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L’université virtuelle en Afrique : un autre défi pour les États

Par Louis-Martin Essono , le 01 juin 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Nos pays ont réalisé des efforts énormes ces dernières années. Frappés par la crise, ruinés par les guerres, appauvris par les distractions d’argent, menacés par les catastrophes naturelles, affaiblis par les maladies comme le paludisme et le sida, il est clair que la priorité première des États concerne, soit la conservation du pouvoir, soit l’amélioration des problèmes de nourriture, soit la solution des éléments que l’on considère fondamentaux dans la marche du pays l’économie, l’armée, l’opposition, etc.

L’éducation, au sens anglophone du terme, sans être à la traîne, a souvent eu, en Afrique, besoin d’un coup de pouce de l’étranger. Les organismes bilatéraux et intergouvernementaux ont aussi apporté leur contribution pour asseoir les bases de l’éducation en Afrique. Mais, l’Université demeure l’un des points faibles de l’éducation. L’essentiel des ressources et des préoccupations concernant nécessairement l’enseignement de base.

Pourtant, l’ Unesco travaille pour apporter à l’Afrique une assise solide par la création des chaires à travers le continent et par l’aide accordée à la formation à distance. Mais ces entreprises sont trop discrètes pour être connues du grand public. L’ AIF à travers ses nombreuses ramifications contribue largement à la diffusion du savoir scientifique par la virtualité.

Chacun connaît les campus numériques disséminés à travers les différentes capitales africaines qui favorisent maintenant la rivalité entre les Africains et les autres chercheurs et étudiants du monde. L’ AUF est aujourd’hui la représentation concrète de la toile du savoir en Afrique.

Plus discrète et efficace se révèle l’action de l’Agence de la Francophonie qui autonomise les Africains dans la recherche et la production du savoir en Afrique par la formation à distance endogène. Elle installe et offre les TIC dans le Sud. L’ Intif rend d’énormes services à nos pays qu’il forme et assiste ponctuellement en leur donnant la possibilité de se lancer dans le travail universitaire.

La Banque Mondiale a mis en place un système universitaire à distance qui a pris racine dans les pays de l’Afrique anglophone. L’Afrique francophone se révélant peu perméable à cette structure. On ignore l’action de UVA dans beaucoup de pays francophones de l’Afrique. Même l’ ADEA chargée de renforcer l’éducation en Afrique, a parfois oublié l’enseignement supérieur. Une des résolutions de la rencontre de Port-Louis, en mars 2002, visait l’insertion de l’ADEA dans les Universités.

Quelle est donc l’ambition de l’Afrique à développer le secteur universitaire ? L’Éducation, c’est le développement. Il semble temps pour que chaque pays, avec ses ressources propres et sa souveraineté décide de sauver l’université. Par la création d’universités virtuelles et tout ce que cela comporte. La volonté de le faire est une volonté nationale, même si les moyens de la réaliser proviennent d’ailleurs. Aujourd’hui, au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire, aux Congos, en R.C.A. au Nigeria, les étudiants se révoltent. La révolte du ventre, par la bourse ou pour la bourse. Mais au fond, cette révolution vise les moyens de bien étudier. De bonnes bibliothèques, de bons enseignants qui ont de bonnes conditions de travail, de bonne salles de classe et de bonnes infrastructures.

Et ils sont nombreux, ces enfants aux mille voeux, qui savent que l’éducation est mère du développement; qui savent que l’éducation est source de bonne gouvernance et de démocratie, que l’éducation est à la base de l’esprit critique. L’enseignement à distance par une université virtuelle est peut-être la voie qui conduira à l’éducation de masse. Une éducation qui ne soit pas au rabais. Les campus numériques du Nord en sont une preuve.

Mais le travail est âpre et long. Il faut créer les contenus, former les formateurs, équiper les zones en électricité et en téléphone, alphabétiser les paysans pour qu’ils comprennent la nécessité de tels équipements dans la brousse, assurer la reconnaissance nationale des certificats et des diplômes délivrés par ces structures.

Le travail ne s’arrête pas là. Il est plus long encore et interpelle davantage : à travers la formation à distance par les universités, il faudra sauver l’essentiel de l’Afrique, ne pas recopier les cours gratuits et disponibles de M.I.T. ou les cours de géographie de Bordeaux III. Il faut également apporter à nos étudiants virtuels l’éducation de chez eux : le sens du respect de la vieillesse, de la parenté, de la générosité, de l’hospitalité. Nos jeux et nos chants traditionnels, notre pharmacie, toujours appelée pharmacopée, nos langues aussi nombreuses soient-elles

Tel est le défi national de notre existence. Chacun de nos pays devra y parvenir s’il veut éviter de se dissoudre dans les pays. Disposer de citoyens formés dans les universités posera certes le problèmes de l’emploi, mais l’auto-formation et l’auto-emploi ont maintenant pris un sens. Et c’est là que nous relèverons notre défi. Avec l’aide de nos partenaires.

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