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L'éducation ne se pirate pas, elle se partage

Par Alexandre Roberge , le 12 juillet 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 20 juillet 2009

Pirater de l'éducation ? L'idée semble saugrenue. Il faut aussi dire qu'elle est plus vague que l'idée du piratage en général. On se fait facilement l'image de quelqu'un qui pirate le câble télévisuel de son voisin, de cette adolescente téléchargeant des mp3 de ses groupes favoris ou de son frère qui télécharge des films et séries télévisées sur l'Internet. Alors que le piratage de l'éducation... Ça semble plutôt vague et incompréhensible. Après tout, qui voudrait télécharger illégalement un livre de mathématiques ?

Faire circuler la connaissance

En fait, le piratage de l'éducation sur la Toile ne se déroule pas comme le piratage ci-dessus, illégal. Le piratage se fait de manière moins illicite mais avec l'idée que l'information se propage sans tomber sous le joug d'un quelconque intérêt privé qui voudrait faire payer cette information. Ce sont un peu les "rebelles" d'une guerre de l'éducation, ceux qui se servent des réseaux sociaux, des blogues et d'autres sites pour partager des informations aussi diverses que la biologie moléculaire ou le tango. Le but ? Que tous puissent apprendre sans débourser un rond, en espérant qu'à leur tour, ils partagent ces nouvelles connaissances à d'autres et ainsi de suite...

Ainsi, sur le site de l'Office national du film canadien, dans une section appelée "Parole citoyenne", on trouve trois baladodiffusions (podcastings) abordant ce sujet "Hacker l'éducation". Dans le premier fichier audio intitulé "Le Prof", on parle justement des possibilités Internet où l'on peut retrouver et partager de l'information entre citoyens, sans l'intermédiaire d'un professeur. Évidemment, on est réaliste dans la vision (après tout, Internet est aussi le territoire de la désinformation par moment, lorsqu'on ne sait pas bien s'y repérer), mais il y a sur la Toile tant d'outils pour partager l'information, la pirater. Dans le deuxième fichier audio, "La classe", on aborde le récit d'une journaliste qui grâce aux sites de microblogging et l'Internet a pu se renseigner sur divers sujets et informer des gens. Dans le dernier fichier intitulé "La gang", on aborde la force des liens créés dans les réseaux comme Facebook, de la force de ces réseaux dans le partage d'informations et le sentiment d'appartenance à une communauté. 

Ces trois baladodiffusions ont été créées par E-180, un blogue basé à Montréal et qui s'intéresse à l'éducation consensuelle et aux médias sociaux (beaucoup d'article en anglais, cependant). Le blogue veut devenir un lieu où des gens pourront rencontrer des mentors et en apprendre sur différents sujets. Le tout, entièrement gratuitement. Les dirigeants du site espèrent pouvoir lancer une version bêta de leur site de "rencontres" dès septembre prochain.

L'éducation partagée

Il faut le dire, cette mouvance du partage du savoir sur la Toile ne fait que grandir. Déjà, les licences Creative Commons étaient un premier pas dans le partage du savoir, permettant de réguler mais à la fois de permettre la diffusion d'oeuvres et d'informations sur Internet. Maintenant, les exemples pleuvent d'informations et formations accessibles gratuitement sur le Net. On pourrait penser à Wikipédia, forcément, ou à BigThink (toujours indisponible en français) où des experts répondent à des sujets variés, un YouTube de partage de savoir si l'on veut

Les réseaux comme Facebook, Twitter, Hi5 ou les sites de blogues divers pourraient-ils mettre en péril l'éducation institutionnelle ? Une question à laquelle il est difficile de répondre. À défaut de répondre "oui", ce qui serait un constat plutôt pessimiste et peu fondé, nous nous permettrons de dire que cette éducation devra faire face à un autre réseau en croissance: celui de l'éducation partagée et consensuelle dont la popularité grandit à vue d'oeil. L'idée de "hacker l'éducation" fait son chemin chez les Internautes qui y voient là un moyen d'en apprendre beaucoup, de développer des contacts ou des relations de mentorat sans débourser de sous... Une idée qui séduit, forcément. Encore plus dans un contexte économiquement difficile.

Nous terminerons en mettant en doute le terme même de "piratage" de l'éducation, dans la mesure où il sous-entend que l'accès coïncide avec la pratique illégale : consulter et même agglomérer des contenus en libre diffusion, est-ce illégal ? Certainement pas. A l'inverse, la protection totale de tout élément susceptible d'apporter un peu de connaissance à celui qui en a besoin est-elle une pratique louable ? Non plus. Ne nous laissons pas abuser par les logiques commerciales qui transforme toute consultation ou utilisation de biens en attaque contre la propriété. Cette logique est d'ailleurs relativement nouvelle et circonscrite : si personne n'avait le droit de parcourir un livre avant de l'acheter, il y a fort à parier que les libraires auraient disparu depuis longtemps. C'est le modèle que tentent de nous imposer les intégristes de la prorpiété intellectuelle sur le web : plaisir des yeux seulement ! Il nous appartient d'ouvrir les espaces de libre circulation des biens éducatifs, et de transformer le "piratage" en "valorisation volontaire".

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