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Enseigner autrement la philosophie

Par Martine Dubreucq , le 08 octobre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 11 octobre 2010

La philosophie connait un succès croissant dans l'édition, dans les médias et dans les cafés depuis quelques années. Pourquoi ne pas profiter de cette image favorable pour régénérer un peu les 50 notions des programmes officiels du baccalauréat ?

Certains esprits grincheux vous diront qu'on ne peut appeler philosophie les échanges d'opinion qui dispensent quelquefois de toute vraie controverse documentée,  que l'exercice de la sagesse a peu à voir avec les recettes des penseurs antiques utilisées comme des outils de gestion du quotidien au côté des rubriques de psychologie, des exercices de spiritualité, des produits de diététique.

Ils auront raison mais on ne peut s'empêcher de penser que l'exercice de l'intelligence est trop précieux pour le laisser aux spécialistes et qu'après tout, tous les moyens sont bons pour ramener la fraicheur du questionnement à l'école.

Un enseignement attaché à la personne de l'enseignant

L'image de Socrate au milieu de la Cité, avec ses étudiants faisant cercle autour du Maître a tant marqué la philosophie que l'on a du mal aujourd'hui à concevoir un enseignement hors de la parole de la présence et du face à face : il y a quelques années Claude Gagnon affirmait dans l'encyclopédie de l'Agora que « c'est la présence des usagers qui témoigne de l'absence des sages disparus ».

La philosophie reste très attachée à cette voix du Maître, et celle de Deleuze en est un exemple. Deleuze d'ailleurs aimait assez peu être interrompu dans son cours magistral et il dit ici dans cette vidéo pourquoi l'étudiant doit savoir attendre avant de poser des questions et d'interrompre le cours.

Tout naturellement, lorsqu'on envisage un volet à distance pour l'enseignement de la philosophie, c'est à la mise en ligne de vidéos que l'on pense et cet ensemble de courtes interventions sur Youtube mises en ligne par une maison d'édition donne alors les limites de cette conception.

Un enseignement frontal qui ne correspondrait plus aux normes de l'apprentissage « actif » ?

Du moins en France, les philosophes ne passent pas dans les formats contemporains : étroitement associés à leurs articles, les yeux rivés sur leurs papiers, ils sont souvent mal à l'aise avec l'image et le son, ne savent pas faire court, séduire, retenir. Toute une rhétorique des médias leur est encore étrangère.C'est que rares sont les intellectuels qui savent trouver le ton juste comme Alain de Botton ici dans une conférence TED sur la philosophie du succès. Entre la classe et les conférences de TED, il y a la distance de la télévision à la réalité : un public de rêve attentif et conquis d'avance par la notoriété du parleur d'un côté et la corde raide du programme à tenir et des rebelles adolescents de l'autre.

Pauvres professeurs qui ne peuvent rivaliser avec The school of life, formidable laboratoire privé d'idées et de recettes de savoir-vivre !

School life

Le métier de professeur de philosophie se garde du sophisme : une certaine rhétorique visant à séduire les élèves fait parfois oublier que la lecture des textes et leur confrontation est un des ingrédients principal de la discipline, que c'est la pensée de l'étudiant qui doit s'agiter bien plus que les lèvres du maître.

Les beaux parleurs et les francs-penseurs

Les meilleures recettes en communication ne font pas forcément les bons professeurs et pour réinventer la discipline, certains enseignants ont résolument plongé dans l'usage des outils numériques. C'est le cas de François Jourde, de l'Ecole Européenne de Bruxelles, avec des cours d'un genre nouveau faisant appel à la collaboration de chacun dans la mise en commun des ressources, dans la compréhension de concepts. Nous consacrons un article aux pratiques de François Jourde dans ce dossier.

Un autre site remarquable ne joue ni sur l'image, ni sur les recettes d'art de vivre et son austérité de moteur de recherche cache une grande efficacité. Connexions casse la linéarité historique de la discipline philosophique et favorise les cheminements personnels entre de courts textes. Toutes les notions du progamme peuvent être parcourues mais le dispositif offre un autre découpage : l'anthropologie, la métaphysique et la philosophie. La navigation évolue de lien en lien par de micro-séquences qui epousent très naturellement les étapes de la pensée.
Philosopher, c'est aussi apprendre très précisément de quoi on parle, s'assurer que l'on emploie les mots qui nous permettront d'être compris. 

D'autres voies buissonnières

Et si l'exercice est trop raide, pourquoi ne pas emprunter des détours qui marchent ?

Thibault de Saint Maurice n'a pas peur quant à lui de reprendre les ficelles de la rhétorique pour accrocher l'attention des étudiants et se sert des séries de la télévision pour introduire des concepts. Dexter, remarquable série américaine connue de beaucoup d'adolescents sert ici de matière première à une réflexion sur la morale. Là encore, l'expérience mérite qu'on s'y attarde.

Le site Implications philosophiques mène un travail suivi sur cette question.
Le cinéma vole au secours de la philosophie dans de nombreuses productions comme celle de Studio philosophie, d'Olivier Purriol. Que celui qui n'est pas convaincu par l'illustration et l'explication du fameux "Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels" de Spinoza par "Matrix" trouve de meilleure façon de faire sentir l'éternité à quelqu'un qui ne peut pas lire toute "L'éthique" !

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