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Susciter la motivation à l'écriture chez les tout-petits

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 01 février 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 18 octobre 2011

Il y a quelques temps, nous nous sommes faits ici même l'écho de deux initiatives d'utilisation de Twitter à des fins pédagogiques. La première pilotée par Laurence Juin, prof de lettres et d'histoire-géographie, qui se sert du microblogging au lycée professionnel Pierre Doriole de La Rochelle dans le cadre d'activités pédagogiques. La deuxième dénommée Twitosphère est un projet de la Fondation canadienne Métropolis Bleu, ouvert aux élèves du secondaire et dont l'objectif est l'apprentissage d'une langue seconde de manière ludique.

Apprendre ou jouer ?

Manifestement, cette innovation dans l'enseignement se propage à l'enseignement primaire, dès le cours préparatoire (CP). Du moins, une expérience d'usage de Twitter avec les tout-petits est en cours sous la houlette de Jean-Roch Masson de l'Ecole la Providence de Dunkerque. Thierry Foulkes qui commente cette expérience sur son blogue prévient : "L’expérience n’a de sens que si les enfants sont effectivement en situation d’apprentissage et non juste en situation d’utilisation d’un outil technique aussi novateur soit-il pour des enfants de 5-6 ans".

A propos de situation d'apprentissage, Carole Jouneau-Sion, qui commente un reportage télévisé sur cette innovation pédagogique, s'émeut de la tendance générale à cataloguer le numérique en classe dans le registre du divertissement. "Je ne vais pas m'énerver tout de suite, mais il va falloir que quelqu'un leur dise, à tous ces gens, que les profs n'utilisent pas le numérique rien que pour s'amuser, amuser leurs élèves et faire joujou. En l'occurrence, M. Masson utilise Twitter pour que ses élèves APPRENNENT à écrire, à lire, à communiquer, à comprendre le contexte d'un texte, à adapter leur propos à leur interlocuteur etc."

En clair, il ne s'agit pas dans cette expérience de divertissement mais d'apprentissage même si celui-ci peut comporter des aspects ludiques. En outre, l'usage de la technologie n'est pas la finalité de l'expérience. L'outil technique n'est convoqué que pour servir de médium pour améliorer et enrichir les pratiques pédagogiques.

Même si sa classe s'équipe progressivement et dispose actuellement d'un TBI et d'ordinateurs portables partagés, M. Masson confie qu'il a démarré son projet avec son ordinateur portable personnel. "Ceci pour dire, poursuit-il, qu’un bon équipement n’est pas un préalable à l’utilisation de Twitter, même s’il facilite grandement les situations d’écritures et d’échanges en classe". Avis à ceux qui feraient une fixation sur la technologie pour se dérober et camoufler leur manque de volonté.

L'activité pédagogique sur Twitter

Comment se déroule l'activité pédagogique sur Twitter ? L'enseignant a créé un compte Twitter pour sa classe et c'est uniquement à partir de ce compte que les messages sont postés. L'activité elle-même consiste en l'écriture d'un texte court qui ne doit pas excéder 140 caractères, limite imposée par le réseau social.

Interviewé par Parents 3.0, Jean-Roch Masson décrit finement sa pratique pédagogique :

"L’utilisation régulière, c’est la prise en main de l’écriture d’un tweet quotidien par plusieurs « journalistes », c’est-à-dire des enfants qui prennent en charge la création du tweet, sa copie sur un « Google Doc » après correction orthographique de ma part, et l’envoi sur un ordinateur via un logiciel connecté à Twitter. D’autres exercices d’écriture sont imposés à tous les élèves, et les tweets sont rédigés progressivement dans les semaines qui suivent (exemple : « écrire une phrase qui montre, pour moi, ce qu’est le bonheur »)".

Ceci n'est pas sans poser de questions pour l'enseignant comme le détaille Thierry Foulkes :

  • la gestion de la journée,
  • l'organisation des tweets de la journée, 
  • le droit et la sécurité de l’utilisation de Twitter par des mineurs,
  • l’intégration de chaque enfant dans la production écrite,
  • l’apprentissage des TICE (usage des photos, copier-coller, gestion d’un document…), et
  • le problème de la sécurité.

Ces interrogations ne doivent cependant pas éclipser les bons points de l'expérience : "En termes de production d’écrit, la motivation de l’utilisation de Twitter fonctionne pleinement. J’exerce depuis 10 ans en CP, et c’est la première année que tant d’élèves veulent écrire : ils mettent du sens, savent qu’il y aura des lecteurs, et donc y voient, je pense, une certaine reconnaissance de leur travail, autre que l’unique évaluation de l’enseignant."

Cette expérience a de quoi enthousiasmer et mérite d'être suivie de près sur le blogue Elucubrations pédagogiques qui lui est dédié.

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