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Ségrégation scolaire et fracture numérique

Par Mohamed Ouzahra , le 06 mars 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Un extraterrestre téméraire débarquant sur notre vieille terre aurait tôt fait de constater que dans toutes les sociétés humaines, la ségrégation sociale est la règle et l’égalité des chances l’exception. Les pays où les écarts entre riches et pauvres demeurent raisonnables se comptent sur les doigts d’une seule main. Il s’agit essentiellement des pays scandinaves et, troublante coïncidence, c’est précisément dans cette région du monde où la fracture numérique est la plus réduite

Il ne faut cependant pas aller vite en besogne et avancer des hypothèses qui ne tiendraient pas la route. L’exemple de l’Inde, géant technologique mais société très inégalitaire, montre la limite de ce rapprochement entre niveaux social et numérique. Un autre rapprochement est par contre avéré : la ségrégation sociale se double presque toujours d’une ségrégation scolaire. C’est le cas au Maroc où les efforts, réels au demeurant, de scolarisation du plus grand nombre d’enfants en âge d’être scolarisés - la généralisation de l’enseignement de base est fixée à l’horizon 2010 - se heurtent, entre autres facteurs, à de fortes disparités socio-économiques régionales.

Alors, comment procéder pour désenclaver les régions mal loties ou, tout simplement, alphabétiser et former les populations dispersées géographiquement ? L’une des pistes mène assurément aux technologies de l’information, avec notamment les formidables opportunités de la formation à distance. Et de fait, tous les acteurs de développement au Maroc - les pouvoirs publics, les organismes non gouvernementaux comme les entreprises privées - l’ont semble-t-il compris.

L’exemple de ALEF qui s’engage pour la scolarisation des filles (étant entendu que la déscolarisation touche, en milieu rural, d’abord les filles, corvéables à souhait) en faisant appel aux TIC. illustre bien ce choix. L’APEBI, association professionnelle des TIC au Maroc , s’engage également en faisant appel à ses partenaires, la filiale de Motorola dans le pays notamment. Au-delà, et suite à une étude, l’association a lancé un ambitieux

Contrat progrès

pour mettre les TIC au service du développement.

Le dynamisme de la société civile constitue il est vrai l’un des atouts du Maroc dans sa course au développement. Et c’est précisément à ce niveau que les TIC donnent toute leur mesure. Au point de parler d’un Internet associatif ! Ainsi, pour aider les associations le portail tanmia.ma (développement en arabe) offre de multiples ressources.

L’Etat n’est pas en reste même si, ici comme ailleurs, les restrictions budgétaires freinent les ambitions affichées. L’initiative intitulée

Génie Maroc

(qui sera évoquée dans un prochain article) est un très bel exemple du rôle catalyseur des pouvoirs publics en matière d’utilisation des TIC et de la FAD en milieu scolaire. La récente Rencontre internationale sur les stratégies d’investissement dans les TIC (IFISI 2006) organisée à Marrakech a été d’ailleurs l’occasion de lancer le premier appel d’offres concernant ce projet.

Le pays connaît bien d’autres initiatives plus ou moins avancées (voir l’article L’enseignement à distance au Maroc : une valse à trois temps)

Bien sûr, nombre d’autres pays utilisent les TIC pour donner un tour plus égalitaire à leur développement. Et qui sait, peut-être qu’en définitive, au moment de retourner chez lui, notre extraterrestre aura dans sa besace le souvenir d’une planète qui entreprend les efforts nécessaires pour mieux répartir ses richesses. Il n’est pas interdit d’espérer.

A bientôt.

P.S. : En ce 8 mars, mes voeux vont à toutes les femmes... les terriennes et les autres.

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