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La FAD au Maroc et la nécessité d’inventer de «nouveaux» métiers***

Par Mohamed Ouzahra , le 20 mars 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Pour nombre d’historiens des sciences les technologies sont révolutionnaires par leur capacité, notamment, à inventer de nouveaux métiers dans un cadre de travail repensé. Les TIC en éducation se rangent incontestablement dans cette catégorie. Soit. Mais évitons d’enfoncer des portes ouvertes et parlons de situations précises ! Ainsi, au Maroc, et en dehors de problèmes d’équipement des établissements, les difficultés que rencontrent les TIC sont dues à la lourdeur de l’appareil éducatif. Comment faire dès lors pour profiter du potentiel d’innovation des ces technologies et s’en servir, par exemple, comme vecteur efficace de la réforme pédagogique que les pouvoirs publics ont mis en chantier ?

Côté équipement des établissements scolaires et universitaires, les initiatives sont nombreuses. Il y a d’abord l’ambitieux programme gouvernemental Génie destiné à réduire le retard numérique du système éducatif marocain.

Il y aussi la mise en place de technopoles en partenariat avec des campus européens comme la toute récente Université télématique de Rabat.

Sans oublier le réseau Marwan en pleine rénovation.

Mais, si nous nous arrêtons au seul programme Génie, qui est il est vrai, de par son ampleur, emblématique de l’intégration des TIC dans les cursus scolaires marocains, que remarque-t-on ? D’abord, et sans préjuger de la façon dont il sera mis en oeuvre, que Génie semble donner la priorité à l’équipement matériel des lycées et collèges. Certes, il est prévu de former les enseignants et autres cadres administratifs mais, pour l’instant du moins, et j’espère me tromper, aucun projet pédagogique digne de ce nom ne vient accompagner cet effort méritoire de l’Etat. Pourtant, la nécessité de cette vision pédagogique globale apparaîtra tôt ou tard. Une vision qui pourrait être bâtie autour de deux objectifs majeurs, qui sont autant de facteurs (et de conditions) de succès : miser sur des contenus pédagogiques de qualité et impliquer intelligemment les acteurs éducatifs dans toute démarche intégrant les TIC.

Or, c’est là où le bât blesse, la mise en place de mesures d’accompagnement ne suit pas. Parmi ces mesures, deux me paraissent urgentes, en accord avec les objectifs évoqués plus haut : créer les mécanismes idoines pour justement créer et évaluer les contenus pédagogiques d’une part, préparer les personnes-ressources capables de faciliter aux enseignants, même formés au préalable, l’intégration des TIC dans leurs cursus d’autre part. Car la formation aux techniques est une chose, leur appropriation en est une autre.

Il y a donc de nombreux métiers à «inventer» dans le sillage de la formation à distance. Dans une liste de postes qui pourrait être longue, outre les rédacteurs pédagogiques, les évaluateurs de contenus et les facilitateurs pour la mise en oeuvre, il faudrait former par exemple des modérateurs de forums. Avec une particularité pour des pays en transition vers la démocratie comme le Maroc : inclure un zeste de formation à la gestion des différences. En effet, la démocratie s’apprend et les TIC peuvent contribuer à créer des espaces d’expression et de liberté au sein des écoles. Des espaces où les Marocains dès leur plus jeune age pourraient acquérir les bases du débat démocratique : respect de l’opinion d’autrui, acceptation des différences, règles de bienséance et d’éthique, défiance vis à vis des clichés sexistes, racistes et autres, etc.

La création de ces métiers et pratiques pourra s’appuyer ici sur une culture traditionnelle authentique qui ne demande qu’à être réhabilitée. Une culture d’oralité faite de tolérance mais aussi de contestation et de remise en question des pouvoirs établis et des mandarinats. Le tout dans un climat d’humour et d’autodérision dont les meilleures illustrations sont les halkas, ces représentations de conteurs qui ont fait la célébrité de la Place Jemaa el-Fna de Marrakech, déclarée Patrimoine oral et immatériel de l’Humanité par l’Unesco en 2001, ou des pratiques perdues comme la procession de Soltan et-Tolba (littéralement Roi des étudiants), qui s’attribuait symboliquement, l’espace d’un monôme et à dos de mulet, les attributs du pouvoir en ville.

Alors à quand des halkas et des processions numériques ?

A bientôt.

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