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L'habitat coopératif sur la toile francophone

Par Christine Vaufrey B , le 07 octobre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 21 mai 2016

Olivier David, qui êtes-vous ?

Je vis et je travaille à Lyon. Je suis chargé de mission auprès de l'association Hespul, spécialiste français en conseil sur les énergies renouvelables, où je m'occupe en particulier des actions d'information et de sensibilisation sur l'énergie, notamment en accompagnant la mise en réseau des espaces info énergies en région Rhône-Alpes.

Je suis par ailleurs membre fondateur et membre du conseil d'administration de l'association Habicoop, qui accompagne la création et le développement de coopératives d'habitants.

Qu'est-ce qu'une coopérative d'habitants ?

C'est un collectif de personnes qui veulent gérer et améliorer ensemble les logements qu'ils occupent dans un immeuble ou sur un même terrain, sous statut coopératif. Ce statut distingue les coopératives d'habitants des écoquartiers par exemple,  qui peuvent avoir de nombreuses formes juridiques.

D'où vous est venu cet intérêt pour les coopératives d'habitants ?

En 2003, j'ai participé au forum social européen et j'ai assisté à un atelier sur l'habitat coopératif au Québec. En 2004, j'ai visité l'écoquartier Vauban à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne. J'y ai constaté l'important travail réalisé par les coopératives   qui se sont mobilisées pour créer un habitat collectif dans lequel ce sont les habitants eux-mêmes qui déterminent leurs priorités en matière de logement et d'espaces publics. A Lyon, j'ai rencontré des gens qui avaient eux aussi envie d'un nouveau mode d'habitat, et avaient des contacts avec des mouvements suisses et québécois, plutôt en pointe sur le logement coopératif et autogéré. Nous nous sommes retrouvés autour de valeurs communes : refus de la spéculation immobilière qui rend de plus en plus ardue l'accession à la propriété, souhait de mixité sociale dans l'habitat, intérêt pour le fonctionnement démocratique de la coopérative. Ce qui nous a poussés à créer Habicoop au tout début de l'année 2006.

A quoi ressemble une immeuble géré par une coopérative d'habitants ?

Vous pouvez en voir des exemples dans certains quartiers de Genève, des villes du Québec ou de Norvège. On a toujours affaire à des immeubles qui sont conçus et gérés de manière à avoir le moins d'impact possible sur l'environnement, des bâtiments économes en énergie et en eau, bien intégrés à leur milieu. Chaque personne ou famille vit chez elle. Nous ne somme dans une conception comunautaire de l'habitat telle qu'elle a pu être pratiquée dans les années 70; en revanche, on trouve dans ces habitats des espaces mutualisés : les buanderies, les salles de réception (qui permettent d'organiser des événements privés, mais aussi d'accueillir les associations du quartier), voire des chambres d'amis... Et surtout, la coopérative aménage et gère également ce qui est autour du bâtiment : les voies de circulation, les espaces verts, etc.

Pourquoi le modèle de la coopérative d'habitants a t-il plus de succès dans d'autres pays qu'en France ?

Principalement parce qu'en France, nous sommes historiquement très attachés à la propriété individuelle et à la maison individuelle. L'arsenal juridique et financier n'est pour le moment pas adapté à la forme coopérative. Cela décourage beaucoup d'initiatives, et Habicoop a été créé justement pour lever ces freins. Dès sa création, nous avons fait réaliser une étude, grâce à un financement européen, examinant la possibilité d'adapter les expériences d'habitat coopératif telles qu'on les trouve en Suisse, en Belgique, au Québec et dans d'autres pays. L'étude a eu un certain retentissement, et nous avons reçu de nombreuses manifestations d'intérêt de la part de groupes disséminés en France. Nous nous sommes rendus compte à ce moment qu'il y avait une multitude de gens et de groupes qui aspiraient à un autre type de logement, à la fois plus écologique et vecteur de lien social. Mais tous ces groupes se heurtaient aux mêmes difficultés d'ordre juridique et financier. Nous nous sommes donc dit que c'est là qu'il fallait agir, au niveau national.

Concrètement, comment se traduit la mobilisation nationale pour l'émergence des coopératives d'habitants ?

Les groupes intéressés ont commencé par interpeler les députés et les collectivités locales de leurs régions : quand 50 courriers traitant d'un même sujet partent à la même période vers les députés, ça fait son effet ! D'autant plus que les groupes ont reçu un accueil très favorables chez leurs élus. Manifestement, le sujet est dans l'air du temps... Cette mobilisation a eu des effets rapides : des villes ont inscrit l'habitat coopératif dans leurs plans de développement, ont réservé du terrain pour la construction d'immeubles gérés par des coopératives d'habitants. Les députés ont fait remonter la question jusqu'à l'Assemblée nationale et au Ministère du logement. Nous avons bon espoir de voir un projet de loi déposé dans les prochains mois, qui donnera un cadre légal aux coopératives d'habitants.

C'est donc Habicoop qui gère cette mobilisation ?

Disons qu'Habicoop facilite l'information des groupes, l'échange de bonnes pratiques et souhaite assurer bientôt l'accompagnement des groupes pour le montage de leurs projet.

Habicoop est une petite structure, comment fait-elle pour remplir sa mission au niveau national ?

Nous avons peu de réunions physiques, même si nous apprécions de nous rencontrer quand cela est possible. Mais l'essentiel du travail se déroule à distance, via Internet et les outils de téléphonie.

Des exemples de ce fonctionnement ?

Nous réalisons tous nos Conseils d'administration à distance, en audio ou visioconférence, puisque les membres du CA sont dispersés sur l'ensemble du territoire. Notre site web comprend un intranet qui permet aux adhérents d'avoir accès aux informations et de déposer leurs documents. La partie publique du site permet à toute personne intéressée de trouver de l'information sur les coopératives d'habitants en général, mais aussi de s'informer sur ce qui se passe dans les régions et à l'étranger. Une foire aux questions très bien alimentée permet de traiter un gros volume de demandes de renseignements, chose que nous ne pourrions pas faire avec des réponses individuelles.

Ce fonctionnement avec les outils numériques et téléphonique est-il satisfaisant ?

Nous l'améliorons en permanence... sachant que nous avons toujours le souci des coûts, car nous avons peu de ressources à consacrer aux outils. Nous utilisons donc une majorité d'outils gratuits, qui fonctionnent de mieux en mieux. Les difficultés se situent à deux niveaux : la capitalisation d'une part, l'animation du réseau d'autre part.

Vous pouvez préciser ?

Nous devons capitaliser l'expérience acquise dans le réseau et la rendre disponible à tous. Pour cela, il faut créer des ressources. Nous n'avons pas encore trouvé le « bon » outil qui nous permettra de le faire. Nous avons pensé à un wiki, mais il y a eu des réticences de la part de certains adhérents. Ce n'est pas parce qu'on souhaite s'engager dans une coopérative d'habitants qu'on se sent compétent dans la manipulation des outils numériques ! Nous cherchons donc un outil de capitalisation très simple, qui fonctionne à coup sûr (rien de plus démotivant pour les bénévoles que de se heurter à des difficultés techniques...) et si possible gratuit.

Mais cette difficulté de capitalisation tient aussi à un autre problème, plus délicat et pas du tout technique : c'est la difficulté à travailler ensemble. La mobilisation collective est plus efficace que la mobilisation individuelle, mais elle n'est pas naturelle. Nombre d'entre nous ne voient pas ce qu'ils pourraient mettre en commun, ne savent pas comment s'y prendre, sans même parler des représentations qui perdurent sur la valeur de l'information : si j'ai une info stratégique importante, ai-je intérêt à la partager, ou à la conserver ? Ce n'est pas clair dans l'esprit de beaucoup de gens. Ce n'est pas en affirmant à longueur de journée « partager, c'est génial » qu'on changera les choses, c'est en démontrant, patiemment, au travers d'actions concrètes, l'intérêt de la mutualisation.

Et au niveau de l'animation du réseau ?

Là, nous nous heurtons à un problème bien connu des mouvements qui reposent sur la participation de bénévoles : si les gens ne sont pas accompagnés, au bout d'un moment ils s'épuisent et passent à autre chose. En trois ans et demi d'existence, Habicoop a fait avancer les choses au niveau de la reconnaissance nationale des coopératives d'habitants et nous touchons au but, qui est de supprimer les barrières légales et financières à la constitution de telles coopératives. Mais trois ans d'attente lorsqu'on souhaite démarrer un projet d'habitat collectif, c'est long ! Les gens ne vivent pas que de promesses, il leur faut du concret. Il faut notamment les accompagner dans la constitution de leur dossier de projet, qui doit être prêt quand les obstacles auront été franchis.

Comment envisagez-vous cet accompagnement ?

Nous devons constituer une boîte à outil du porteur de projet. Nous souhaitons le faire de manière coopérative, et nous retrouvons ici la question de la capitalisation. Nous avons également pour projet d'instituer un système de parrainage entre les porteurs de projets français et des groupes expérimentés hors de France. Nous travaillons activement à la mise en place des premiers parrainages avec les Groupes de Ressources Techniques du Québec. Nous pensons également à organiser une rencontre franco-suisse des accompagnateurs de projets à la fin 2010. Bref, nous sommes dans une logique de mutualisation des expériences qui dépasse les frontière du territoire national. Et là, Internet est un outil irremplaçable.

En dépit des difficultés mentionnées, êtes-vous confiant pour l'avenir des coopératives d'habitants en France ?

Oui ! Si une loi est promulguée pour officialiser et encadrer les coopératives d'habitants, on va alors voir de nombreux projets sortir de terre. En région lyonnaise, le premier projet, le Village Vertical, devrait être inauguré en 2011. Nous recueillerons alors les fruits de la mobilisation collective : si on voit, dans les  prochaines années, de nombreux projets se concrétiser, les coopératives d'habitants représenteront alors une véritable alternative en matière de logement...

 

Quelques références de la toile francophone sur l'habitat coopératif et les coopératives d'habitants :

Habicoop  Vous trouverez sur ce site une foule d'informations sur les coopératives d'habitants et les projets en cours dans les régions françaises. Nombreux documents à télécharger.

Association des Groupes de ressources techniques du Québec

CODHA, coopérative de l'habitat associatif à Genève, en Suisse. 

Habitat et participation, Belgique 

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