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École buissonnière : sanctionner les parents

Par Louis-Martin Essono , le 27 janvier 2003 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Sarkozy, en France, porte tout à fait le coup là où il fallait. Au plan scolaire, il aurait dû s’appeler Ferry. Avec un Jules devant. Depuis ce matin, le journal français Liberation s’achète à cause d’un compte-rendu sur le rapport présenté relativement aux dispositions prises en juillet dernier par ce Sarkozy. En effet, rappelle le journal, Nico Sarkozy avait lancé l’idée d’une amende de 2000 € pour les parents dont les enfants feraient l’école buissonnière plus de quatre demi-journées par mois.

Cette mesure a plu ou n’a pas pris. Toujours est-il que cette décision a été à l’origine du groupe de travail sur «le manquement à l’obligation scolaire», qui a rendu, le 27 janvier dernier, un rapport aux ministres français de l’Éducation et de la Famille.

Cette assemblée propose d’alourdir l’addition avec un nouveau délit passible de 3 750 euros d’amende. L’ultime sanction ne concernerait que les parents « qui refusent explicitement toute prise de conscience de l’importance de l’obligation scolaire, toute proposition d’accompagnement de leur autorité parentale». Certains rapporteurs préférant l’idée d’une contravention de 1 500 euros

Pour le public camerounais qui a lu cette nouvelle, voilà bien une mesure qui enrichirait bien l’Etat, compte tenu du nombre d’élèves qui sèchent l’école. Les élèves, on en voit dans les bars et en tenue, en train de s’abreuver de bière, dans les salles de jeu de la ville, en train de jouer au Flipper ou à des bally bally, ces jeux qui vous donnent des sous de manière fortuite ou qui vous les engouffrent en une seconde.

Ces élèves ne sont pas pire. Puisque Thot a souvent évoqué comment, accompagnés du sous-préfet ou d’une autorité administrative, les directeurs et les proviseurs d’établissements publics de brousse pistent et traquent leurs élèves que les parents envoient qui en mariage, qui à la pêche, qui au pâturage, qui à la cueillette, qui à la chasse. Tout dépend de la saison. En saison sèche, c’est la pêche et la cueillette. En saison des pluies, c’est la chasse et le mariage. Et il y a deux saisons. Celle des pluies et celle du grand soleil. La saison des classes n’est pas encore proche.

Que feront donc de tels parents ? Nos Africains, prêts à tout, ont trouvé la solution. Ils ont exporté ces prédispositions au «séchage» en hexagone. Sarkozy en veut-il encore aux immigrés ? Tenez, voici ce que dit le rapport.

L’absentéisme scolaire

chronique

toucherait entre 1 à 2 % des élèves : ce sont les enfants étrangers en situation illégale ou ceux que leurs parents ont brutalement déscolarisés (pour les renvoyer au pays ou les mettre au travail dans des ateliers clandestins), et aussi les enfants officiellement inscrits au Cned. Les Étrangers, en réalité, ne sont pas les seuls Africains. Mais si vous regardez ceux qui habitaient certaine église? Mais combien sont-ils au Cned ?

L’analyse de ce rapport nous semble convenable car, y lit-on, «Les absences sont souvent le symptôme d’un mal-être, d’une souffrance. Elles constituent un signal d’alarme. Souffrances scolaires, dues à des violences subies au sein de l’école. Souffrances du mauvais élève qui décroche ou de celui qui vit mal une orientation. Souffrances sociales et familiales également. Pour certains rapporteurs qui réfutent le terme de «parents démissionnaires», il peut exister un problème quand l’entourage se trouve en situation d’échec, parfois dépressif : «L’idée de l’école comme vecteur d’intégration et d’ascension sociales a perdu de la force. Ces parents ont tendance à dévaloriser le travail et l’assiduité scolaires au profit du seul travail rémunéré.»

Ces maux là, l’Afrique les connaît. Et les exporte. On comprend mieux ce qui nous arrive. Même si, loin de là, ce n’est pas une excuse. Le mal de vivre. Le mal vivre. L’objectif de l’école. Le comment de l’école. Que peut faire un parent qui a payé toute la scolarité à un enfant, qui ne trouve pas de travail ? Ces diplômés que l’on n’admire plus ? Ces

longs crayons

toujours à court d’argent, qui dépendent, à trente ans, de leurs parents ?

Avec la mondialisation, les parents et les enfants qui rejettent la fuite des cerveaux, comprennent qu’il vaut mieux aller à la chasse, sans perdre aucune place.

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