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Joseph Jacotot et le principe de l’abrutissement éducatif

Jocotot préférait une bonne pratique fonctionnelle à n’importe quelle théorie pédagogique.

Par Denys Lamontagne , le 29 mars 2005 | Dernière mise à jour de l'article le 25 février 2019

Nous vous recommandons la lecture d’une interview de Jacques Rancière (Institut de Recherche Historiques, Économiques,  Sociales et Culturelles - IRHESC) à propos de la réédition du « Le maître ignorant. Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle».

Joseph Jacotot (1770-1840) était un homme d’action et un communicateur hors pair. Au fil de ses aventures, il s’est trouvé à enseigner à l’Université de Louvain en 1815.

Comme ses cours connaissaient un succès populaire appréciable, beaucoup d’étudiants hollandais ont exprimé le désir de suivre ses enseignements. Jacotot ne connaissait pas un mot de cette langue, pas plus que ces étudiants ne connaissaient le français.

Une version bilingue du Télémaque de Fénelon sera le pont jeté entre eux et le départ de sa réflexion pédagogique puisque les étudiants avaient appris un français de qualité en un temps record et en l’absence de toute explication.

Jusqu’à quel point les explications du maître sont-elles utiles ?

Le fait était qu’ils avaient appris le français seuls, rapidement et efficacement. De là Jacotot en arrive à remettre en question le rapport maître-élève et énonce le principe de l’abrutissement de l’élève par les «explications» du maître qui, en lui communiquant ce qu’il aurait dû lui même trouver dans la référence d’étude, le place dans la position d’ignorant et le dépouille graduellement de son habitude et capacité d’apprendre par lui-même, spontanément.

Il a également tiré une deuxième leçon, c’est que l’on peut débuter un apprentissage de n’importe où. Ce qui résonne avec Internet, un réseau accessible de partout, aussi bien sémantiquement que physiquement, et qui nous incite à regarder de plus près cette contradiction d’un principe pédagogique généralement admis voulant que l’on parte du commencement.

Qui donc fixe le «commencement» ?

À partir du moment où l’on comprend les termes et les mots, tout apprentissage est possible. Il faudra sûrement rechercher la signification des mots et des concepts quelque part, mais ce quelque part n’est pas nécessairement «au début»; la connaissance est un réseau et non une linéarité.

Il n’a pas dit cela en ces termes, mais on pourrait le traduire ainsi.

Aujourd’hui, avec l’accès à la connaissance permis par Internet, nous pouvons plus que jamais commencer de n’importe où, par soi-même et avec ses pairs, comme dans l’expérience initiale et ensuite dans le modèle de ses écoles qui exploitait les apports du groupe.

D’où la très pertinente réflexion de Jacotot.

Il était indéniablement un pragmatique pour qui «Le poids des inégalités sociales existe peut-être, mais reconnaître ce poids ne change rien au problème.», et qui préférait une bonne pratique fonctionnelle à n’importe quelle théorie pédagogique.

Le maître ignorant. Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle»

 

Autre article sur Jacotot :

Je n'y connais rien, et c'est pour ça que je peux vous former... - Frédéric Duriez
https://cursus.edu/articles/42615

 

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