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Information et communications pour le développement- Tendances politiques***

Par Martine Jaudeau , le 12 mars 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Le rapport de la Banque mondiale «Information et Communications pour le Développement : Tendances et Politiques mondiales » signale les progrès réalisés dans le monde dans le déploiement de l’accès abordable aux TIC et offre des preuves de succès dans l’utilisation des TIC pour répondre aux défis de développement.

Le rapport, qui comprend une série d’indicateurs de TIC pour presque 180 pays, s’appuie sur l’expérience acquise par la Banque grâce à son importante participation dans le secteur. La Banque est le plus grand donateur international dans le domaine des TIC pour le développement, et a des projets de TICs dans plus de 80 pays, avec un portefeuille se montant à plus de trois milliards de dollars américains.

« Le Rapport montre que la concurrence dans le secteur privé est l’élément moteur permettant d’élargir l’accès aux communications à des milliards de personnes dans le monde » dit Kathy Sierra, Vice-Présidente pour l’Infrastructure, Banque mondiale. « Mais la coopération est également vitale pour assurer davantage de progrès - coopération entre les gouvernements et le secteur privé pour connecter les prochains milliards de personnes, au sein des gouvernements pour mettre les services en ligne à la disposition des citoyens, et entre les pays pour assurer l’accès et la connectivité au niveau régional ».

Les fondations de l’accès aux TIC

Dans les cinq dernières années, les pays en développement ont considérablement augmenté l’accès aux TIC, en particulier aux services téléphoniques. Entre 1998 et 2005, le nombre d’abonnés au service téléphonique dans les pays en développement s’est multiplié plus de trente fois. En 1980, les pays en développement ne représentaient que 20 % des lignes téléphoniques dans le monde. En 2005, 60 % des lignes téléphoniques du monde se trouvaient dans les pays en développement.

Selon le rapport, une telle expansion a été tirée par la révolution technologique de la téléphonie mobile ainsi que par la concurrence privée. En 2003, 130 pays avaient au moins trois fournisseurs concurrents de services mobiles. L’ouverture à la concurrence privée a aussi amené d’énormes flux d’investissement en provenance de l’étranger. Entre 1990 et 2003, par exemple, 122 sur 154 pays en développement ont reçu de l’investissement étranger dans les télécommunications, et les investissements directs étrangers dans les télécommunications dans les pays en développement ont augmenté de 2 milliards de dollars américains en 1990, atteignant un maximum de pratiquement 35 milliards de dollars. Dans les années à venir, le niveau de l’investissement annuel dans le secteur TIC des marchés émergents pourrait atteindre les 100 milliards de dollars.

« Ce rapport montre que compléter la transition vers des services concurrentiels et bien régulés reste la base de l’exploitation des TIC pour le développement. Mais il reste encore à faire, si l’on considère par exemple que près de la moitié des pays du monde maintiennent le monopole sur les fourniture de services fixes locaux et internationaux, ce qui rend les coûts de la connectivité Internet exagérément élevés et inabordables » dit Mohsen Khalil, Directeur du Département global des TIC de la Banque mondiale. « Si les TIC doivent réaliser leur potentiel comme catalyseur important de la croissance des revenus et des progrès vers les Objectifs de Développement du Millénium, il reste encore beaucoup à faire ».

Il existe, par exemple, un besoin continu de soutien gouvernemental pour les initiatives d’accès, explique Khalil. Le rapport va au-delà de la concurrence sectorielle loyale et efficace, et donne aussi le profil de partenariats public-privé innovants pour étendre l’accès aux zones rurales et éloignées.

Leçons apprises

Le rapport souligne que l’utilisation des TIC, y compris l’Internet, est de plus en plus importante pour la productivité et l’emploi dans les pays en développement. Une étude sur les entreprises de 56 pays en développement conclut que les entreprises qui utilisent les TIC croissent plus vite, investissent davantage, et sont plus productives et profitables que celles qui ne les utilisent pas.

Le Rapport 2006 sur l’Information et les Communications pour le Développement fournit aussi des exemples couronnés de succès pour les pays en développement en ce qui concerne l’amélioration de l’utilisation des TIC. Le rapport montre que de nombreux pays en développement ont adopté des « e-stratégies » qui font appel à l’élargissement de l’accès et de l’utilisation. Pour les besoins du rapport, les « e-stratégies » de 40 pays en développement ont été passées en revue, et il a été démontré que dans plus de 85% des cas, les pays visent à diffuser l’utilisation des TIC dans les gouvernements et les écoles, développer les infrastructures de télécommunications, et fournir un cadre juridique et réglementaire adéquat, par exemple.

Beaucoup des e-stratégies évaluées ne disent pratiquement rien en ce qui concerne les arrangements de mise en oeuvre. En particulier, les mécanismes de suivi et d’évaluation sont faibles ou non-existants. Par exemple, de nombreux gouvernements citent la connectivité dans les écoles comme un objectif important de TIC. Pourtant, les données sur la prévalence des TIC dans les écoles sont manquantes dans beaucoup de pays, ce qui rend difficile de mesurer les progrès ou d’évaluer la contribution des TIC à l’éducation.

Le rapport conseille aussi que les e-stratégies développent des objectifs intersectoriels clairs et les interventions spécifiques pour les mettre en oeuvre de manière efficace en termes de budget et de responsabilité, et propose des indicateurs pour suivre les progrès vers les objectifs, mais constate cependant les manques importants de données disponibles.

Tableaux synoptiques

Le rapport présente aussi des tableaux synoptiques couvrant 144 pays et fournissant une image instantanée des progrès faits par les pays dans le secteur des TIC. Ces tableaux comprennent près de 30 indicateurs de TIC, qui offrent des données sur l’accès, la qualité, l’affordabilité, l’efficacité et la durabilité, et les applications. Les données permettent l’évaluation et la comparaison dans le temps (2000-2004) ainsi que par économies, pour évaluer la capacité, la performance, les progrès et les opportunités en matière de TIC.

Parmi les régions en développement, le taux d’accès au téléphone était le plus haut en Europe de l’est et en Asie centrale, où il a doublé entre 2000 et 2004, atteignant les 730 lignes par 1.000 habitants. Mais c’est en Afrique subsaharienne que la croissance a été la plus forte, avec un taux qui a triplé, bien que restant faible, jusqu’à 103 abonnés par 1.000 habitants. Pendant la même période, la croissance la plus rapide, 370%, a été celle des utilisateurs Internet dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Christine Zhen-Wei-Qiang, économiste à la Banque mondiale et l’un des éditeurs du rapport, note que « tandis que le monde en développement a connu d’énormes progrès dans le déploiement de l’infrastructure de base des TIC, la situation reste plus floue en ce qui concerne la connectivité de bande large et l’utilisation avancée des TIC ».

« Au niveau mondial, l’utilisation de l’Internet a plus que quadruplé entre 2000 et 2005, mais les différences dans le nombre de serveurs Internet sécurisés, un indicateur de la disponibilité de commerce électronique, restent préoccupantes. Alors que les nations développées ont plus de 300 de ces serveurs par million d’habitants, les nations en développement en ont moins de 2. Le Canada a plus de serveurs sécurisés à lui seul que toutes les nations en développement toutes ensembles. La brèche digitale est bien réelle et nous devons continuer à travailler pour la combler » dit Qiang.

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