit pour permettre le partage interne des savoirs et en organiser la capitalisation.

Dans les structures d’enseignement ou de formation, l’évolution est en cours, motivée par des considérations de positionnement dans un champ de concurrence, ou d’efficacité pédagogique, ou de rentabilité financière, ou les trois à la fois.

De tels projets ne peuvent se réaliser et réussir sans la participation active de ceux qui sont les cibles des processus. Et cette évidence met en lumière la nécessité d’attitudes et de compétences nouvelles, aussi, de la part de l’apprenant. Parce que cette évolution est motivée par un centrage sur lui, à qui l’on va de plus en plus demander d’être acteur et responsable.

Car la formation à distance, individuelle et coopérative, ne doit pas naître du seul développement des technologies de communication, mais correspondre aux besoins de l’entreprise, tout autant qu’à ceux de la société, aux besoins de l’individu dans l’entreprise, tout autant qu’à ceux de l’individu dans la société. Parce que les entreprises et les organisations ne garantissent plus à chacun sa carrière et la réalisation de son projet professionnel, elles nous renvoient à la nécessité de la mobilité, interne et externe. A la nécessité de "passer plus de temps à apprendre sa vie qu’à la gagner" ( Marshall MCLuhan, Pour Comprendre les Médias ).

Etre apprenant dans la société d’aujourd’hui, c’est donc notamment devenir son propre formateur, savoir capitaliser et lier ses connaissances pour progresser en autonomie dans son parcours professionnel, savoir communiquer, et s’informer, s’organiser et décider dans un environnement où l’information circule en temps synchrone ou asynchrone à la vitesse de la lumière et où tout (trop ?) est possible.

Mais les individus sont inégaux devant cet apprentissage. La nature et l’importance de l’accompagnement ont donc un caractère premier et individuel, et exigent des formateurs qu’ils agissent en médiateurs, plus qu’en expliciteurs de la connaissance. Dur métier, donc, à la fois pour les apprenants, et pour les formateurs.

Et c’est sans doute un chantier difficile que d’impliquer les formateurs dans le processus, pour qu’ils décident de changer leur regard sur les contenus, qu’ils mettent en toile de fond leurs propres connaissances et la préoccupation de les dire, qu’ils agissent en facilitateur de l’acquisition de savoirs qui ne leur appartiennent plus.

Alors, dur métier aussi pour le décideur ?

En fin de compte, décideurs, formateurs et apprenants se retrouvent avec un objectif et une exigence communs : que l’apprentissage fonctionne simultanément au niveau du contenu et au niveau du processus, qu’il s’agisse d’échanges humains ou d’usage des outils informatiques.

Est-ce que le savoir communiquer ne reste pas la compétence essentielle (nouvelle ?) qui réunira ainsi, aux deux bouts de l’échelle, le décideur et l’apprenant ? Un projet de formation à distance ne serait-il pas le bon prétexte pour reconsidérer, dans ce domaine, nos pratiques ?

Maurice Yerlès, concepteur et réalisateur de parcours de formation de formateurs à l’utilisation pédagogique des « tic », sous forme de transfert de compétences, a travaillé dans le champ de l’ingénierie pédagogique et de la formation à distance avec Thierry Merle à TMC , société rennoise qui concilie les démarches stratégiques d’entreprise, le marketing des produits et services et l’usage des nouvelles technologies.

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