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Les séries télé, ou quand la pop culture et la philo se rencontrent

Par Marie-France Fournier , le 11 octobre 2010

Thibault de Saint Maurice, enseignant de philosophie en lycée profesionnel en France, a eu la brillante idée de s'appuyer sur des situations tirées de séries télés connues afin d’enseigner les bases de la réflexion philosophique à ses élèves de terminale. 

La philosophie représente un "gros morceau" pour les élèves de terminale qui doivent obligatoirement présenter cette matière au Bac. Si certains s'en délectent, d'autres ont bien du mal à faire le lien entre la philo et la vie quotidienne. Partant de ce constat, Thibault de Saint Maurice a décidé d'utiliser les séries télévisées américaines les plus connues pour montrer à ses élèves que les grandes notions philosophiques au programme trouvent des échos dans la vie de héros dont les mésaventures nous concernent tous.

La question de la liberté dans Prison Break, la morale de l'action pour Dexter, la quête du bonheur dans Desperate Housewives, le travail comme source d'épanouissement ou vécu comme une calamité dans Grey's Anatomy... Effectivement, vues sous cet angle, les séries américaines brassent les grandes questions qui depuis toujours agitent les sociétés humaines. C'est d'ailleurs ce que leur reprochent leurs détracteurs, qui dénoncent la simplification à l'oeuvre. Mais on ne peut nier pourtant que les séries télé, surtout les séries américaines, forgent la base d'une culture commune à laquelle il est intéressant de faire référence, même pour aborder des questions complexes.

L'enseignant aborde donc les grands thèmes philosophiques en visionnant un court extrait d'une série. Il encourage ensuite ses élèves à en extraire les questions fondamentales, puis fait évidemment référence aux auteurs qui ont problématisé la question.

Pour les élèves de ce prof original, la recette est gagnante : « on se sent plus impliqué car tout le monde aujourd'hui regarde des séries américaines et donc on comprend peut-être mieux le sujet en se rapportant à quelque chose qu'on connaît déjà », dit l'une d'entre elles dans un reportage télévisé qui a été consacré à la philo par les séries télé. 

T. de Saint Maurice est encore jeune, mais a pourtant expérimenté d'autres modes d'enseignement : « J'expliquais le raisonnement scientifique avec les exemples classiques. J'ai vu les élèves décrocher. Je leur ai dit 'Vous connaissez Dr House ?' En prenant l'exemple du héros, j'ai pu expliquer ce qu'étaient une hypothèse, un raisonnement, un test expérimental. L'attention était revenue. », a t-il confié au journal Le Monde à quelques jours de l'épreuve de philosophie au Bac, en juin dernier. 

La presse s'est en effet emparée de cette expérience, notamment parce que de Saint Maurice a publié un livre qui détaille l'intérêt de diverses séries bien connues pour traiter de philosophie. On l'entend dans ce reportage radio en donner quelques exemples. 

L'audace de cet enseignant est-elle si nouvelle ? Tout enseignant ou formateur sait qu'on peut s'appuyer sur à peu près n'importe quel matériau de base pour introduire une notion, même un couvercle de pot de yoghourt. Car c'est moins le matériau qui importe que la façon de le traiter.

A l'heure où la philosophie retrouve quelque intérêt dans le grand public, il n'est donc pas insensé de faire appel à la culture populaire pour montrer qu'il ne s'agit pas d'une discipline poussiéreuse mais bien d'une façon de vivre, et qu ses enseignements seront utiles à tout le monde.

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