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Encore des ordinateurs ? On préférerait des enseignants capables de les utiliser***

Par Denys Lamontagne , le 02 juillet 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Collaboration spéciale de Sébastien Stasse (*)

Histoire de machines

Je suis content de lire qu’on se pose des questions sur la pertinence d’ajouter des machines pour régler la problématique de l’utilisation des TIC en classe. La solution de multiplier les machines en pensant qu’elles seront plus utilisées me semble nettement dépassée dans mon milieu.

Gérer un parc informatique important demande aussi des coûts importants (entretien, licences, mises à jour, serveur, etc...)

Voici plusieurs années que nous avons opté pour une solution portable, où l’achat de machines supplémentaires est déterminé par l’utilisation globale du parc informatique.

À quoi bon avoir 3 machines dans chaque salle de classe si elles ne sont utilisées que 2 heures par semaine ? C’est peut-être bon pour le ratio élève/machine mais est-ce rentable pédagogiquement et monétairement ? Je préfère avoir 10 unités mobiles qui seront utilisées à tour de rôle, selon les besoins des enseignants au moment où ils l’auront prévu dans leur situation d’apprentissage et d’évaluation. Ici, nos machines sont utilisées à 87% de leur capacité (heures d’utilisation vs heures de classe) ... nous avons moins de 40 machines pour 400 élèves, on est loin d’un ratio élève/machine qui suit la norme, mais cependant, aucune de nos machines ne dort dans des classes.

Il nous aurait été facile de multiplier le nombre de postes par 3 il y a quelques années ... encore aurait-il fallu prévoir ensuite le budget pour les entretenir. Nous avons donc misé ailleurs, dans des unités mobiles, dans de l’accompagnement des enseignants qui le souhaitaient et dans le développement de projets multidisciplinaires et de situations d’apprentissage et d’évaluation, entre autre en science, utilisant les nouvelles technologies.

De plus, je crois fermement que l’utilisation des technologies passe par une appropriation de l’outil par l’enseignant. Donc, nous avons mis à la disposition de certains de nos enseignants des portables qu’ils pouvaient emprunter à long terme, pour travailler chez eux et à l’école afin de s’approprier l’outil au quotidien.

Je vois aujourd’hui des élèves de 4e année du primaire qui ont une maîtrise de la recherche sur internet qui est très impressionnante. Ils sont à l’ère de MSN, du clavardage, du courrier électronique et du sans fil. Le téléchargement de musique, de fichiers, de documents, de film est courant (!!!), beaucoup ont des sites web personnels ou des blogues. Ils démontrent une rapidité stupéfiante à la maîtrise de nouveaux logiciels, peu importe la plate-forme. Bref, ils sont très très très compétents dans le domaine des TIC, beaucoup plus encore qu’il y a 10 ans.

Où en sont les enseignants dans l’utilisation des TIC ? Dans mon milieu, j’observe trois niveaux d’utilisateurs. Une partie qui a joint la parade depuis 10 ans et qui l’intègre quotidiennement, une qui a suivi la parade et qui en fait une utilisation ponctuelle et une autre qui l’a regardé passer. J’observe que c’est plus difficile pour ces derniers actuellement et la pression est de plus en plus forte sur eux et l’écart devient un véritable fossé.

Une responsabilité professionnelle

J’ose m’aventurer sur un chemin glissant ... mais je pense que comme enseignant j’ai une très grande responsabilité dans le développement de mes propres compétences TIC, ne serait-ce que pour offrir un enseignement tenant compte de la réalité d’aujourd’hui !

En tant que professionnel, je me dois de suivre l’évolution de la technologie et même d’enseigner en "temps réel" (par exemple la grippe aviaire, les jeux de Turin, etc..) et d’utiliser l’incroyable accès à l’information dont je dispose aujourd’hui. Je vois que ma façon de faire mon travail a évolué depuis 10 ans ... ça me demande de trouver moi-même des ressources pour "suivre l’évolution" et me «mettre à jour» et au bout de la ligne je suis en mesure de me servir des ces outils pour "enseigner autrement".

Ce qui n’implique pas nécessairement d’utiliser chaque jour la technologie en classe mais plutôt d’en tenir compte dans la construction de mes situations d’apprentissage et d’évaluation. De toute façon les TIC font partie du programme de formation de l’école québécoise ... ce n’est donc plus quelque chose de facultatif ou d’optionnel pour les enseignants!

J’imagine que c’est un peu la même chose que j’attends de mon médecin, avocat ou même garagiste ... qu’il soit en mesure de mettre à jour ses compétences (ou d’en développer d’autres) au fil des découvertes médicales, des changements de législation ou encore de l’arrivée de nouvelles composantes mécaniques. Donc, pour viser une intégration ou même une simple utilisation des technologies en classe par les élèves, encore faut-il que les enseignants s’en servent eux-même et les connaissent.

Je crois que l’école, comme milieu de travail, doit faire sa part pour faciliter cette intégration en mettant des ordinateurs à la disposition des enseignants et des élèves et en offrant de l’accompagnement et éventuellement du temps pour le développement de projets et de situations d’apprentissage et d’évaluation.

Mais je crois aussi que les enseignants ont leur bout de chemin à faire pour se familiariser avec ces technologies et développer leurs compétences et pas seulement dans le cadre scolaire. Le milieu scolaire ne pourra jamais réussir seul à former tous les enseignants à l’utilisation des TIC, il s’agit de trouver des moyens d’aider les enseignants à réaliser les apprentissages et à développer leurs compétences. Ça sonne un peu "renouveau pédagogique" non ?

D’ailleurs, selon le document « La formation à l’enseignement, les orientations et les compétences professionnelles» publié par l’ex MEQ (Ministère de l’éducation du Québec) en 2001 l’exploitation des TIC est la 8e des 12 compétences professionnelles de l’enseignant ... http://www.mels.gouv.qc.ca/dftps/interieur/pdf/formation_ens.pdf

Je vous assure que dans mon milieu, pour certains, cette compétence est encore "en voie d’acquisition" alors que certains "réussissent avec de l’aide".... Pour moi, les ressources en ligne (document, situation d’apprentissage et d’évaluation, grilles, etc...) et surtout les communautés de pratique deviennent un incontournable en étant des lieux d’échange, d’entraide et de soutien important et facilement accessibles.

Reste aux directions d’établissements de mettre sur pied des comités informatique incluant autant des enseignants utilisateurs que débutant et qui feront plus que de donner leur accord à des achats de matériel mais qui développeront plutôt une vision à long terme en favorisant et en accompagnant le développement des compétences des enseignants dans ce domaine à l’aide, entre autre, des ressources du milieu et des pairs.

(*) Enseignant à l’ École Alex Manoogian, une école communautaire arménienne de Montréal, Sébastien Stasse enseigne les sciences en 1ère et 2e secondaire ainsi qu’un programme TIC/science au primaire (3e à 6e année).

Il a également animé plusieurs ateliers principalement pour présenter des projets d’intégration de la vidéo en science au secondaire : TechnoTic, Experimentic et Cinéma, est aussi consultant pour Apple au niveau éducation et enfin est auteur de guides d’apprentissage sur l’utilisation de logiciels outils dans des projets éducatifs.

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