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Arcimboldo éducatif : pourquoi les objets d’apprentissage sont-ils... si peu utilisés ?***

Par Denys Lamontagne , le 04 avril 2005 | Dernière mise à jour de l'article le 23 décembre 2008

Prenons un cours : celui-ci est composé d’une intention, d’une démarche, d’un ton, d’une séquence, d’un style, d’une approche, de centaines d’explications, d’images, de graphiques, d’exercices et de bien d’autres éléments assemblés en un tout que l’on espère cohérent.

Les bons cours s’accomodent très bien du titre «d’oeuvres» didactiques. Comme pour les films, pièces de théatre, photographies, composition musicales et la plupart des fruits de l’art, y compris la blanquette de veau aux truffes, les meilleurs parviennent au même titre «d’oeuvres», artistiques dans ces cas-là.

Oeuvres composites de notes, de sonorités, de lettres, de styles, de tons, de polices de caractère et porteuses de sens, la numérisation permet de fragmenter presque toutes les productions artistiques qui peuvent alors être réutilisées dans d’autres contextes et avec d’autres sens.

S’il est possible de recomposer des oeuvres musicales ou graphiques avec des échantillons de son ou des milliers d’images amenées à une échelle où elle prennent le statut de «matériel brut», il sera cependant très difficile de les exploiter à la même échelle que l’oeuvre originale.

Rap pédagogique ou arcimboldo éducatif

Il en est apparemment de même avec les «objets pédagogiques». À Thot, nous avons récemment été confrontés à un «cours» tentant d’utiliser des objets de diverses origines, portant sur le même sujet... avec comme résultat des sauts de ton, de style, de rythme, de niveau de langage, de conventions, d’esthétique qui rendaient l’ensemble indigeste et frustrant.

Les conventions qui lient les pièces des oeuvres originales empêchent leur intégration dans d’autres contextes qui ne partagent pas ces conventions. En d’autres mots, les «liens» sont des accords qui définissent la réalité de l’ensemble.

Question d’échelle

La réutilisation des objets pédagogiques ressemble à une forme de digestion : en dissolvant les liens «conventionnels» on peut arriver à utiliser leurs pièces fondamentales, comme les protéïnes et glucides de la cuisse de poulet qui entreront éventuellement dans la composition des cellules du corps qui l’a absorbé. Ce qui est sûr, c’est que l’échelle a changé : les constituants ont été fragmentés, leur fonction brisée. Autrement, on assiste à un phénomène de rejet, comme dans le cas des greffes de tissus ou d’organes entiers.

Pour absorber une entreprise, on rompt les liens «conventionnels» qui liaient ses composantes et on peut alors réintégrer ses membres et ses fonctions à la nouvelle entreprise, à moins que les deux entreprises partagent l’essentiel de leurs conventions, ce qui est plutôt rare...

On en arrive ainsi à cette constatation que les gros objets pédagogiques ne sont pour ainsi dire pas intégrables dans d’autres. On ne peut que les utiliser tels quels ou les fragmenter et en retirer les composants qui peuvent nous être utiles.

Conditions d’utilisation

En conclusion, l’essentiel des objets d’apprentissage utilisables que l’on peut trouver dans les dépôts (voir le répertoire Thot), seront les plus dépouillés de conventions.

Le statut «d’objet pédagogique» devrait être accordé en vertu de ce critère fondamental, ce qui en faciliterait d’autant plus l’indexation. Autrement, nous perdons notre temps à chercher des objets qui ne dépareilleront pas notre cours, et nous nous étouffons nous-même avec les métadonnées, (Voir Les métadonnées et les normes avec AICC, IMS, ADL, IEEE LTSC, ISO... ou va t’on ? ) de plus en plus complexes.

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