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Les usages du numérique dans les villes démunies*

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 23 novembre 2010

Les villes démunies sont celles des pays en développement qui sont confrontées, d'une part, à des problèmes d'urbanisme et d'autre part, à des faiblesses chroniques dans la fourniture de services urbains (hygiène et assainissement, eau salubre, transport, électricité, etc.) aux résidents. Dans ces villes, l'accès au numérique et son usage peuvent sembler ne pas être la priorité des habitants.

Cependant, le quatrième Forum des Usages Coopératifs de l'internet et du multimédia, qui s'est tenu cette année à Brest, attire l'attention sur les possibilités offertes par les technologies de l'information et de la communication pour une meilleure intervention dans ces villes, et plus globalement, pour une gouvernance urbaine efficace. Le Forum clame même que "l'appropriation des outils numériques par des réseaux d'acteur-ice-s est porteur d'innovations sociales, de biens mis en communs, de développement local des territoires qui participent à une transition possible vers une société économe de ses ressources et solidaire".

Une communication sur l'usage des réseaux sociaux face au développement urbain dans les pays en voie de développement (PVD) a été délivrée au cours de ces rencontres par le philosophe et politologue Sylvain Maire. A défaut de présenter des exemples concrets d'usage des réseaux sociaux dans les villes démunies, Sylvain Maire s'est contenté dans sa communication d'énoncer largement des domaines dans lesquels ces réseaux peuvent être utilement et socialement exploités :

  • accès à l'électricité
  • prise de décisions dans les conseils de quartier
  • initiative d'action citoyenne
  • collecte des déchets
  • adressage des quartiers
  • cartographie participative
  • mise en place d'une base de données locales
  • fiscalité locale
  • santé publique.

Si dans certains cas l'utilité sociale des TIC est évidente, il n'en est pas de même dans d'autres. Prenons par exemple l'accès à l'électricité. On peut bien se demander ce à quoi peuvent servir les réseaux sociaux dans ce cas. A première vue, rien ! La réponse est apportée par l'expérience de terrain est la suivante. En effet, dans les quartiers informels, les habitants recourent à des branchements pirates, illégaux mais partagés. La mise en place de ce partage ne peut se décider qu'à travers des échanges entre habitants. On comprend dès lors que ces échanges peuvent se dérouler dans les réseaux sociaux. Il en est de même pour les prises de décisions collectives qui ne nécessitent pas forcément que tout le Conseil de quartier se réunisse physiquement.

Ces actions ne seront possibles qu'en cas de disponibilité des technologies appropriées. Or, en l'espèce ces technologies ne sont pas la chose la mieux partagée par les habitants. On pourra alors se reporter sur des technologies a minima comme le téléphonie mobile. Avec le mobile, on peut remonter l'information géographique sur la présence d'un dépotoir anarchique de déchets par messages courts (sms) aux services concernés, alerter et solliciter les agents de santé en cas de maladies. Comme dans le cadre de l'initiative Pesinet, citée dans la communication.

Dans tous les cas, pour que les réseaux sociaux puissent effectivement participer au développement urbain dans les PVD, deux conditions s'imposent : la disponibilité des technologies et l'existence de services y faisant appel. Autrement, ces réseaux risquent de n'être que des coquilles vides face aux besoins immenses des habitants.

Photo : Raymond Llorensi, Flickr, Licence CC.

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