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La formation à distance en Afrique francophone : comme une mode qui passe

Par Louis-Martin Essono , le 15 novembre 2003 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

La ritournelle, que le thème de la formation à distance sur lequel le monde entier réfléchit pour sortir l’Afrique de sa sous-scolarisation et de l’analphabétisme. On est maintenant d’accord que la plus grande misère du continent noir concerne l’absence de connaissances, par des millions d’individus, des normes conventionnelles qu’apportent la lecture, l’instruction, le cacul logique et toutes autres formes de réflexion conduisant à l’esprit critique, à la liberté, à la diversité. L’école manque. La liberté devient utopique, le développement toujours plus éloigné.

La formation à distance, qui apparaît maintenant aux yeux de tous comme une indispensable alternative et comme un sérieux appui aux pays pauvres, s’entoure encore de précautions dilatoires qui maintiennent des millions d’enfants dans l’ignorance. Par la faute de tous.

Une des causes de cet embarras est l’appropriation, par les États africains eux-mêmes, des modes d’application de cette bien vieille forme d’enseignement. Depuis une dizaine d’années, on montre que le papier est encore plus utile que le téléphone qui manque et l’ordinateur qui n’a pas d’électricté pour fonctionner. Mais, la mode impose à tous les TIC pour appuyer la formation à distance.

C’est ici que l’incohérence surgit. Douloureusement. Comme la conception des cours qui meublent les enseignements. Un autre aspect semble encore bien plus inquiétant. La réalisation des enseignements à distance en Afrique, sans être aussi performantes (infra)structurellement demeurent très perfectibles quand on ne traite pas cette formation d’artisanale. Il faut, pour une meilleure perception réelle de cet enseignement, proposer la description et l’examen des plates-formes servant à la transmission de cours, la structuration modulaire qui les sous-tend, les types et les formes d’interactivité -asynchrones ou non- et de tutorat entre les tuteurs et les apprenants, les coûts véritables induits au niveau des apprenants. On évaluerait également l’efficacité de ce mode d’enseignement et, enfin, les résultats obtenus et les pourcentages de déperdition et les causes de ces déperditions.

Les plates-formes d’enseignement à distance en Afrique francophone sont rarements endogènes. Celles que l’on y utilise sont presqu’entièrement issues des aides internationales ou intergouvernementales. Il se pourrait aussi que les rares plates-formes conçues en Afrique ne soient pas encore vulgarisées ou qu’elles n’aient pas été vulgarisées. Il sera donc difficile d’affirmer aujourd’hui une autonomie des structures nationales tant que les mécanismes techniques de conception ou de conceptualisation n’émanent pas de ces pays.

L’Afrique devra bientôt affronter le flux d’informations venant de l’étranger. Il lui faut les filtrer et ne retenir que celles qui soient en conformité avec les programmes qu’elle se sera fixés. Les formations en ligne inondent l’Internet et les jeunes, que l’on précipite sur les ordinateurs connectés, sont fortement perturbés par la difficile sélection des choix. La diversité des plates-formes d’ailleurs oblige à enrichir davantage l’extérieur à qui on doit payer des frais d’utilisation.

Thot a recensé plus de 245 plates-formes de formation en ligne. À sa suite, le Journal du Net signale cette semaine que nous entrons dans la jungle des plates-formes. En effet, s’interroge Arnal, si la formation en ligne n’est pas morte, " et les services se remettant en place après un passage à vide, quelles sont les plates-formes pour diffuser du contenu d’apprentissage via Internet, ou encore les services de formation en ASP ? " Cette question est encore plus lancinante pour les Africains, bien que les plates-formes ne s’avèrent pas toujours nécessaires pour la fàd.

Mais ce logiciel autorise tout de même de nombreuses fonctions qui offrent un conditionnement meilleur pour l’apprentissage en ligne, impliquant l’interactivité, l’auto-évaluation et autres avantages inhérents à cette forme d’enseignement, en rapport surtout avec les besoins des apprenants. Il est souhaitable maintenant que la conception des plates-formes obéisse à des normes techniques (AICC, SCORM et IMS par exemple) pour assumer la compétitivité imminente en formation par Internet.

Le nouvel enjeu se dessine donc pour l’Afrique, qui ne sait pas profiter des offres qu’elle reçoit. Le Projet Olympus a vécu, sans laisser de trace. Le Ciffad a vécu, ne survivant que par les fossiles qui avaient bénéficié d’une formation largement dépassée. L’Intif devient de moins en moins présente dans les actions en direction de l’Afrique, tirant sans doute des leçons sur ces actions sans conséquence et en dépit des formes plus sélectives comme le Fonds Francophone des Inforoutes adressé à des publics fédérés. L’AUF survit par la même méthodologie. Mais le très grand public demeure hors des circuits. Il appartient aux États de s’en charger par l’adoption des politiques appropriées et des actes subséquents. On n’aura plus à faire à une simple mode, mais à des pratiques durables qui induisent une acquisition plus grande de l’expérience qui profite aux usagers et qui génèrent des actions encore plus performantes.

« On ne gratte pas la gale d’autrui. Gratte-toi toi-même ta gale pour obtenir le soulagement qui te convient » dit-on ici au village.

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